Haïti-Dédollarisation : ¨une bonne idée qui s’est réalisée dans un mauvais contexte¨, dixit Camille Charlmers

Par Alter Presse, Haïti, le 6 avril 2018

Le gouvernement n’a ni la capacité ni la volonté politique pour forcer les commerçants à respecter les prix et ne pas profiter de la dédollarisation pour augmenter le prix de vente de leurs articles¨, estime le directeur exécutif de la Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (Papda) dans une interview à l´agence en ligne AlterPresse.

Selon Camille Charlmers, pour que cette mesure ait un impact positif, il faudrait avoir beaucoup d’autres dispositions et orientations sur les plans politique et économique (économie monétaire en particulier). Or, le gouvernement n’a pas encore créé les instruments institutionnels pour contrôler véritablement le système commercial et le système de change, dont une bonne partie se fait dans l’informel¨, déplore-t-il.

Parmi les mesures qui devaient être prises, l´économiste cite la mise en place de mécanismes de contrôle des prix, tout au moins pour les biens stratégiques.

¨La décision de libeller en gourde toutes les transactions effectuées sur le territoire national est une bonne idée qui s’est réalisée dans un mauvais contexte¨, explique Charlmers.

Et pour cause, la stabilité de la gourde par rapport au dollar évoquée par l´administration Moïse-Lafontant pour justifier cette décision n´est pas au rendez-vous, un mois après son entrée en vigueur, relève la PAPDA.

Pour sa part, Osnel Jean Baptiste de l’Organisation ¨Tèt kole ti peyizan¨, pense que la dédollarisation serait salutaire si le gouvernement aidait véritablement au renforcement de la production nationale¨.

¨Vu les conditions dans lesquelles elle s´applique, cette mesure, au lieu de renforcer les masses paysannes, a plutôt renforcé le secteur privé et les multinationales¨, ajoute Jean-Baptiste.

Parallèlement au fait que le gouvernement n´est pas parvenu à valoriser la gourde par rapport au dollar, il n´a pas réussi non plus à freiner le déficit budgétaire qui se chiffre à 14 milliards de gourdes pour la période d´octobre 2017 à février 2018.

Le gouvernement, à travers le Secrétaire d´Etat aux finances, Ronald Décembre, a, en conférence de presse récemment, qualifié ce déficit de momentané, affirmant que le gouvernement va prendre des mesures pour le redresser graduellement avant la fin de l´année