Des policiers nationaux en colère mettent Port-au-Prince et Delmas, ce 12 septembre 2020, sous fortes tensions

Par Alter Presse, Haïti, publié le 12 sept 2020 

Face à un mouvement violent de protestations de policiers nationaux, dans les rues de la capitale, Port-au-Prince, et de la municipalité de Delmas (au nord-est de Port-au-Prince), le parquet près le tribunal civil de Port-au-Prince a décidé de faire libérer, en début d’après-midi, ce samedi 12 septembre 2020, 5 agents de l’Unité départementale de maintien d’ordre (Udmo), préalablement incarcérés à la prison civile de Port-au-Prince (plus connue sous le nom de « pénitencier national »), observe l’agence en ligne AlterPresse. 

Ces 5 agents de l’Udmo - Dodley Pierre, Mackenson Cléus, Mackenson Prévil, Angou Orcel et Sénèque Jean-Louis - ont été arrêtés, le vendredi 11 septembre 2020, sur ordre du parquet près le tribunal civil de Port-au-Prince, qui les soupçonne de « n’avoir pas rempli la mission de sécuriser la résidence de Me. Monferrier Dorval » (10 juin1956 - 28 août 2020). 

Bâtonnier des avocates et avocats de Port-au-Prince, Me. Monferrier Dorval a été assassiné de 3 balles, dans la nuit du vendredi 28 août 2020, en sa residence privée, à Pèlerin 5 (dans la commune de Pétionville), dans la même zone où habite le président Jovenel Moïse. 

Très en colère et supportés par des militants politiques, plusieurs policiers nationaux ont gagné les rues, très tôt, dans la matinée de ce samedi 12 septembre 2020. Ils ont mis le feu dans beaucoup de véhicules, notamment de l’État (portant l’immatriculation SE = Service de l’État), à l’avenue John Brown (plus connue sous le nom de Lalue), à l’avenue Lamartinière (Bois Verna), au Champ de Mars (principale place publique dans la capitale, où se trouve le Palais national), à l’avenue Martin Luther King (plus connue sous le nom de Nazon), à Delmas. 

Cette levée de boucliers de policiers nationaux armés a semé la panique dans plusieurs quartiers, où la tension était très vive. Chauffeurs de transports publics et de véhicules privés se sont vite empressés de rebrousser chemin, sur différentes artères, de peur de subir les assauts des policiers en colère. 

Dans plusieurs quartiers de la ville de Port-au-Prince, y compris le Champ-de-Mars, principalement devant les ruines du Palais national (detruit dans le tremblement de terre du mardi 12 janvier 2010), les riveraines et riverains ont été alertés par le son de tirs nourris, de ces policiers en colère, dont certains en uniforme. 

Pa manyen Idmo an, w a boule, tande. Si w manyen Idmo an, w a boule figurait parmi les slogans. entonnés par les policiers nationaux protestataires. 

Des barricades de pneus usagés enflammés ont été aussi remarquées en certains endroits. 

Devant l’ampleur des événements, le gouvernement de Joseph Jouthe a plaidé pour l’élargissement immédiat des 5 agents emprisonnés de l’Udmo. 

« S’ils ont commis une faute administrative, il revient à l’Inspection générale de la Police nationale d’Haïti (Igpnh) de prendre les dispositions y relatives », affirme Joseph Jouthe. 

En signe de contentement, plusieurs agents de l’Udmo, qui sont allés accueillir leurs 5 collègues, au moment de leur libération de la prison civile de Port-au-Prince, ont tiré une quantité importante de rafales d’armes en l’air. 

Les policiers nationaux protestataires donnent un ultimatum de 8 heures d’horloge au gouvernement de Joseph Jouthe, pour procéder à la libération du policier national Jean Pascal Alexandre, qui fait partie du Bureau de lutte contre le trafic des stupéfiants (Blts), incarcéré à la prison civile de Port-au-Prince, depuis le 14 mai 2020, sous l’accusation d’ « assassinat, actes de vandalisme, de destruction de biens publics, d’atteinte à la sûreté de l’État » du parquet près le tribunal civil de Port-au-Prince. 

En cas de non satisfaction de leur revendication, pour la libération de Jean Pascal Alexandre, les policiers nationaux protestataires menacent de passer à une autre phase dans leur mouvement de protestations.