Reprise du procès de Julian Assange : lanceurs d’alerte en danger

Par Haïti Liberté, édition du 9 au 15 sept 2020 

Le procès de Julian Assange a reprisle 7 septembre à Londres. Déjà maltraité dans une prison londonienne, le fondateur de Wikileaks risque sa vie s’il est extradé aux États-Unis. La législation américaine n’est pas du côté des lanceurs d’alerte. Le PTB avait demandé l’asile pour Assange. 

Assange est incarcéré dans une prison de haute sécurité, sans avoir commis aucun crime au Royaume-Uni. Ses conditions de détention confinent à la torture. La justice britannique doit désormais se prononcer sur son extradition vers les États-Unis, où il risque 175 ans d’emprisonnement pour « espionnage ». 

Wikileaks : le média qui dérange Avec d’autres, Julian Assange a fondé, en 2006, le site d’information Wikileaks. Celui-ci garantit l’anonymat et la sécurité aux « lanceurs d’alerte » qui, dans leurs entreprises, leurs administrations ou ailleurs, entrent en possession d’informations précieuses, graves... et secrètes. Wikileaks vérifie la véracité des documents arrivés anonymement dans sa « boîte aux lettres » et l’intérêt public de les publier. Il s’agit d’éviter aussi des manipulations. 

Wikileaks a permis de rendre publics des documents-clefs qui ont provoqué des mouvements de résistance. Au point que certains projets secrets ont dû être abandonnés. Dès 2008, les services de renseignement américains, en collaboration avec de grandes firmes de sécurité informatique, juridiques, financières, ont conçu un plan de destruction de Wikileaks à volets multiples : attaques informatiques, harcèlement, contrôle, procès, diffamation et décrédibilisation des personnes... De sorte que des lanceurs d’alerte hésitent à leur confier des informations. 

Chasse à l’homme et complicité des États 

En 2010, Wikileaks diffuse des images des guerres d’Irak et d’Afghanistan qui montrent que des crimes contre les populations civiles sont commis non seulement par des talibans terroristes, mais aussi par des unités américaines, et parfois même européennes. Commence alors une véritable chasse à l’homme pour Assange. 

La Suède délivre un mandat d’arrêt contre lui pour un soi-disant délit sexuel. C’est un prétexte. Assange dérange et les faits sont instrumentalisés. Surveillé au Royaume-Uni, il voit sa dernière demande de ne pas être extradé vers la Suède rejetée en 2012. Il se réfugie à l’ambassade d’Équateur à Londres, où il passera sept années enfermé. 

Le 11 avril 2019, le nouveau président équatorien Lenín Moreno le déchoit de la nationalité équatorienne et met fin à son droit d'asile. Le jour même, Assange est arrêté dans l'enceinte de l'ambassade par la police britannique. Les États-Unis demandent immédiatement son extradition. En mai 2019, il est condamné par la justice britannique à 50 semaines de prison pour violation des conditions de sa liberté provisoire en 2012. 

Julian Assange est incarcéré à la prison de haute sécurité de Belmarsh depuis le 11 avril 2019. La situation dans laquelle il se trouve s’apparente à de la torture. C’est ce que déclaraient 216 médecins, de 33 pays, dans une lettre publiée le jeudi 25 juin 2019 dans la revue médicale The Lancet. Les médecins pointaient en particulier les « violations continues des droits humains et juridiques de M. Assange,aux mains des autorités judiciaires et pénitentiaires au cours de la procédure d’extradition ». 

Aujourd’hui, il est dans l’attente du jugement concernant son extradition aux États-Unis, où il encourt jusqu’à 175 ans de prison pour « espionnage », dans le silence assourdissant des médias extraditionnels. 

États-Unis : une protection quasiinexistante pour les lanceurs d’alerte 

Aux États-Unis, la protection des lanceurs d’alerte est soumise à de multiples conditions très cadrées (secteur d’activité, nature de la fraude, etc.). Barack Obama a fait valoir l’Espionnage Act (une loi de 1917) à sept reprises contre des employés fédéraux qui avaient révélé des informations liées à la défense ou au renseignement. Les présidents précédents avaient utilisé seulement trois fois ce recours. En 2010, des députés républicains n'ont pas hésité à qualifier Wikileaks d'« organisation terroriste ». En d’autres mots, les lanceurs d’alertes sont protégés... Tant qu’ils ne dérangent pas le pouvoir en place. 

Les États-Unis considèrent que les révélations d’Assange relèvent de l’espionnage. C’est pourquoi son extradition aux États-Unis constituerait un évènement très grave, non seulement pour lui, mais aussi pour tous les journalistes et médias d’investigation sérieux. Et, bien sûr, au-delà, pour tous les lanceurs d’alerte. Depuis son arrestation, des mobilisations ont lieu pour demander la libération de Julian Assange, et une meilleure protection des lanceurs d’alerte. 

Le PTB a demandé l’asile pour Assange 

En février 2020, le PTB a introduit à la Chambre une proposition de résolution pour que la Belgique accorde l’asile politique à Julian Assange, s’il en fait la demande. « Cet acharnement contre Assange, notait le député fédéral PTB Marco Van Hees, se déroule dans un contexte où, un peu partout dans le monde, les journalistes sont de plus en plus victimes de répression. Y compris dans l’Union européenne, puisque tant Malte que l’Irlande, la Bulgarie et la Slovaquie ont récemment déploré la mort de journalistes critiques. L’Europe observe une augmentation du nombre de gouvernements autoritaires, qui à la fois érodent l’État de droit et cultivent un discours politique radicalisé,qui, dans la pratique, conduit à la polarisation et à la violence. » 

La Belgique doit accorder l’asile politique à Julian Assange et à d’autres lanceurs d’alerte qui défendent les idées démocratiques. La Belgique pourrait ainsi renouer avec son rôle de pionnier en matière de droits de l’Homme. En 1830, dans l’Europe de l’absolutisme, la Belgique a choisi une autre voie, celle des droits de l’Homme et, ce faisant, elle a contribué au développement de la pensée démocratique et critique. Souvenons-nous de Karl Marx, de Victor Hugo et d’autres démocrates qui se sont réfugiés dans notre capitale après l’échec de la révolution de 1848. Accorder l’asile à Julian Assange nous donnerait l’occasion de renouer avec ce rôle historique joué par la Belgique.