Des mains invisibles du secteur privé des affaires alimentent l’insécurité dans le pays, selon le CDDDR

Par Daniel Sévère, Le National, édition du 20 au 23 mars 2020 

Après Jovenel Moise, c’est au tour de la Commission nationale de désarmement, démantèlement et réinsertion (CNDDR) de pointer du doigt des membres du secteur privé qui alimenteraient l’insécurité dans les quartiers populeux. Selon Jean Rebel Dorcenat, des riches de Port-au-Prince auraient manipulé les violences de La Saline en vue d’occuper l’espace à d’autres fins. Parallèlement, il annonce que des avancées considérables sont déjà réalisées dans le cadre de la mission de la commission. 

Préalablement, le chef de l’État avait annoncé que les auteurs intellectuels de l’insécurité habitent dans les hauteurs de la capitale. Il avait aussi menacé de sévir avec la plus grande fermeté contre ces derniers qui pensent agir en toute quiétude dans l’ombre des démunis des quartiers populaires. À la suite d’une cérémonie de remise d’armes à La Saline, le mercredi 18 mars 2020, le commissaire Jean Rebel Dorcenat est allé dans le même sens: des patrons importants du secteur privé des affaires sont à la base de la situation d’insécurité qui prévaut dans le pays, notamment à la saline. Selon le commissaire, la délétère situation qui a régné au bord de la mer rentre dans le cadre d’un projet de certains hommes d’affaires de faire disparaitre le marché qui s’y trouve en vue de pouvoir installer d’autres activités commerciales. 

« Derrière ce qui se fait à La Saline se cachent de grands intérêts. Des gens extrêmement dangereux (des bourgeois) alimentent cette situation d’insécurité », informe le commissaire qui salue le leadership des deux présumés bandits - Ti Junior et Bout Janjan - qui ont permis la réconciliation au niveau de cette zone prise en otage, il y a plus d’un an. Lors de la tenue de cette cérémonie, les groupes rivaux ont remis plusieurs armes et minutions à la commission en signe de leur engagement vers le retour de la paix dans ces banlieues. 

Ayant réalisé plusieurs activités similaires, les commissaires n’ont certes pas récupéré beaucoup d’armes, cependant ils se réjouissent de la manière dont ils progressent dans leur mission. « Malgré diverses difficultés, ils nous ont fait ce geste symbolique. Un signe montrant qu’ils commencent à prendre conscience de l’ampleur de la situation. Nous avons reçu beaucoup d’appels du groupe de village de Dieu, par exemple qui nous a demandé d’interposer pour eux auprès de la PNH afin de remettre quelques véhicules volés et pour le déblayage de la zone. Ils veulent négocier. Ils nous font part de leurs doléances, mais nous autres, n’étant pas ceux qui détiennent le monopole de la violence légale, nous continuons de dialoguer avec eux en attendant une certaine accalmie de la situation provoquée par le Covid-19 pour présenter aux autorités les doléances reçues », a fait savoir M. Dorsenat. 

« Les négociations avec les groupes de La Saline ont été longtemps interrompues. Pour l’heure, elles commencent à porter ses fruits. Nous allons rentrer dans la négociation avec eux en vue de leur donner une nouvelle orientation pour réintégrer la société. Nous leur avons dit que seule la CNDDR peut leur permettre une orientation nouvelle. Les groupes ont décidé de faire la paix et nous, nous travaillons sans relâche afin de réduire la violence dans le pays. Cependant, ceux qui ont des démêlés avec la justice, ils doivent répondre de leurs actes devant un juge ou entreprendre d’autres formes de négociations pour eux », ajoute le commissaire. 

Par ailleurs, il informe que la commission est prête à collaborer avec tous ceux qui le désirent. « Asseyons-nous ensemble pour vous permettre de briguer une nouvelle vie. Votre avenir dépend de vous », invite-t-il aux civils armés précisant toutefois que la personne qui fait le tour des réseaux sociaux présentés comme le chef de gang les « 400 mawozo » n’est pas effectivement « Lanmò san jou ». Parallèlement, il appelle les jeunes des quartiers populeux à ne pas continuer de recevoir des armes de quiconque. « Ils compromettent votre vie », leur fait-il savoir.