Haïti-Bilan 2019 : Une économie haïtienne exsangue !

Par Alter Presse, Haïti, publié le 31 décembre 2020 

Destruction énorme des richesses, inflation galopante, effondrement du pouvoir d’achat, déficit budgétaire, dépréciation sans précédent de la gourde et rareté des produits pétroliers ont gravement détérioré l’économie haïtienne durant l’année 2019, a observé l’agence en ligne AlterPresse. 

La réalité économique a été bouleversée par les troubles socio-politiques, au cours de l’année 2019. 

Jamais un tel niveau de destruction de richesses n’a été enregistré dans le pays, au cours d’une année, depuis le tremblement de terre dévastateur du mardi 12 janvier 2010. 

C’est en ces termes qu’a alerté, fin décembre 2019, l’économiste Kesner Pharel, président directeur général de la firme privée Group Croissance. 

Sur les 114 milliards de gourdes de recettes envisagées, l’Etat n’a collecté que 4 milliards de gourdes (US $ 1.00 = 96.00 gourdes ; 1 euro = 111.00 gourdes ; 1 peso dominicain = 2.00 gourdes aujourd’hui), fait-il savoir. 

C’est un déficit budgétaire énorme pour un pays, déjà en proie à une crise multidimensionnelle. 

Le taux d’inflation est passé de 14.5% à 20.3% alors que la monnaie nationale a perdu 30% de sa valeur, durant l’exercice fiscal 2018-2019, a souligné, pour sa part, l’économiste Enomy Germain. 

Cette dépréciation de la monnaie haïtienne, la gourde, a eu des répercussions considérables sur le niveau de vie de la population. 

A la fin de l’année 2019, la gourde s’échange à 96.00 gourdes pour 1 dollar américain, alors qu’en décembre 2018, le taux de change était de 78.00 gourdes pour 1 dollar américain. 

Enomy Germain signale également une croissance négative, estimée à moins d’1% pour l’année 2019. 

« L’urgence économique » sur toute l’étendue du territoire d’Haïti a été déclarée, le 5 février 2019, par le président Jovenel Moïse, à cause de la hausse brutale et généralisée des prix des produits de première nécessité. 

Cependant, les mesures gouvernementales annoncées n’ont eu aucun effet positif sur les conditions socio-économiques de la population. 

Au début des mois de janvier et février 2019, une rareté des produits pétroliers, notamment du diesel, a été également enregistrée dans les stations-services de la capitale, Port-au-Prince. 

Une mobilisation populaire contre la crise socio-politique et économique a eu lieu à partir du jeudi 7 février 2019, date ramenant le 33e anniversaire de la chute des Duvalier. 

Ce mouvement, qui visait aussi à réclamer la démission de Jovenel Moïse, a mis le pays en mode « locked » pendant plus d’une semaine. 

L’aggravation de la situation socio-économique et politique a engendré une intensification, du dimanche 15 septembre 2019 jusqu’ à la fin du mois de novembre 2019, des mobilisations populaires, visant à exiger la démission sans conditions de Jovenel Moïse. 

Ces manifestations ont encore paralysé les activités sur le territoire national, entraînant des retombées encore plus négatives, pour l’économie haïtienne. 

Rareté des produits pétroliers, un des catalyseurs 

Peu avant ces mobilisations antigouvernementales, parfois émaillées de violences, de scènes de pillages et d’incendies d’édifices publics, la non disponibilité des produits pétroliers avait également paralysé, pendant trois semaines, la circulation automobile, en province et en divers endroits, dans la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince, au cours des mois d’août et de septembre 2019. 

Il ne s’agit pas de rareté de produits pétroliers, sur le marché national, mais plutôt de rationnement au niveau des stations-service, avait tenté de rassurer le directeur du Bureau de monétisation des programmes d’aide au développement (Bmpad), Fils-Aimé Ignace Saint-Fleur. 

Des chauffeurs de taxis-motos et d’automobiles avaient dénoncé les stations de services, qui auraient fait en sorte de stocker les produits pétroliers, afin de les revendre à des prix exhorbitants. 

Cette rareté de produits pétroliers serait programmée par l’État haïtien, en vue d’augmenter les prix des produits pétroliers à la pompe, avaient critiqué plusieurs organisations syndicales. 

Un appel à un mouvement de grève générale des syndicats et mouvements sociaux avait provoqué, le lundi 16 septembre 2019, la paralysie des activités, sur le territoire national, ainsi que des tensions. 

Il y a eu, en 9 mois, 4 périodes de rareté de produits pétroliers en Haïti, soit en janvier, février, avril et fin août jusqu’à la mi-septembre 2019. 

La production du courant électrique a été en chute libre, en raison de cette rareté de produits pétroliers. 

Plusieurs entreprises contraintes de fermer leurs portes 

Une certaine régression des activités économiques, à compter de la mi-septembre 2019, a entraîné la suspension, voire la fermeture de divers services et activités, constate-t-on. 

En octobre 2019, plusieurs responsables d’hôtels, dont Best Western et Mont Joli, ont été contraints de fermer leurs portes, faute de rentrées financières, alors que d’autres ont réduit leurs personnels, suite aux mouvements de blocage des activités, pour forcer Jovenel Moïse à remettre sa démission. 

D’autres responsables d’hôtels, bars et magasins ont dû réduire leurs personnels. 

Des journalistes, travaillant dans plusieurs médias de la capitale, ont même été mis en disponibilité. 

Une grande perte du niveau de pouvoir d’achat des citoyennes et citoyens, déjà très faible, a été enregistrée, suite à ces pertes d’emplois. 

Ces incidences, sur les réalités économiques globales, pourraient s’étendre jusqu’en l’année 2020, augurent des spécialistes avisés. 

Comment relever les défis? 

Pour faire face à ces défis, des économistes, dont Kesner Pharel et Eddy Labossière, ont recommandé la mise en place d’un nouveau budget national, adapté au nouveau contexte socio-économique du pays. 

Pour sa part, l’économiste Enomy Germain a appelé l’Etat à mieux gérer les ressources nationales et à encourager la production nationale, vu la dépréciation continue de la gourde par rapport au dollar américain. 

Enomy Germain a préconisé la mise en place d’incitatifs à la production et à la création de la stabilité dans le pays, ainsi qu’un meilleur encadrement du marché des changes. 

De son côté, l’économiste Eddy Labossière a suggéré à l’administration de Jovenel Moise d’effectuer une gestion transparente. 

Cette démarche permettrait, dit-il, de stopper le déficit budgétaire, l’un des éléments à l’origine de la dépréciation de la gourde.