Election présidentielle: Un boulet nommé Jude Célestin

Election présidentielle: Un boulet nommé Jude Célestin

Par Catherine Charlemagne. Haiti Liberté, 1er Septembre 2010

Jude Célestin. Personne, absolument personne ne veut entendre parler de ce candidat sorti de nulle part ou du moins du chapeau de celui qui se prend pour le roi d'Haïti. Ce candidat se nomme Jude Célestin. La veille, au soir de la fermeture des inscriptions des candidats au Conseil Electoral Provisoire (CEP), il était encore Directeur général du Centre National des Equipements (CNE), l'un des plus grands centres d'équipements de travaux publics des Caraïbes. Sans scrupule aucun, mais aussi en violation totale des énoncés de la loi fondamentale, il a accepté comme si tout le pays était à sa dévotion pour se porter candidat à la présidence de la République, sans même avoir la décence de démissionner de son poste comme l'exige la Constitution.

En fait, le premier responsable de cette complaisance, par rapport à la loi se nomme, lui, René Garcia Préval, président de la République en 2006 dans les conditions que l'on sait. Jamais on aurait imaginé que M. Préval allait ramener le pouvoir exécutif haïtien à ce niveau de caniveau, transformant les institutions et les administrations publiques du pays en marchepieds afin d'imposer ses désiderata personnels à la manière d'un monarque non éclairé mais avide de pouvoir personnel. Selon toute vraisemblance, Jude Célestin serait, selon la rumeur, le beau-fi ls du roi fainéant du Palais National. L'idée de devenir Président de la République ne venait pas de lui, ce serait la volonté uniquement de M. Préval de l'imposer comme son dauphin.

Toutes les histoires racontées çà et là à propos des tractations entre les obscurs sénateurs et autres insignifiants députés pour barrer la route à l'autre postulant de Inité, la Plateforme politique présidentielle, ne seraient que de la paille aux yeux. Tout n'était que des manoeuvres dilatoires, histoire de tromper les non initiés à la politicaillerie haïtienne. Mais contrairement à ce que pense le chef de l'Etat, les Haïtiens ne sont pas des idiots et loin d'être des imbéciles. Et l'on veut pour preuve, malgré ces deux semaines passées après l'annonce de la candidature de cet inconnu au nom de Inité, la mayonnaise ne prend pas dans le pays.

Mieux, celui même qui se prend pour le mentor de la République commence à se douter. Comprenant son erreur et, comme à son habitude, il s'emploie à dire à ses interlocuteurs qu'il ne demande à personne de voter pour un mauvais candidat. Bref, cette candidature considérée depuis le début comme un véritable scandale et qui a mis à nu le système Préval et le Groupe de Bourdon devient de plus en plus un vrai boulet pour le Président de la République. Personne ne veut cautionner une telle plaisanterie de mauvais goût.

Les organisations populaires, ces fameuses OP sans lesquelles, paraît-il, il n'y a point d'élections au sein de la République, refusent, elles aussi, de soutenir ce candidat encombrant. Il y a une semaine, le Président avait convoqué tout ce beau monde en vue de leur proposer monts et merveilles afin de les rallier à sa cause et à fortiori à la cause de son poulain Jude. Mais là encore, selon des témoins, le chef de l'Etat a eu le plus grand mal à calmer les esprits de ses amis OP. La quasi totalité des invités a juré fi délité à l'ancien Premier ministre désigné puis recalé au profi t du protégé du tout puissant qui est au Palais National.

Autre mauvais coup pour le candidat du Palais, non seulement il est rejeté par la majorité de la population parce qu'il est, à juste titre, le candidat du Parti Inité, mais Jude Célestin n'est pas le bienvenu auprès des élus locaux sortants. La semaine dernière, sur convocation de la Présidence, tous les Magistrats (Maires) des départements du Centre, de l'Artibonite et du Nord se sont rendus dans la capitale pour y rencontrer le chef de l'Etat. Ce jour-là, des promesses mirobolantes ont été faites à ces Maires dans le but précis de faciliter la campagne de Jude Célestin qui, jusqu'à aujourd'hui, reste muet comme une carpe. Alors que tous les autres prétendants commencent à se faire entendre.

