Jovenel Moïse doit quitter le pouvoir avant le 7 février 2021 pour qu’il soit jugé et emprisonné

Par Robert Lodimus, Tout Haïti, publié le 2 sept 2020 

« Vous pouvez tromper quelques personnes tout le temps. Vous pouvez tromper tout le monde un certain temps. Mais vous ne pouvez pas tromper le monde tout le temps. » 
(Abraham Lincoln) 


Le bâtonnier de l’ordre des avocats de Pot-au-Pince a été lâchement assassiné le vendredi 28 août 2020 à l’entrée de sa maison située à Pèlerin 5, par des individus armés. Le crime sordide a été perpétré à quelques mètres de la résidence de Jovenel Moïse, ainsi connu. La pauvre victime est décédée sur le champ. Des riverains rapportent qu’ils ont entendu des explosions de feux d’artifices dans les environs au moment précis du déroulement de la tragédie. Cet acte odieux, ce crime crapuleux, cet homicide audacieux, cet attentat mortel inimaginable révolte la conscience de toute la République. Apparemment, l’homme de loi aurait été abattu de deux balles en pleine poitrine. Cela laisse présager que les tueurs ont été recrutés parmi les professionnels du crime organisé. Me Monferrier Dorval était élu le jeudi 7 février 2020 à la tête du barreau de Port-au-Prince. En remplacement de Me Stanley Gaston. Deux autres candidats, Me Patrick Laurent et Me Jacquenet Occilus étaient en lice pour le même poste. Le défunt avait remporté le vote avec 228 voix sur 500 environ. Quelques heures avant son assassinat, Me Dorval déclarait sur une station de radio de Port-au-Prince que « le pays n’était pas gouverné ». Nous serions tentés de déduire nous-même que cette déclaration était peu suffisante pour en faire le mobile du scandale qui est devenu à plusieurs endroits de la planète la triste et regrettable affaire de Pèlerin 5. Tout n’est pas clair. La présidence du PHTK avait-elle rencontré le professeur Monferrier Dorval dans le cadre de son projet de doter la République d’Haïti d’une nouvelle constitution? Cet indice pourrait bien trouver une place significative dans l’enquête pour faire la lumière sur la mort violente du bâtonnier. 

En une semaine, les escadrons de la mort qui sont montés à bord du train de l’enfer piloté par Jovenel Moïse ont fait un nombre incalculable de victimes à la capitale et dans les villes de province. La terreur règne à son comble. La panique s’installe dans tous les foyers. Le lundi 31 août 2020, des bandes armées sous la direction de Jimmy Chérisier, alias Barbecue, - selon les témoignages de plusieurs rescapés -, ont fait trembler à coups de mitraillettes les habitants des quartiers de Bel-Air et de Bas Delmas. Elles ont incendié des dizaines de maisonnettes. Les autorités policières ont choisi volontairement d’ignorer les appels à l’aide de la population en détresse. Le directeur de la police nationale d’Haïti, Normil Rameau, doit être destitué et déféré par devant l’instance judiciaire compétente pour « crime de non assistance à des personnes en danger ». Les assassins ont brûlé les corps des victimes, pour éviter que ces dernières soient identifiées et inventoriées. Le drame social, politique et économique qui est venu assaillir la République d’Haïti atteint une dimension de terreur incroyablement inquiétante. 

