Coronavirus : Haïti a de quoi s’inquiéter

Par Woovins St Phard, Le National, Haïti, publié le 31 janvier 2020 

L’épidémie Coronavirus vient d’être déclarée « d’urgence de santé publique de portée internationale » par l’Organisation mondiale de la santé. Ce virus apparu en Chine est en train de se propager à travers d’autres pays. En Haïti, il n’y a pas de personnes infectées jusqu’à présent. Mais, le pays est loin de pouvoir faire face à la menace. 

Alors que le ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) annonce des dispositions pour protéger le territoire haïtien contre l’épidémie Coronavirus, ce dernier continue de se répandre hors de son pays d’origine, la Chine. Les continents européen et américain sont déjà touchés par cette épidémie. Les menaces deviennent plus évidentes pour la République d’Haïti qui, sur le plan structurel et technique, n’est pas prête à affronter ce virus. Pas de cas d’individus infectés dans la région caribéenne, notamment en Haïti, jusqu’à présent. Toutefois, le MSPP met en garde contre cette épidémie qualifiée « d’urgence de santé publique de portée internationale » par l’Organisation mondiale de la santé le jeudi 30 janvier 2020. 

S’il est vrai que le MSPP a mis en place des dispositifs à l’aéroport international Toussaint Louverture pour contrôler les arrivées, l’institution reconnait, toutefois, que les laboratoires en Haïti n’ont pas les moyens techniques, après un test, de révéler le résultat de l’examen. Par contre, le MSPP prend le contrôle de la température des passagers qui viennent d’atterrir dans le pays. Au cas où un ressortissant serait suspecté porteur du virus, l’instance responsable de la santé dans le pays assure que des laboratoires ont la capacité de faire un prélèvement, gérer le prélèvement et l’envoyer au Centre de contrôle et prévention des maladies qui a une coopération avec ledit ministère. 

Outre ces manques, le MSPP n’a pas d’infrastructures sanitaires adéquates pour gérer cette épidémie dans un pays où le secteur privé peine à investir dans le système sanitaire. Le plus grand hôpital du pays, l’Hôpital général, est en construction depuis après le séisme du 12 janvier 2010. Les locaux provisoires de cette institution sont en mauvais état, et n’arrivent pas à garantir des soins nécessaires aux patients qui viennent malgré eux. Si cette épidémie oblige une structure pour la mise en quarantaine des infectés, le MSPP ne dispose pas déjà cette structure. Elle prévoit l’utilisation d’autres espaces. 

Même si ce virus parait plus dangereux que le choléra, le MSPP veut mener une campagne de sensibilisation pour atteindre la population haïtienne. « Une sensibilisation va être mise en place en faveur de tous les prestataires de soins, partout où ils se trouvent, pour qu’ils puissent savoir comment se comporter devant une personne qui présente des signes ressemblant à ceux du nouveau coronavirus », indique directeur général du MSPP, qui invite la population à la prudence. 

L’OMS s’inquiète pour les pays les plus faibles 

Face aux menaces qui s’amplifient de jour en jour sur le risque de la propagation du virus, le directeur général de l’OMS exprime ses inquiétudes. « Notre plus grande préoccupation est la possibilité que le virus se propage dans des pays dont les systèmes de santé sont plus faibles », précise Tedros Adhanom Ghebreyesus. Il croit que cette épidémie n’est pas pourtant un moyen de restreindre les voyages, les échanges commerciaux et les mouvements de la population. 

Se référant de la gestion du choléra en Haïti, il est évident que le pays n’est pas prêt à affronter une autre épidémie de risque aussi élevé. Cependant, les mouvements de la population mettent le pays devant un fait auquel il n’a pas encore la réponse pour ce virus qui a déjà fait plus de 170 morts.