Le lendemain de la rencontre avec le Président de la République au Palais, les mêmes Maires se sont tous rendus auprès de l'ancien candidat de Inité pour faire un compterendu détaillé de ce qui a été dit et proposé, une façon de marquer leur attachement à la candidature de celui- ci contre Jude Célestin. Dénoncé au départ, ensuite contesté et enfin ignoré, le candidat de la Plateforme Inité a décidément du plomb dans l'aile. Il devient évident pour tout le monde, y compris pour ceux qui, au début, croyaient que la population, avec le temps, pouvait avaler cette pilule amère, que Jude Célestin est un candidat trop encombrant pour la présidence. Et finalement, elle ne pourrait rien faire pour lui.

Alors, les rumeurs vont bon train. Certains commencent à dire que Jude n'est pas vraiment le candidat du Président Préval. Pour d'autres, le Palais aurait trois, voire quatre candidats dans la course à la succession. Une chose est sûre, s'il y a un candidat à la présidence de la République, ayant le plus de handicaps à sortir du bois, c'est bien Jude Célestin, héritier d'un fardeau dénommé Inité dont il doit défendre contre vents et marrés le bilan auprès d'un électorat dont l'hostilité envers le pouvoir et son chef devient célèbre. Certes, la campagne officielle n'a pas démarré encore. Pour le moment, les candidats se mettent en position de marche et tâtent le terrain pour vérifier leur popularité auprès de la population.

Avec l'éviction de Wyclef Jean de la course à la présidence pour cause de résidence, en tout cas, c'est ce qu'a avancé le Conseil Electoral Provisoire, le jeu devient plus ouvert. Après avoir focalisé pendant deux semaines tous les regards sur lui, et même après avoir été prendre le café chez le chef de l'Etat et parlé au téléphone à la demande de M. Préval avec Jude Célestin, il a fini par comprendre qu'être pop star n'a rien de commun avec la fonction de Président de la République. Son « Carnet » en poche, il est rentré chez lui aux Etats Unis deux jours après, reprenant ce qu'il sait faire le mieux : chanter.

En deux temps trois mouvements, il a raconté en chanson et en musique sa mésaventure dans la course à la magistrature suprême et ses relations avec son ami René. Du travail de Pro. D'ailleurs, certains se demandaient, ce que Wyclef avait été faire dans ce « merdier » ? En tout cas, c'est un grand ouf de soulagement pour d'autres qui remercient encore le ciel que le CEP puisse au moins avoir le courage de dire à Wyclef que sa place est derrière son micro, dans une salle de spectacle et sur un podium, ce qu'il fait très bien, certainement pas derrière un bureau en tant que Président de la République.

L'épisode gran-guignolesque étant terminé, l'on peut revenir à ce qui nous attend le 28 novembre prochain. Et personne ne sait ce que compte faire le Monarque qui règne au Palais National. Pense-t-il toujours que son dauphin Jude Célestin peut lui succéder le 7 février 2011 coûte que coûte ? Ou va-t-il laisser le peuple souverain choisir librement celui ou celle qu'il estime être le plus âpte à le diriger ? En tout cas, s'il y a un Président qui connaît le mieux ce que « vox populi » veut dire en Haïti, c'est bien ce Président.

Certains candidats le conseillent, d'ailleurs, de méditer sur le rapport de force qui l'a conduit à la présidence de la République lors du vote du 7 février 2006. Il doit se rappeler certainement de la baignade populaire de l'hôtel Montana en présence de Mgr Desmond Tutu au moment où les mauvais perdants pensaient pouvoir lui ravir la victoire. Que le Président réfl échisse à deux fois avant de se lancer en faveur de son chouchou Jude dans une aventure de ce genre. Le peuple aujourd'hui est contre lui, par conséquent contre son candidat Jude Célestin. Nous sommes loin, très loin de la faveur populaire d'il y a cinq ans. Aujourd'hui M. le Président, il y a des électeurs, beaucoup d'électeurs sous les tentes.

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