Haiti Liberté: "Notre position sur la conjoncture politique"

Notre position sur la conjoncture politique

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Par Berthony Dupont

Editorial, Haiti Liberté, 11 août 2010

La Communauté Internationale, pour empêcher au peuple haïtien de célébrer le Bicentenaire de son indépendance, avait déclenché une vaste campagne de propagande médiatique contre le gouvernement d’alors et cette propagande s’était soldée non seulement par le débarquement d’un groupe de mercenaires, venant de la République voisine, sous le contrôle de la CIA, mais également coiffée par un coup d’état brutal, honteux et sanglant. Et depuis, la France, les Etats-Unis et le Canada sous couverture des Nations Unies occupent le pays.

Cette occupation en dit long sur les incertitudes qui hypothèquent l’avenir du pays. Ainsi juste après le tremblement de terre nous avons eu droit à une aide humanitaire de la Communauté internationale qui s’est avérée être plus une parade qu’un engagement fi nancier réel surtout de la part du chef de fi le des pays impérialistes en l’occurrence les Etats-Unis. Aide assortie d’une promesse de reconstruction qui se fait cruellement attendre. En réalité deux démarches qui ne font que renforcer l’occupation militaire. Pour bien en montrer le caractère hypothéquant, nous n’avons qu’à bien analyser le rôle de Bill Clinton rejoint par-dessus le marché par son compère George Bush dans le cadre des activités liées au Fonds Clinton-Bush Haïti (CBHF), créé sur les conseils du président Obama et dont on n’a encore vu pas même un centime.

Par ailleurs, sans consulter le peuple haïtien, les pays impérialistes ont décidé qu’il y aura des élections. Ce n’est pas du fait qu’ils veulent vraiment en fi nir avec Préval comme le recommandent certains groupes de pression. Non, loin de là, au contraire, puisqu’auparavant ils voulaient le garder. C’est d’ailleurs pour cela qu’on lui avait fait prolonger son mandat jusqu’en Mai 2011, et après cela on verrait bien avec l’application de la loi des 18 mois pour la Commission intérimaire. Mais comme il fallait montrer et démontrer qu’ils sont en train d’établir une démocratie quelconque dans le pays, ils ont fi nalement fi xé la date du 28 novembre 2010 pour la tenue des élections, leurs élections.

De fortes sommes ont été débloquées pour la circonstance, pendant que, les victimes du séisme sont toujours logées sous de frêles tentes de toile peu ou pas résistantes aux fortes averses voire à d’éventuelles bourrasques cycloniques. Au cours d’une visite à Jacmel, cette situation catastrophique a terriblement frappé l’ambassadeur Vénézuélien en Haiti Mr. Pedro Antonio Camino Gonzalez, ce qui l’obligea à déclarer: « c’est avec beaucoup d’indignation que je constate les conditions de vie infrahumaines des sinistrés du Parc Pinchinat six mois après le séisme du 12 janvier ».

Dans ce contexte, nous, du journal Haiti Liberté, nous disons que nous ne sommes pas a priori contre des élections en général, mais force est de constater que pour briser la résistance des classes dominées, tous les moyens de coercition des pays impérialistes ont été mis en branle dans le pays. Et la situation présente pourrait conduire à une éventuelle période de désordres entretenus, menant à une accentuation des tendances en germination sous ce régime en décomposition : une sorte de recrudescence de la violence.

L’heure n’est absolument plus aux demi-mesures et aux positions frileuses. Aussi dans le cadre de ces élections qui s’annoncent déjà frauduleuses, nous avons choisi de prendre nos responsabilités en fi xant nettement notre position sur la conjoncture et en faisant savoir au peuple haïtien que cette clique au pouvoir n’a aucune légitimité, encore moins de moralité pour organiser des élections crédibles. D’autant plus que des élections honnêtes ne sont pas possibles dans un pays sous occupation militaire d’une force étrangère. C’est la volonté de l’occupant en fait qui triomphera. C’est dans ce contexte qu’il a choisi de ternir le visage du pays en recourant à des élections truquées. Déjà le profi l des candidats qu’on a laissés s’inscrire indique clairement à quelle mascarade d’élections nous aurons droit.

Les campagnes électorales ne sont pas encore entamées, que des candidats sans vergogne commencent déjà à utiliser la misère du peuple comme slogan électoral, évoquant particulièrement les conditions dans lesquelles vivent les sans-abri. En ce sens, il ne faut pas que la population aille danser à cette bamboche électorale car ses vraies revendications, les nôtres aussi, ne sont pas dans leur projet.

Ces élections sont une grande menace pour le pays. Seul Préval sera le grand gagnant. S’il y a élection: Préval sera premier ministre. Pas d’élection: il reste tout simplement au pouvoir. Et la dissolution du Conseil électoral Provisoire ne lui sera encore que plus bénéfique.

A ce stade, nous ne nous associerons à aucun GNBiste, nous ne prendrons langue avec aucun parti politique n’ayant problème à ce que ce soit l’ambassade américaine qui décide du sort du pays. Nous faisons ainsi allusion à tous les “sousou” qui sont allés se plaindre aux représentants de l’empire, l’ambassadeur Kenneth Merten et Cheryl Mills, chef du cabinet de Hillary Clinton lors de la réunion du jeudi 5 août dernier. Il n’existe aucune différence entre ces sans-pudeur et Préval, il n’existe aucune divergence entr’eux. Ils sont simplement en compétition pour faire croire à l’occupant qu’ils sont les uns plus fi dèles, plus sincères que les autres.

Nous le répétons : ces élections n’apporteront pas de solutions aux problèmes atroces qu’endure le pays. Au contraire, elles ne feront qu’empirer la situation. De ce fait, nous d’Haiti Liberté, nous n’appuierons aucun candidat lors de ces élections-bidon, ces fausses élections qu’organise l’impérialisme dans le but de déstabiliser davantage le pays et de se donner bonne conscience. De plus, nous demandons à tous les membres du journal de respecter cette position. Nous tenons aussi à souligner le fait que même quand nous sommes hostiles à ces élections-attrape-nigaud, nous ne participerons non plus à aucun mouvement de provocation. Nous sommes un journal progressiste menant une bataille idéologique contre les différentes classes dominantes et les puissances impérialistes.

L’urgence, pour nous autres, est de donner au peuple « la paix d’esprit et la paix au ventre », la tranquillité mentale et un allermieux matériel, après nous parlerons d’élections. Notre rôle est de continuer à accompagner le peuple dans sa lutte pour la libération et pour un changement total. A bas les élections-sélections! A bas l’occupation du pays ! Vive un mouvement populaire organisé ! Pour une Haiti libre et indépendante !