Qui arrêtera les dérives de la Police nationale, s’interroge la FJKL ?

Par Woovins St Phard, Le National, édition du 15 au 19 mai 2020 

D’octobre 2019 à 13 mai 2020, la Fondasyon je klere (FJKL) a recensé une vingtaine de cas de bavures policières perpétrées dans le pays. Ces actes qui portent atteintes aux droits et libertés des citoyens caractérisent désormais les pratiques de la PNH qui semble avoir les coudées franches pour agir dans l’impunité la plus totale, signale l’organisme de défense des droits humains dans son dernier rapport. 

Les dérives des agents de la Police nationale d’Haïti tendent à s’ériger en norme au sein de l’institution qui peine à se prononcer sur certains cas scandaleux survenus au cours de ces derniers mois. À travers le rapport, « Libertés publiques et dignité de la personne humaine en Haïti : les Policiers haïtiens sont-Ils au-dessus de la Constitution, des Lois de la République et des conventions internationales ratifiées par Haïti ? », la Fondasyon je klere (FJKL) penche sur la multiplication des bavures policières enregistrées dans le pays au cours du mois d’octobre 2019 à 13 mai 2020. L’organisme de défense des droits humains a énuméré plus de vingt cas de forfaits des policiers. Face à ces dérives qui violent les droits de la personne humaine, la FJKL demande au Haut commandement de la PNH et au Gouvernement de respecter les engagements internationaux d’Haïti en matière de sécurité publique et de dignité humaine pendant qu’il est encore temps. 

« Bastonnade, exécutions sommaires, menaces verbales, attentat aux bonnes moeurs, usage abusif de la force, incendie et destruction de biens publics et privés, traitement inhumain et dégradant, atteinte aux droits et libertés des citoyens », sont entre autres les faits relevés par la FJKL. Pour l’organisme présidé par Me Samuel Madistin, ces forfaitures caractérisent désormais les pratiques de la PNH qui semble avoir les coudées franches pour agir dans l’impunité la plus totale. 

Au nombre de ces cas figure la bastonnade de plusieurs journalistes, dont Georges Emmanuel Allen et le correspondant de la radio Zénith aux Cayes, Jacquelin François. De nombreux autres citoyens sont aussi victimes de la brutalité policière. Les cas des professeurs de l’École normale supérieure, Jean Kevni Innocent et Calito Estimé, et de Jean François Patrick Benoit, en présence du juge de paix Me Ricot Vrigmau ont marqué les esprits. Les diverses gaffes commises par les policiers lors des mouvements de protestation ont montré la volonté de certains policiers de s’affranchir des principes et éthiques de l’institution policière. 

Selon la FJKL, il y a une volonté délibérée, par les agents de la PNH, de ne pas se soumettre à la Constitution, aux lois de la République et aux conventions internationales ratifiées par Haïti. « Les policiers sont sur tous les réseaux sociaux et les médias traditionnels pour faire du tac au tac avec leurs supérieurs hiérarchiques, lancer des appels aux séditions, à la rébellion et au désordre », relate la FJKL qui indique que les policiers véhiculent un discours fasciste menaçant la liberté d’expression, le pluralisme des idées et tous ceux ou toutes celles qui s’opposent à leurs actions anarchiques. 

En contrepartie de leur formation, la FJKL souligne que la PNH s’en prend aux gens sans défense et a peur de s’attaquer aux bandits armés qui sèment le deuil et le désespoir au niveau de la population civile. En revanche, l’organisation a fait savoir que le corps n’inspire plus confiance et des interrogations s’élèvent désormais au niveau de la population sur l’utilité de ce corps budgétivore. 

À la base de la décadence des agents policiers, la FJKL explique qu’au niveau de l’institution, il y a l’absence de commandement, d’autorité, de respect de principes, de valeurs morales et déontologiques ainsi que la non-application du règlement, des lois et des normes. « Ce sont les autorités politiques qui décident des actions à mener au niveau de la Police : c’est le Premier ministre et non le directeur général de la Police qui a annoncé le droit de la formation d’un syndicat au niveau de la PNH sans aucun texte réglementaire comme si un arrêté pouvait créer des droits », précise la Fondasyon. 

Faut-il souligner que suite à la position du président de la Fondasyon je klere, Samuel Madistin, sur la création du syndicat au sein de la PNH, des agents policiers en furie dans les rues se sont jetés sur le cabinet de Me Madistin. Au moins cinq véhicules garés sur la cour du cabinet ont été emportés par les flammes et la génératrice incendiée.