Même devant le malheur, il nous faut oser !

Par Berthony Dupont, Haïti Liberté, édition du 22 au 28 juillet 2020 

Dans la lutte pour le changement dans le pays, ce ne sont pas les idées qui nous manquent, les sources d’inspiration sont multiples et fécondes soit en termes de modèles pratiques, soit en termes d’analyses théoriques. 

Cependant, il y a des principes universels qu’on ne doit pas violer de même qu’il n’y a et n’aura jamais de solutions toutes faites, prêtes à porter pour résoudre cette crise. Cela ne veut pas dire qu’on doive éviter de plonger dans les profondeurs de notre histoire si riche en leçons pour retrouver certains points de repère de la lutte de libération pouvant nous aider à sortir enfin de l’impasse où nous ont menés l’oligarchie locale et l’impérialisme international. 

Nous héritons d’un pays issu d’un système esclavagiste cruel qui en ce temps-là, considérait les esclaves, la classe ouvrière sans salaire, non pas comme des humains mais comme des bêtes de somme avec déni des droits à la vie et à la justice. 

Plus tard, on a fait surgir les conflits de couleurs pour nous masquer la lutte des classes et jusqu’à nos jours l’ennemi continue de nous entretenir dans des luttes internes puisque la violence dans les quartiers populaires est vitale pour les forces de l’anti-changement. C’est une barrière que les forces conservatrices utilisent pour empêcher les classes exploitées d’atteindre le point culminant de non retour à savoir la conscience de classe. 

C’est triste de constater combien l’opinion nationale est aussi manipulable que dégradée à défendre la cause des autres au lieu de profiter d’une contradiction ouverte pour apporter un minimum de solidarité à des victimes ne sachant plus à qui se vouer entre l’indifférence des uns et l’hostilité des autres. 

Pour ne jamais oublier que nos ancêtres ont été des victimes sur cette terre, nous ne devrions jamais tolérer que des êtres humains vivent dans des conditions déplorables infrahumaines. Malheureusement, les responsables antinationaux du pays au service des puissances exploiteuses ne s’en soucient guère et ils manquent courage au point de réduire ce peuple à sa plus simple expression jusqu’à l’exclure même de la vie nationale. 

Il est inadmissible que cela continue et prenne même l’allure d’un fait normal. Il faut mettre un terme à ces machinations,  ces manoeuvres de toutes sortes de l’ennemi des masses. Pour paraphraser Malcolm X « Ils nous accusent de ce dont ils sont coupables. C’est ainsi qu’ils procèdent ceux qui développent en une science leur processus criminel. Ils utilisent la presse pour faire de leurs victimes de l’exploitation économique, de l’exploitation politique et de tout autre type d’exploitation des criminels et des bandits. Ainsi, leurs victimes sont devenues des criminels et eux les véritables criminels patentés des victimes. » 

Si bien, la pression des événements peut faire éclater des contradictions inattendues, incroyables, mais qu’on devrait savoir mettre à profit. Évidemment, il n’y aura jamais un moment agréable, formidable, approprié pour entamer la guerre de classe, cependant il faut savoir comprendre le langage de la contradiction et en profiter. Il nous faut travailler de façon à mettre un terme à l’oppression des masses populaires. La voie ne sera jamais tracée, c’est à nous de la construire dans la pratique de la lutte. Et c’est dans le combat qu’on apprendra à maitriser cet exercice difficile, fragile, délicat et dangereux qu’est la lutte mais jamais en dehors d’elle. 

A la vérité nous n’avons pas réellement une classe ouvrière ni une masse paysanne tout à fait conscientes et organisées; toutefois, le peuple haïtien en dépit de ses déboires est prêt et toujours disposé à lutter. En maintes occasions, il a manifesté qu’il est parfaitement disposé à affronter ceux qui l’oppriment et l’oppressent. A ce compte, il nous faut oser même devant le malheur affronter l’ennemi en utilisant tout moyen possible ou imaginable pour l’affaiblir. C’est un problème concret pour lequel on doit trouver des solutions et certains problèmes comportent déjà en eux-mêmes les recettes de leur propre solution. 

L’histoire nous a appris que tout vrai changement est violent et que toute liberté doit payer un prix. C’est dans cet ordre d’idée que nous saluons les révolutionnaires cubains qui le 26 juillet 1953 avaient jugé nécessaire d’attaquer la caserne Moncada même avec le très peu d’armes dont ils disposaient. Ils ont osé au péril de leur vie rendre l’impossible possible comme l’a justement souligné un Rapport Central du 1er Congrès du Parti communiste cubain : « L’assaut de la Moncada n’a pas signifié le triomphe de la Révolution à ce moment même, mais a indiqué le chemin et a tracé un programme de libération nationale qui ouvrirait à notre patrie les portes du socialisme. Dans l’Histoire, les revers tactiques ne sont pas toujours synonymes de défaite. » 

Nous saluons également le soldat Pierre Sully qui a osé face aux armes des forces d’occupation américaine faire feu le 28 juillet 1915 à Bizoton en défendant l’accès de son poste aux marines de l’amiral Caperton. Nous profitons en cette occasion du 105e anniversaire de cette agression pour rendre un grand Hommage aux valeureux chefs cacos, notre glorieux Charlemagne Péralte et son lieutenant Benoit Batraville qui ont été identifiés comme chefs de « bandits » par l’envahisseur yankee. Péralte et Batraville avaient osé organiser la résistance contre l’occupant, contre l’ennemi. 

Il faut oeuvrer pour enfin ouvrir des brèches importantes dans les rangs de l’oligarchie locale. Toute situation, même la plus négative produit son contraire, en l’occurrence positive.  Il nous faut oser prendre des risques, mais qu’on ne nous dise pas que « risque rime avec erreur ». 

Nous, militants de la cause juste, il nous faut apprendre à oser inventer l’avenir. Les tragédies des peuples que les médiocres, les réactionnaires, les exploiteurs ont provoqué ont révélé de grands hommes, Malcolm X en est un grand exemple !