« Annihiler nos peurs, c’est briser nos chaînes » (Jean Gastaldi) 

Depuis plusieurs années, l’insécurité a élu domicile en Haïti. Des vies humaines sont fauchées tous les jours. Le brigandisme déploie ses voiles de terreur. Toutes les couches de la société sont exposées à des risques de braquage, de vol, de viol, de rançonnement, d’assassinat. Riches, pauvres, professionnels, ouvriers, savants, écoliers, étudiants, illettrés, femmes, hommes, enfants, gens du troisième et du quatrième âge : personne n’est épargné. Les assassins kidnappent, violent, rançonnent, libèrent ou tuent sans pitié. Des femmes enceintes, des bébés tombent sous les mitraillettes des gangsters au service des États impérialistes et du gouvernement de Jovenel Moïse, de Joseph Jouthe, de Guichard Doré et de tous les autres malfrats à la solde de la mafia politique internationale. Nos compatriotes vivent constamment dans la crainte de se faire enlever. D’être massacrés dans leur résidence privée. Ou dans la rue. Les hors-la-loi amoraux bénéficient d’une complicité plénipotentiaire... La situation désespère au plus haut point. Dans le dossier de gangstérisme à ciel ouvert qui étouffe Port-au-Prince, le laxisme des autorités gouvernementales les place carrément dans une position de culpabilité. L’État du PHTK démissionne. Il se croise les bras. Et regarde les individus mourir, se faire égorger comme des animaux de ferme. Visiblement, la direction générale de la police nationale est dépassée par ce fléau grandissant qui dévaste les champs de la stabilisation sociale et politique. De l’avis de bon nombre de concitoyens, le palais de la présidence est le commanditaire direct des meurtres, des crimes politiques, des assassinats qui sont enregistrés sur le territoire haïtien. C’est ce qui expliquerait, selon eux, l’indifférence de la présidence illégitime et délinquante de Jovenel Moïse face à la montée incessante de l’insécurité qui terrorise les habitants du pays. 

Samedi 29 août 2020, à l’émission « Ranmase » de Radio Caraïbes, l’ancien colonel des forces armées d’Haïti, M. Himmler Rebu, a fait des révélations fracassantes, qui auraient dû ameuter tous les milieux de la presse locale et étrangère. Le fondateur et dirigeant du Grand Rassemblement pour l’évolution d’Haïti (GREH) a déclaré sans ambages que les États-Unis et les Nations-unies sont de connivence avec les bandits qui sèment le deuil et la terreur au sein de la population haïtienne. Sinon, a-t-il conclu, ils auraient pris des dispositions, adopté des mesures fermes et efficaces pour bloquer les cargaisons d’armes qui arrivent au pays par les ports étatsuniens, et de ce fait, juguler l’hémorragie de sang qui inonde le sol national. 

Sauve qui peut devant la gravité de l’insécurité galopante 

Les témoignages des familles retranchées dans les quartiers chauds de Grand-Ravine, La Saline, Cité Soleil, Village de Dieu, Cité Plus affluent sur les réseaux sociaux. Des «énergumènes » lourdement armés s’entretuent pour le contrôle des territoires, comme on en voit dans les films sur la mafia nord-américaine ou italienne. Des compatriotes paisibles tombent sous les feux croisés des brigands. Les crépitements des armes automatiques retentissent sans arrêt dans ces zones baptisées de non-droit. Quelqu’un avoue : « On se croirait en plein dans la sale guerre du Vietnam. » Des voix révoltées s’élèvent de partout pour dénoncer l’appui des politiciens mafieux, membres du gouvernement actuel, aux chefs de gang qui font la pluie et le beau temps dans les principaux patelins qu’ils détiennent en otage. Les truands féroces, qui persécutent les riverains de la Vallée de l’Artibonite avec leurs bandes armées, les nommés Odma et Ti Mepri, ont révélé de façon voilée, aux micros de quelques médias, les sources occultes qui financent leur mouvement de criminalité à coup de centaines de milliers de dollars américains. Dernièrement, les deux tueurs à gage, les deux malfaiteurs ont accepté de faire publiquement pour la radio RCH 2000 un inventaire de leur arsenal de gangstérisme. Odma admettait : « Nos parents sont pauvres. Ils n’ont pas les moyens d’investir dans une entreprise criminelle d’une telle envergure. » Lorsque l’on a un pays dirigé par des délinquants, l’observation et le résultat pouvaient-ils en être différents? Ceux qui savent lire entre les lignes, interpréter une hésitation, un soupir, un geste... n’ont aucun mal à cheminer dans la pensée des locutrices ou des locuteurs mystérieux, peu bavards... Avares de commentaires! 

