Village de Dieu : les bandits armés passent à l'offensive

Par Evens Régis, Le National, édition du 1er au 4 mai 2020 

Le dossier des gangs armés au village de Dieu attire beaucoup de projecteurs, ces derniers moments. Après l'ultimatum de 72 heures lancé par le ministre de la Justice, Lucmanne Delille, aux habitants du village, les gangs armés de la zone passent à l'offensive. Ce jeudi, ils ont fait une démonstration de force, faisant au passage deux morts et plusieurs blessés. 

S'il y a un problème que Lucmanne Delille veut résoudre dans peu de temps, c'est la question des gangs armés au niveau de la 3e circonscription de Port-au-Prince. Ces derniers jours, ce dossier est souvent traité dans la presse, car le ministre de la Justice et de la Sécurité publique a fait de lui une priorité pour cette institution. Son ultimatum de 72 h a déjà expiré, mais il n'a encore pas lancé d'offensive. Tout simplement, il tient la population informée d'une opération de la PNH qui sera menée à n'importe quel moment. Par contre, à défaut d'une intervention de la PNH, les gangs armés de la zone continuent d'imposer leur loi aux habitants. 

En effet, ce jeudi, la zone était en effervescence. Des individus armés du Village de Dieu ont ouvert le feu sur la population dans l'idée de fermer la circulation des véhicules à Portail Léogane, et de forcer les autorités policières à enlever les séparateurs placés dans plusieurs zones stratégiques du Bicentenaire. Selon leur modèle d'agissement, ces individus ont même placé un camion au travers de la rue, précisément à la 3e avenue Bolosse. Ce qui avait intensifié la tension liée à l'insécurité qui existe au niveau de cette zone depuis plusieurs années. 

Dans les parages du Bicentenaire, à proximité de l'entrée du Village de Dieu, la PNH a posé des dizaines de séparateurs, rayant ainsi cette zone sur la carte de la circulation à Port-au-Prince. Le porte-parole adjoint de la PNH, Garry Desrosiers, admet que cette stratégie est payante, elle permet d'empêcher aux hors-la-loi du Village de Dieu de détourner des camions, d’effectuer des actes d'enlèvement, et de rançonner les habitants. Leur champ d'action étant réduit, les bandits armés du Village de Dieu, dans une vidéo préenregistrée, avaient menacé de commencer par exécuter des personnes de la zone si la PNH ne libère pas la circulation. Et très souvent, dans ces genres d'affrontement, les victimes sont de simples citoyens. 

On en a tous marre de cette situation d'insécurité dans le pays, notamment ce qui se passe au niveau de la 3e circonscription de Port-au-Prince. La presse, même, est fatiguée de traiter ce sujet. Les gangs armés au niveau de cette zone ont paralysé tellement d'activité que cela a eu des conséquences directes sur l'économie du pays. Avant même le malheur du coronavirus, l'industrie hôtelière et touristique dans le sud n'existait plus. Le commerce informel au Bicentenaire, Centre-ville de Port-au-Prince, marché de la Croix-des- Bossales, a été détruit suite à la prolifération des gangs armés au niveau de la zone. 

De façon directe ou indirecte, on est tous victimes de ce phénomène qui détruit le pays à petit feu. Tout le monde souhaiterait voir une intervention de la PNH pour résoudre, une fois pour toutes, le problème au niveau du Bicentenaire. Le ministre de la Justice, Lucmanne Delille, a donné l'assurance que ce problème va être bientôt réglé. Mais le plus important serait de veiller à ce que les vrais coupables soient les seuls à payer. La police et la justice haïtienne ont l'obligation morale de protéger la population civile lors de n'importe quelle opération musclée contre les bandits armés du village de Dieu.