Justice : des magistrats appellent à la grève pour protester contre l’insécurité

Par Woovins St Phard, Le National, Haïti, édition du 13 au 16 mars  2020 

Alors que l’insécurité sévit dans le pays depuis plusieurs mois, la Police nationale, dans ses oeuvres et ses revendications, continue de défrayer la chronique. Réagissant à la violence qu’ont subie plusieurs cadres du système judiciaire au moment des mouvements des policiers, L’Association nationale des magistrats haïtiens (ANAMAH) appelle les magistrats à observer trois journées d’arrêt de travail à compter du mercredi 11 mars jusqu’au vendredi 13 mars. 

Cette demande d’arrêt de travail du président de l’ANAMAH, Jean Wilner Morin, est survenue après les deux journées de mobilisation des policiers les lundi 9 et mardi 10 mars. Par cette demande, le président de l’association appelle les magistrats dans les dix-huit juridictions du pays à observer trois journées de grève, du mercredi 11 mars au vendredi 13 mars, en signe de protestation contre l’insécurité et en solidarité aux fonctionnaires du système victimes de l’insécurité, notamment l’ancien président de l’ANAMAH, Durin Duret Junior. L’Association veut interpeller la société et les plus hautes autorités sur les dangers auxquels ils sont exposés. 

Pour l’ANAMAH, la situation actuelle du pays est un immense chaos du fait que des individus armés, à dessein, tirent dans tous les sens et que des citoyens sont exécutés sommairement sous les projecteurs des médias sans que les appareils de l’État n’interviennent efficacement. « Ces actes font partie des tentatives que les artisans du chaos dans leurs quêtes d’impunité agissent préventivement afin d’intimider le pouvoir judiciaire pour qu’il ne soit plus à même de dire le mot du droit quand le moment sera venu, a fait remarquer l’Association des magistrats. » 

Le nouveau ministre de la Justice conscient du niveau d’insécurité 

À peine arrivé au ministère de la Justice, Lucmane Delile veut lutter contre la montée vertigineuse de l’insécurité dans le pays. « Ceux qui sèment le deuil au sein de nos familles seront traqués avec la dernière rigueur », a martelé le titulaire du ministère de la Justice, qui donne aux gens armés l’alternative que voici : soit ils collaborent avec la CNDDR en remettant leurs armes soit ils se font traquer par la police. Pour y arriver, M. Delile veut les poursuivre jusqu’aux portes de l’enfer. 

Par ailleurs, le directeur général de la PNH, Rameau Normil promet de contrôler la situation sécuritaire du pays. « J’avais l’habitude de traquer les criminels lorsque j’étais à la Direction centrale de la Police judiciaire. En tant que directeur général de la PNH, je vais tout faire pour mettre définitivement un terme aux actes de banditisme et à la criminalité sur l’ensemble du territoire. Hier c’était une question de temps, aujourd’hui, c’est une question d’heure », a fait savoir le directeur général de la PNH. 

Entre autres, s’il est vrai que la situation sécuritaire du pays se détériore de jour en jour, le comportement des forces de l’ordre n’arrange pas non plus le climat. Les dernières démonstrations des policiers dans les rues ont fait trembler bon nombre de personnes tout en fragilisant davantage la sécurité. 

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