Il faut évacuer l’élément de fortuité dans les actes de kidnapping, dans la situation de prolifération des homicides enregistrés sur le territoire de l’État haïtien depuis le départ de Jean-Claude Duvalier. Le professionnalisme qui entoure ces nouvelles pratiques de criminalité suggère, commande aux observateurs de faire preuve de rationalité dans leurs jugements. Les analyses du phénomène montrent clairement qu’il existe des filières de la mafia locale et étrangère derrière les bandes criminalisées qui opèrent dans les quartiers de Cité Soleil, de Martissant, de Belair, etc. Ces sectes d’assassins, quoique truffées d’analphabètes, agissent avec méthode. Elles sont structurées. Hiérarchisées comme l’armée. 

Le Chef des bandits du Village-de-Dieu, - actuellement emprisonné à la prison de la Croix-des-Bouquets -, le nommé Arnel Joseph, avait pris l’habitude de se confier à des animateurs de radio. En avril 2018, il était déjà âgé de 31 ans, avons-nous appris. Originaire du Département de l’Artibonite, il est initié au maniement des armes au début de la vingtaine dans le bidonville port-au-princien où il a grandi. Ce bandit froid et dangereux a donc suivi des séances d’entraînement avancées pour parvenir à se servir d’une mitrailleuse, comme celle qu’il trimbalait partout sur ses épaules. Qui assurent la formation militaire de ces jeunes paysans délinquants qui ne reculent devant rien? Et qui n’ont pas peur de se mesurer avec les unités spécialisées de la police nationale? À les entendre vanter leurs prouesses, ces chenapans auraient pu se présenter à n’importe quel concours international de tir et remporter des médailles. Arnel a avoué qu’il est bisexuel. Là aussi, n’aurait-il pas fallu prendre le temps de réfléchir et d’élaborer sur la sociologie de l’homosexualité en rapport aux bandes criminalisées où les espèces, par mesure de protection individuelle et collective, cherchent à renforcer les liens de confiance et de solidarité entre elles, afin de prévenir les actes de trahison et de mouchardise? Une démarche qui s’inspirerait probablement de l’ouvrage de Sébastien Chauvin et d’Arnaud Lerch (Sociologie de l’homosexualité, Éditions La Découverte, collection Repères, 2013). Ou qui s’inscrirait carrément dans la logique de l’étude du Comité pour la diversité sexuelle (CDS) baptisée « Rapport historique de l’évolution de la coalition homosexuelle ». Mais nous nous éloignerions de l’objet de notre entreprise. 

Un mouvement criminel structuré, organisé 

Beaucoup d’entre nous admettraient facilement que l’incompétence, l’«incapabilité » en matière d’ « organisation » occupent une place impériale dans les débats où intervenants et participants ergotent sur les caractéristiques dysfonctionnelles et la nature improductive des institutions politiques haïtiennes. Ce constat, en toute franchise, est manifeste. Il objective les facteurs de causalité et de risque par lesquels les bailleurs de fonds et les États du Centre évaluent eux-mêmes les retards qu’ils attribuent à certaines régions du Sud - dont fait partie Haïti - en matière de développement durable. La société haïtienne, à n’en plus douter, souffre d’un déficit de savoir sur le plan de « capacité organisationnelle ». C’est l’amateurisme qui prévaut à tous les niveaux des organes de l’État. Le monde contemporain ne marche pas. Il court. Sans stratégie d’action, les dirigeants des pays retardés n’arrivent vraiment pas à suivre le rythme du « marathon » toujours dominé par les oligarques financiers, en vue d’améliorer les conditions de vie de leurs citoyens. 

