La Saline : le parquet a décidé de poursuivre parce qu’il y a homicides, selon Paul Eronce Villard

Par Radio Caraïbes, Haïti, publié le 8 mars 2019 

« Le parquet a décidé de poursuivre. C’est certain. Le dossier est présentement au cabinet d’instruction », a confié au journal le commissaire du gouvernement près le tribunal de première instance de Port-au-Prince, Paul Eronce Villard, le jeudi 7 mars 2019. 

Est-ce qu’il y a eu homicide ? « Tout à fait », a répondu au journal le chef du parquet, en charge de la poursuite dans le dossier de La Saline, présenté par le RNDDH  comme un « massacre d’État » perpétré par des bandits armés, d’anciens policiers chevillés aux gens du pouvoir en place. Le dossier a été acheminé au cabinet d’instruction au cours du mois de décembre. Une partie de l’enquête de la police judiciaire, dirigée par le parquet, envoyée au cours de cette semaine, sera déférée au cabinet d’instruction comme supplétif dans le dossier, a expliqué le commissaire du gouvernement, Paul Eronce Villard. 

Le coordonnateur du RNDDH, Pierre Espérance, a qualifié d’inadmissible que la « DCPJ n’ait pas remis son rapport définitif trois mois après le massacre de La Saline ». « Cela retarde l’instruction », a déploré Pierre Espérance. « L’important est qu’un juge d’instruction, Chavannes Étienne, travaille sur le dossier. Nous espérons que les victimes seront entendues et les bourreaux poursuivis », a-t-il poursuivi, très remonté contre l’État haïtien qui n’a « donné aucun accompagnement aux victimes ». 

La militante des droits de l’homme Marie Yolène Gilles a elle aussi déploré la lenteur observée dans le traitement du dossier. 

Me Sonel Jean-François, l’un des avocats d’une trentaine de victimes ayant porté plainte au tribunal de première instance de Port-au-Prince pour des voies de fait, le viol, l'assassinat de 18 personnes pour lesquels sont indexés plusieurs chefs de gangs et Jimmy Chérizier, alias Barbecue, et Grégory Antoine, alias Ti Grèg, a confié au journal que le juge d’instruction n’a pas encore auditionné ses clients. « Mes clients ne sont pas encore entendus. Nous ne pouvons pas avoir des griefs contre le juge d’instruction », a expliqué Me Sonel Jean-François, évoquant l’impact des semaines de troubles politiques sur l’évolution du dossier. Le nommé Ti Grèg, indexé dans ce dossier, présenté comme une personne liée au délégué départemental de l’Ouest, Joseph Duplan, a été donné pour mort par la clameur publique. 

Cependant, il y a plus d’une semaine, un lieutenant du chef de gang Ti Je, Baron, arrêté par la police, a affirmé que Ti Grèg n’est pas mort. Sur le dossier de La Saline, la justice haïtienne n’est pas la seule à enquêter. La Minujusth enquête sur le dossier. Son rapport doit être présenté au Haut-Commissariat des Nations unies pour les droits de l’homme. Sur ce qui s’est passé à La Saline, le rapport du RNDDH et des témoignages de survivants ont rapporté des actes horribles, insoutenables, dignes des pires exterminations au Rwanda, en Bosnie. En plein jour, des hommes armés ont attaqués, blessé, violé, tué, brûlé et balancé les cadavres des victimes aux porcs.