Seule l’imagination révolutionnaire !

Par Bertthony Dupont, Haïti Liberté, édition du 21 au 27 août 2019 

Toute solution à la crise du pays n’est pas concevable pour certains. La crise qui couvait depuis plusieurs années, engendrant un climat de grande morosité et suscitant de part et d’autres toutes sortes de spéculations sur l’imminence de remaniements réformateurs du personnel politique pour essayer de rapiécer mais sans vouloir réellement faire tomber complètement le masque, ne doit pas être acceptée. 

En Haïti, il y a comme dans toute société de classes, deux classes fondamentales en lutte. En aucun cas, nous ne pouvons réduire la crise structurelle à une affaire de solution à l’haïtienne comme une entente nationale pour ne pas dire collaboration fraternelle comme quoi nous sommes tous des frères et soeurs, aimons-nous les uns les autres. En d’autres termes, nous sommes tous des haïtiens ! 

Qu’importe si nous sommes tous des haïtiens, mais ce qui est important, c’est que nous n’avons pas et nous ne défendons pas les mêmes intérêts de classe. 

L’alibi est que notre problème sera résolu dans un quelconque dialogue national pour la stabilité du pays, pour relancer l’économie, soulager le peuple de la misère, du chômage de la faim, rétablir un environnement sécuritaire dans le pays de sorte que tout le monde vive en paix en exerçant leurs droits civils et politiques. Faire le procès de PetroCaribe et automatiquement la corruption et l’impunité prendront fns. Faire des réformes dans la Constitution, dans le système électoral et dans l’administration publique et la justice. Qui pis est établir de bonnes négociations avec les forces économiques et politiques Internationales pour sortir Haïti de la tutelle étrangère. 

Un discours de la sorte serait bien acceptable de la part des politiciens se réclamant de la lignée social-démocrate ou du moins du centre-droit, centre-gauche, droit et gauche. Des positions abstraites pour mieux vendre aux masses populaires l’idéologie des classes dominantes traditionnelles. Une façon de tromper la vigilance des travailleurs, des paysans appauvris en les entrainant dans une sorte de réconciliation de classe. Mettre à la même table la bourgeoisie et les prolétaires, c’est cacher la véritable réalité du pays de sorte que les masses continuent à accepter l’exploitation à outrance des compradores et des grands propriétaires terriens. 

La question de la lutte du peuple pour un changement doit se définir autrement, il ne s’agit guère d’une quelconque solution à l’haïtienne, tout le monde inclus, pour recommencer de plus belle la même politique d’antan sous d’autres horizons avec des visages nouveaux pour sauver les meubles impériaux et perpétrer l’inacceptable. 

Il faut mettre un terme au changement cosmétique, c’est le devoir de l’imagination créatrice et révolutionnaire des peuples en lutte ayant un objectif clair. Il faut savoir se démarquer des clients et des avocats des multinationales  que représente  l’impérialisme, stade suprême de la famine, stade suprême du système d’exploitation : le capitalisme. 

Proposer comme alternative même temporaire de trois années,  d’un pouvoir de transition avec des acteurs crédibles, honnêtes pouvant former un Conseil Exécutif, d’un Gouvernement de Consensus, d’un Conseil d’Etat, d’un Comité de pilotage, d’une Assemblée constituante,  c’est faciliter la tache aux forces impérialistes en déconfiture pour qu’elles aient le temps de se récupérer. Une telle démarche au lieu de profiter aux masses populaires sera tout bonnement récupérée par les laquais au service des classes dominantes pour lancer une action politique dont le peuple n’aura pas le contrôle et surtout ne reconnaitra jamais où il est. 

La crise haïtienne n’est pas l’échec des instruments mis au pouvoir par les pays impérialistes à travers leurs satellites locaux. Mais, c’est leur échec même. Leur système est arrivé à sa fin, qu’ils ne peuvent point le renouveler, ni le reformer, le rapiécer. Par cette proposition, voulez-vous  les aider à reprendre force de sorte qu’ils continuent leur domination en laissant des miettes au peuple ? 

L’indépendance, la lutte de libération nationale voire la révolution ne saurait être l’objet de négociations avec les forces impérialistes. Nos ancêtres ouvriers esclavés ne sauraient sortir de leur enfer d’esclavage, s’ils n’avaient pas fait le sacrifice ultime et tout d’abord de s’organiser pour construire la révolution en ne servant guère de l’arme idéologique du colon mais de leur propre arme libératrice. 

Voilà pourquoi le discours de Boukman au Congrès de Bois-Caïman reste très significatif de l’imaginaire révolutionnaire haïtien. Le dieu qui a créé la terre, qui a créé le soleil qui nous donne la lumière. 

Le dieu qui détient les océans, qui assure le rugissement du tonnerre. 

Dieu qui a des oreilles pour entendre : toi qui es caché dans les nuages, qui nous montre d’où nous sommes, tu vois que le blanc nous a fait souffrir. 

Le Dieu de l’homme blanc lui demande de commettre des crimes. 

Mais le Dieu à l’intérieur de nous veut que nous fassions le bien. 

Notre dieu, qui est si bon, si juste, nous ordonne de nous venger de nos sorts. C’est lui qui dirigera nos armes et nous apportera la victoire. 

C’est lui qui va nous aider. Nous devrions tous rejeter l’image du dieu de l’homme blanc qui est si impitoyable. 

Écoutez la voix de la liberté qui chante dans tous nos coeurs