Les ouvrages du sociologue Jacques Grand’maison nous offrent une bonne compréhension du concept d’ « organisation ». Ce terme évoque l’art de combiner et d’associer un ensemble d’éléments qui sont utilisés comme tremplin pour atteindre des objectifs spécifiques... 

À la lumière de ces réflexions éparses, nous croyons qu’il est à présent nécessaire de s’interroger sur les origines véritables des cas de déviance sociale grave qui sèment la terreur au sein des populations urbaine et rurale après l’éjection du « duvaliérisme jean-claudien » du fauteuil de la gouvernance. Depuis 1986, le pays est pris en otage par les spectres de la criminalité galopante. La chronicisation du problème - qui projette un profil d’insolubilité - ralentit considérablement le rythme des investissements privés et freine tout élan de progrès social et d’épanouissement culturel. 

Tout indique que cette grande calamité nationale a été pensée, construite et finalement érigée en système institutionnalisé dans le but de déstabiliser la société haïtienne qui a déjà du mal à trouver un chemin normal et viable pour s’éloigner de la misère. 

De la date de la création et de l’installation de cette force nébuleuse appelée « Police Nationale » - dont le véritable rôle était de remplacer en tous points les forces armées accouchées par l’occupation américaine  de 1915 - à aujourd’hui, le nombre d’individus tués par balles ou à l’arme blanche en Haïti dépasse l’entendement en matière d’actes criminels. 

Les cerveaux et les exécutants de ces horreurs jouissent d’une impunité scandaleuse qui révolte la conscience citoyenne. Les enquêtes, dans la majorité des cas, n’aboutissent pas. Les coupables se seraient comme volatilisés. Évaporés dans la nature. La corruption a putréfié l’appareil judiciaire. L’assassinat de Me Monferrier Dorval le vendredi 28 août 2020 ne viendra pas mettre une fin à l’escalade de la violence qui endeuille la république d’Haïti. La liste s’allongera davantage. Les vrais coupables ne seront pas arrêtés. La police nationale d’Haïti a la capacité de trouver des boucs-émissaires pour protéger les « commanditaires » crapuleux, au-delà de tout soupçon. Plusieurs policiers eux-mêmes n’ont-ils pas succombé sous les tirs d’individus lourdement armés? 

Sans aucune hésitation Le phénomène de l’insécurité qui étouffe la capitale et assiège plusieurs villes de province est une arme de déstabilisation sociale et politique sciemment utilisée par certains secteurs nébuleux de la communauté internationale pour achever de ruiner le pays. Gommer entièrement son statut de souveraineté et d’indépendance sur le parchemin des épopées mondiales. Les origines sociales et/ou ethniques des quelques individus détenus à la prison dorée de la Croix-des-Bouquets, pour leur présumée implication dans des activités criminelles, nous laissent comprendre que les véritables « têtes pensantes » du réseau vivent en dehors du territoire. Ceux-là sont des « agents subalternes » au service de la mafia politique internationale. 

La criminalité systémique, telle qu’elle a pris forme après février 1986, doit être vue et interprétée comme l’invention et la manifestation d’une cruauté paroxystique. Il s’agit d’un instrument de frayeur contraignante pour casser la résistance des masses qui luttent pour l’émergence d’un lendemain meilleur. Prises de panique devant les ravages du kidnapping, des familles entières ont fait le choix regrettable de s’expatrier. Elles sont allées grossir le nombre des « misérables » cosmopolites qui suent sang et eau dans les « usines de torture » de l’Amérique du Nord pour gagner le salaire minimum. D’un autre côté, certains immigrants haïtiens ont dû renvoyer aux calendres grecques leur rêve de retour au pays natal, de peur de se faire assassiner - comme Benigno Aquino [1] - dès leur descente d’avion ou à leur sortie de l’aéroport, comme c’était déjà le cas sous Gérard Latortue et sa bande de « pirates des Caraïbes »... 

