« Il n’y aura pas de trêve pour Joseph Jouthe », d’après le secteur démocratique et populaire

Par Daniel Sévère, Le National, édition du 6 au 9 mars 2020 

Lors de son investiture, le nouveau chef de gouvernement, Jouthe Joseph, a lancé un appel à la trêve à l’opposition politique. Lequel appel a été rejeté catégoriquement par le secteur démocratique qui se prépare, précise-t-il, à lancer la phase finale de la bataille antigouvernementale. 

Dans son discours de circonstance, le Premier ministre haïtien a exprimé de bons sentiments envers l’opposition politique. En vue de se montrer rassembleur, il a tendu la main aux radicaux qui ne jurent que par le départ de Jovenel Moise du pouvoir. Il a appelé les « jusqu’au-boutistes’» à observer la trêve. Un appel que le secteur démocratique rejette d’un revers de main. 

L’opposition radicale n’a jamais été partisane de trêve. Pas trop loin de nous, elle avait refusé catégoriquement un pareil appel venu du peuple haïtien à l’occasion de la traditionnelle fête de fin d’année suite après trois mois d’un pays lock dévastateur. 

André Michel, fidèle à lui-même, est catégorique : « pas de trêve », écrit-il dans une note. L’Alternative consensuelle et le secteur démocratique et populaire vont, dans un délai pas trop lointain, se réunir en vue de fixer leur position sur la conjoncture spéciale et remettre les troupes en ordre de bataille, poursuit la note. Qualifiant de « de facto » le nouveau titulaire de la Primature, André Michel redit ce qu’il n’arrête pas de dire : « c’est maintenant que le combat commence. » 

Selon l’homme de loi, Jovenel Moise se met à nu dans la condition qu’il a choisi son PM. À travers cette façon d’agir, il prouve qu’il n’est pas un homme de dialogue et ne fait preuve d’aucun respect vis-à-vis de ceux (les acteurs politiques et de la société civile) qui ont pris part avec lui aux discussions à la Nonciature, précise la note. Pour une énième fois, il a tourné en dérision ceux qui pensent qu’il garde encore une certaine humanité, reproche l’avocat qui se réjouit de n’avoir pas pris part aux consultations, dit-il, mal engagées. 

En réaction à l’appel de l’Ambassade américaine concernant la réalisation des élections dans le pays, l’ancien candidat au Sénat soutient que la seule option qui demeure pour l’heure, c’est le rassemblement pour la dernière phase de la bataille. « Le secteur démocratique et ses alliés ne vont pas rester les bras croisés pour permettre à Jovenel Moise et les autres dilapidateurs des 4.2 milliards de dollars américains du fonds Petrocaribe de se perpétuer au pouvoir à travers des élections truquées », lit-on dans la note. 

Virulent comme lui seul, l’autre porte-parole du secteur démocratique, Schiller Louidor, accuse le PM de dilapidateur avant la lettre. Selon lui, cet anonyme politique est venu juste pour aider le locataire du Palais national à sécher les caisses de l’État. De l’avis du docteur, ce choix du chef de l’État vient mettre de l’huile au moteur de l’opposition. « Non aux consultations, non aux élections, non à la cohabitation politique. Nous sommes pour la démission, la transition, le procès Petrocaribe, entre autres », annonce l’ancien directeur de la DCPJ qui appelle les modérés à retourner aux bercails en vue de concerter leur force pour relancer la mobilisation. 

Schiller Louidor est plus tranchant. Le secteur a tout mis en place pour faire échec à toute tentative électorale. « Ceux qui en parlent ont perdu le nord. Il n’y aura pas d’élection dans le pays, mais l’heure est à la destitution », fait-il savoir annonçant dans la foulée que les principaux dirigeants du secteur démocratique sont déjà en consultation.