La criminalisation de la politique! par Mario Andrésol

Par Radio Caraibes, Haiti, publié novembre 2018 

Dans le contexte actuel, l’accession de certains citoyens à de hauts postes politiques, alors qu’ils sont notoirement connus pour leur implication dans des activités louches et leur penchant pour l’arbitraire, a le tort de produire deux impacts négatifs sur la sécurité en Haïti 

A force de ne pas être traqués, après avoir tué, brûlé, pillé et de bénéficier de la complicité d’hommes politiques, les criminels finissent toujours par se politiser. Les exemples, chez nous, sont légions. Ils furent Makout, Zenglendos, Attachés, FRAPH ou Chimè, aujourd’hui ils s’auto-proclament « révolutionnaires ». 

Dans le contexte actuel, l’accession de certains citoyens à de hauts postes politiques, alors qu’ils sont notoirement connus pour leur implication dans des activités louches et leur penchant pour l’arbitraire, a le tort de produire deux impacts négatifs sur la sécurité en Haïti. 

D’un côté, la présence de ces individus à des postes à pouvoir permet de renforcer ou de réactiver certains groupes criminels alliés, lesquels peuvent profiter désormais du pouvoir d’influence ou du « parapluie d’immunité » de ces autorités politiques pour échapper aux forces de l’ordre et aux poursuites judiciaires. 

D’un autre côté, en raison de la situation d’impunité qu’elle provoque ou des risques de représailles politico-administratifs auxquels elle peut donner lieu, cette criminalisation de la politique ou pour mieux dire, cette « politisation du criminel » décourage les efforts des forces de l’ordre dans la lutte contre la criminalité. 

Cette vidéo qui circule sur les réseaux sociaux est symptomatique de toute la faiblesse des structures de sécurité de l’état face à des minorités catégorielles de plus en plus structurées qui pratiquent la surenchère dans la violence. 

Défaillant, l’état n’a pas pu subvenir aux besoins de la population tels : la santé, l’éducation, les services sociaux de base, la sécurité, etc. Aussi, faute de politique publique d’aménagement du territoire, l’état n’a pas su freiner à temps le phénomène de bidonvillisation de la capitale. Les constructions anarchiques engendrent des espaces sociaux et urbains confinés et difficilement accessibles aux forces de l’ordre. La typographie désordonnée de l’habitat et le relief impénétrable de ces milieux favorisent facilement le développement discret d’activités illicites et l’émergence d’infrastructures criminelles. Le constat est là sous nos yeux. La population urbaine en paie les frais. 

Cité Plus, Village de Dieu, Martissant, Grand Ravine, récemment Savane Pistache sont sous le contrôle officiel et effectif de gangs organisés et lourdement armés. Port au Prince étant encerclé de bidonvilles et puisque l’état n’a pas la capacité ni l’autorité pour faire régner l’ordre et la paix dans la cité, on s’attend à des situations similaires dans d’autres zones au grand dam des contribuables qui ne savent désormais à quel saint se vouer pour se protéger de ces bandits, qui ne respectent plus rien et imposent leur loi. 

La délinquance grandit face à la montée de la précarité et le recul de l’autorité de l’état. 

Mario Andresol, ancien Directeur Général de la PNH (Police Nationale d’Haïti)