Nous sommes de plus en plus convaincus que le phénomène du banditisme est scientifiquement théorisé par des « cerveaux étrangers » qui utilisent, comme toujours, une « main-d’oeuvre » locale, à bon marché. Mais extrêmement bien entraînée. Psychologiquement bien préparée...! Haïti, à cause de sa situation de « pauvreté extrême », est un terreau fertile pour toutes les activités criminelles. 

Au sein de l’institution policière, il existe des cellules mystérieuses et clandestines actives. Leur mission consiste à éliminer des collègues sérieux et honnêtes qui combattent et résistent contre la corruption mafiosique, qui se mettent loyalement au service de leur pays et de leurs concitoyens. Ils ne sont pas nombreux. Mais on en trouve encore quelques uns dans les commissariats. 

Les « policiers délinquants » sont eux-mêmes chargés de perpétuer un climat de désordre politique et de chaos sociétal par lequel les forces de l’occupation étrangère justifient leur présence sur le territoire national, afin de continuer à protéger les intérêts des États impériaux, des multinationales et de la bourgeoisie du bord de mer (BBM). 

De 1995 à nos jours, les nouvelles n’ont-elles pas rapporté de nombreux cas de policiers morts en devoir, assassinés par leurs propres collègues? Et les meurtriers, ne sont-ils pas - pour la plupart - demeurés introuvables? 

Le piège se referme progressivement sur les masses populaires haïtiennes. L’insécurité, si elle n’est pas jugulée, basculera le pays dans l’«ingouvernabilité » irréversible. Et l’anarchie sociale et le chaos politique ouvriront davantage les portes d’une « mise sous tutelle » aux États-Unis, au Canada et à la France. 

La Minujusth a remplacé la Minustah. Cependant, les flammes des vols, des viols, des assassinats spectaculaires ne baissent pas. Les bandits armés sèment la terreur de plus belle. Le palais de la présidence abrite des malfaiteurs de tous poils. Jovenel Moïse et son épouse attendent de répondre des éventuels crimes qui leur sont reprochés par devant le tribunal pénal. Le pays a déjà franchi la ligne de l’ « ingouvernabilité ». Car il n’est pas gouverné. 

La barque de la gouvernance dérive sur un fleuve agité. Les manifestations massives contre la présence illégitime de Jovenel Moïse dans les affaires de l’État se poursuivent fougueusement. Le mot d’ordre ne change pas : les bénéficiaires des fraudes électorales d’Opont et de Berlanger doivent déguerpir. Depuis quelques mois, le nom du président « Vilbrun Guillaume Sam » revient souvent dans la bouche des manifestants qui exigent le départ des charognards du PHTK. Rappelons que Vilbrun Guillaume Sam fut massacré par la foule en colère le 28 juillet 1915, après qu’il ordonna l’exécution des prisonniers politiques, parmi lesquels, l’ex-président Oreste Zamor. 

Les catégories hégémoniques de la communauté internationale regardent le futur d’Haïti à travers des loupes faibles. Elles voient trouble. Tout peut arriver dans cette République qui explose de misère, de dégoût, de chômage, de migration externe, d’analphabétisation, d’assassinat, de népotisme, de corruption, de coercition, de cooptation... Les États-Unis, le Canada, la France doivent se dire : « Si les voies du Seigneur sont impénétrables », les voies du peuple haïtien ne sont-elles pas imprévisibles ?» 

La barque de la société haïtienne dérive vers les rapides d’un désastre politique, d’une catastrophe économique et d’une péripétie financière avec des conséquences, - quoique prévisibles -, difficilement réparables. Mais nous sommes disposés à lutter contre les ennemis de la patrie, à relever tous les défis, à reconstruire notre fierté de peuple libre, et à recouvrer notre indépendance et notre souveraineté. 

