PetroCaribe : l’État n’a ni la volonté de poursuivre les dilapidateurs ni de récupérer les fonds mal décaissés, selon Youri Latortue

Par Danio Darius, Radio Caraïbes, Haïti, publié 30 juin 2019 

Il n’y a que la population que l’aboutissement du procès PetroCaribe semble intéresser. L’État n'a pas la volonté d'y arriver, selon Youri Latortue après qu'il a analysé le comportement des autorités qui ne font rien pour faire avancer le dossier. « L’État ne favorise nullement une ambiance propice à la réalisation du procès PetroCaribe », s’insurge le sénateur. Il juge inacceptable que des juges de la Cour des comptes soient obligé de quitter le pays à cause de menaces de mort. 

« L’État n’est pas intéressé à récupérer les fonds qui ont été mal décaissés dans le cadre des projets financés à partir du fonds PetroCaribe », soutient le sénateur Youri Latortue, ajoutant qu’une plainte a été déposée à travers le ministre de la Planification et de la Coopération externe, Aviol Fleurant, contre Hadom de l’ex-sénateur dominicain Felix Bautista dont les avoirs ont été gelés aux États-Unis pour corruption. « On voulait au moins, à travers cette démarche, que les dix millions de dollars soient récupérés pour la compagnie Hadom dans le cadre des travaux de construction du Parlement mais qui n’ont pas été effectués », précise le parlementaire, qui regrette qu’aucun suivi n’ait été fait. « L’État montre qu’il n’est pas du tout intéressé », déplore le sénateur, qui faisait partie de l’équipe de campagne de l’ex-candidate à la présidence Mirlande Manigat et qui a été par la suite conseiller du président Michel Joseph Martelly. Une enquête réalisée par une journaliste dominicaine avait révélé que l’ex-sénateur Felix Bautista avait financé à hauteur de 500 000 dollars américains la campagne de Mirlande Manigat et avait donné 2 000 000 de dollars à Michel Martelly. 

Il n’y a pas que dans le dossier PetroCaribe que l’Etat n’a exprimé aucune volonté de récupérer des fonds qui auraient pu servir le pays. Youri Latortue a évoqué le dossier des 42.5 millions de dollars qui ont été décaissés par l’État haïtien au profit d’une compagnie chinoise pour la modernisation de l’aéroport grâce à un prêt non concessionnel auprès d’une banque chinoise en 2016. Un type de prêt qu’Haïti ne peut pas contracter, selon le FMI, la Banque mondiale, l’Union européenne et la Banque interaméricaine de développement qui avaient exigé l’annulation du contrat. Près de trois ans plus tard, l’État haïtien n’a toujours pas récupéré les 42.5 millions de dollars. « Les négociations pour récupérer cet argent sont bloquées parce que certaines de nos autorités avaient reçu des pourcentages sur le montant décaissé », accuse Youri Latortue. L’argent devait être retourné en octobre 2018, a-t-il fait savoir. 

Youri Latortue dénonce le contrat conclu entre l’État haïtien et la compagnie Helico SA pour mettre à la disposition de la présidence un hélicoptère pour les déplacements du président de la République. « Le contrat a été signé pour 3.5 millions de dollars alors qu’en République dominicaine, le prix ne dépasserait pas 1.5 million de dollars. Le président est en train de se moquer des gens qui cherchent à combattre la surfacturation», affirme le sénateur. 

Le contrat entre le gouvernement haïtien et la firme China National Automation Control System Corp (CASC) avait été signé sous l’administration de Michel Martelly. L’avance de fonds a été effectuée sous le gouvernement provisoire de Jocelerme Privert en 2016. 

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