La présidence déclare « l’urgence économique », à deux jours d’une mobilisation populaire contre une crise aiguë en Haïti

Par Alter Presse, Haïti, publié le 6 février 2019 

Le président de la république, Jovenel Moïse, a déclaré « l’urgence économique » sur toute l’étendue du territoire d’Haïti, lors d’un conseil des ministres, le mardi 5 février 2019, observe l’agence en ligne AlterPresse. 

Cette décision a été prise à deux jours d’une mobilisation populaire contre la crise socio-politique et économique, annoncée pour le jeudi 7 février 2019, date ramenant le 33e anniversaire de la chute des Duvalier. 

La résolution présidentielle évoque les difficultés, rencontrées par une grande majorité de la population pour subvenir à ses besoins économiques et sociaux, à cause de la hausse brutale et généralisée des prix des produits de première nécessité. 

Cette « urgence économique », qui n’est pas concrètement définie par le gouvernement, viserait à aider à réduire le coût des biens de première nécessité, augmenter l’accès aux crédits pour les Petites et moyennes entreprises (Pme). 

Elle se donnerait aussi pour objectif de contribuer à favoriser le financement du secteur agricole, relancer l’activité économique et renforcer les programmes sociaux. 

Il y aurait urgence pour l’adoption de « toutes dispositions institutionnelles » pertinentes « en vue de venir en aide aux personnes en situation difficile dans le pays, en vue de mieux soutenir les couches les plus vulnérables de la population », selon les termes de la résolution, prise en conseil (spécial) des ministres dans la soirée du mardi 5 février 2019. 

Parallèlement, l’exécutif politique en Haïti déclare suspendre, jusqu’au 30 septembre 2019, les franchises douanières et fiscales pour l’exercice fiscal en cours, sauf celles sollicitées par les missions diplomatiques et consulaires ainsi que d’autres institutions et organisations spécifiques. 

11 mesures sont également annoncées pour assainir les finances publiques, en application de l’arrêté du 5 avril 2017 en ce qui concerne le train de vie de l’Etat, informe un communiqué en date du 5 février 2019 émanant du bureau du premier ministre, Jean Henry Céant. 

Parmi ces dispositions, figurent l’interdiction d’achats de nouveaux véhicules, jusqu’au 30 septembre 2019, et de tous les contrats de location pour le compte des agents publics, sauf autorisation expresse du premier ministre, ainsi que la reconsidération des perdiem pour les voyages à l’étranger. 

Pour voyager, les ministres, secrétaires d’Etat et directeurs généraux doivent avoir une autorisation expresse du premier ministre ou de son ministre de tutelle. L’effectif de chaque délégation, en voyage à l’étranger, ne devrait pas dépasser cinq membres. 

Ces dispositions institutionnelles, dites dans l’objectif de réduire les dépenses de l’Etat, ont été également annoncées sous le gouvernement de l’ancien chef du gouvernement Jack Guy Lafontant (qui a été premier ministre d’Haïti du 21 mars 2017 au 16 septembre 2018), sans donner les résultats escomptés. 

Le gouvernement de Jean Henry Céant aurait-il une volonté réelle pour faire respecter ces mesures répétitives, ou bien tenterait-il, tout simplement, d’apaiser la colère populaire latente par de belles promesses ? 

Entre-temps, plusieurs secteurs de la vie nationale projettent d’organiser, le jeudi 7 février 2019 (33e anniversaire de la chute de la dictature des Duvalier), une mobilisation, à travers le territoire de la république d’Haïti, contre la cherté de la vie, la corruption et l’insécurité, tout en continuant d’exiger, du coup, la démission de Jovenel Moïse. 

La tournure, que risque de prendre cette nouvelle mobilisation contre les conditions actuelles d’existence en Haïti, reste une grande préoccupation pour toutes et tous.