Le jour de la « Libération » des couches sociales marginalisées sera en même temps celui du commencement de la « Tribulation » des « Malfaiteurs » et des « Bourreaux ». Au moment des événements du 7 février 1986, la télévision retransmettait les images d’un Luc Désir qui tremblotait comme un chat mouillé dans les bras de son épouse. Le « tigre » féroce avait perdu ses crocs et ses griffes sous la fureur dévorante de la populace vindicative. Il implorait la pitié des manifestants coléreux, alors que lui-même n’en avait jamais ressenti pour les malheureuses et innocentes victimes qu’il torturait dans les cellules souterraines des casernes Dessalines. 

La crise qui déstabilise les compartiments institutionnels de la société haïtienne ne se règlera pas dans les activités stériles de « manifestations autorisées et pacifiques ». Il faut un mouvement solide de désobéissance civile générale qui soit capable de faire trembler tous les « bouchers » qui écorchent cruellement les masses populaires et qui dégraissent hargneusement les trésors de l’État. Nous parlons de ces femmes et de ces hommes à la rhétorique captieuse, qui servent de valets, de palefreniers aux écuries du néocolonialisme. 

Le peuple souverain n’a pas besoin d’obtenir l’aval des politiciens véreux, de la trempe de Jovenel Moïse, pour exercer ses droits à l’insurrection. Il doit encombrer la vie nationale, bloquer l’Administration publique, barricader les routes et les ponts, fermer les villes, paralyser les aéroports- et faire encore plus, s’il le faut - pour exiger le respect plein et entier de ses Libertés et de ses Droits citoyens. 

Dès le XVIe siècle, Francisco de Vitoria, juriste, philosophe et théologien, soutenait la thèse des « Droits populaires ». Et il y a un aspect de l’ensemble de ses réflexions philosophiques qui doit retenir particulièrement l’attention des lecteurs et des critiques. Nous l’exprimons tel qu’il est rapporté dans l’étude sur les droits des gens de Mendizabal publiée dans « Les doctrines politiques modernes »  : « Aucun homme ne possède en vertu du droit naturel le pouvoir d’imposer des lois aux autres car l’homme est naturellement libre...» 

Le devoir d’agir contre le mal, pas de voter le diable 

En clair, aucun régime gouvernemental ne saurait évoquer des articles confus d’une constitution en vigueur dans un pays sous l’emprise du capitalisme pour réprimer les libertés fondamentales, essentielles des citoyennes et des citoyens. Les États impérialistes rédigent et ratifient des textes de loi qui protègent les intérêts des puissances dominantes et les biens mal acquis des « pseudo-bourgeois » kleptomanes. 

La soi-disant « élite intellectuelle » du pays, vantarde et orgueilleuse comme Narcisse, montre qu’elle reste le produit d’un « savoir » inopérant. Elle est dépassée par les méthodes et les théories à partir desquelles se posent les équations des enjeux politiques et économiques sur le tableau de la mondialisation. Cependant, nous croyons qu’il est venu  le temps pour les Haïtiens de se regarder en face, s’ils veulent toutefois éviter le risque de disparaître comme certaines villes anciennes, dont Sodome et Gomorrhe, Pompéi... Ou certaines civilisations, telles que celles des Mycéniens en Grèce continentale, des Mayas du Mexique en Amérique... Les États dominants ont juré sur la tête de leurs peuples de reprendre ou de détruire les pays comme Haïti, Cuba, Venezuela, Algérie, Iran, Syrie et tous les autres qui ont bravement résisté, lutté et triomphé de l’oppression coloniale ou néolibérale. 

Écrire ne peut pas sauver les « misérables ». Mais il permet au moins de dénoncer le fait ou de prendre acte qu’il existe sur la terre des individus sans visage et sans nom qui sont totalement méprisés par les « princes », oubliés et abandonnés par les « dieux ». Les citoyennes et les citoyens lucides, raisonnables ont donc la « responsabilité d’agir contre le mal ». Pas le « devoir  de voter des malfrats » à l’instar de Jovenel Moïse, ou des racistes mafieux comme Donald Trump [2].