L’accord entre Haïti et FMI vu par des économistes

Par Cluford Dubois et Marc Sony Pierre, Le National, Haïti, le 6 mars 2018

Depuis la signature de l’accord, le 25 février 2018 entre Haïti et le Fonds monétaire international (FMI), les opinions sont multiples au sein des élites intellectuelles haïtiennes notamment les économistes. À travers le programme du Staff Monitored Program (SMP), le FMI demande au gouvernement haïtien de sursoir à certaines subventions telles que l’EDH, le pétrole sur le marché local.]

Dans la ratification de l’accord, des points essentiels ont été mis en relief. Ce sont, entre autres, la stabilité macroéconomique, une croissance forte et durable sur le moyen terme, renforcer le cadre financier et budgétaire. Aussi, d’après les termes de référence de ce même accord, compte-t-il améliorer la mobilisation des ressources fiscales, développer les conditions pour une gouvernance financièrement solide et transparente.

En ce qui concerne les conditions de cet accord, les avis sont plutôt partagés. Selon l’économiste Camille Charlmers qui intervenait à micro Ibo, cet accord est déplorable. Depuis 1983, souligne-t-il, le Fonds monétaire international intervient dans l’économie haïtienne, les résultats sont toujours défavorables. « Lorsque l’État haïtien a choisi de stopper la subvention du courant électrique et la subvention du pétrole, c’est un coup dur à la population notamment les couches les plus vulnérables », a lâché l’économiste. Ajoutant que la politique restrictive du FMI qui, selon lui, va permettre l’augmentation du prix du pétrole. Car, souligne-t-il, le prix du pétrole augmentera et la misère de la population s’aggravera.

Selon l’économiste, la non-subvention de l’EDH va créer une crise insoutenable au sein de cette institution. « Ceux qui n’ont pas accès à l’électricité auront beaucoup plus de difficultés pour en trouver », a-t-il déploré. Le problème de l’EDH devrait être résolu à travers des investissements durables et un financement de l’énergie renouvelable. Ainsi, poursuit-il, la réaffirmation de cet accord traduit la répétition de l’échec du FMI et le pays continue de s’effondrer dans le chaos. De plus, cet accord devrait toucher le secteur de la paysannerie qui, selon lui, est le moteur de développement du pays.

Plus loin, l’activiste politique avance qu’il n’a aucun problème avec le FMI, mais Haïti devrait s’assurer de son autonomie économique pour pouvoir négocier avec les bailleurs internationaux. Si l’État veut renforcer son économie, il faut qu’il donne la priorité à la création d’emploi, investir dans la production agricole et investir davantage de manières intelligentes, a proposé Camille Charlmers.

En effet, pour justifier l’accord, le gouvernement s’appuie sur le contexte socio-économique et politique du pays, les programmes sociaux, le déficit du secteur public non financier et les populations les plus vulnérables. Cependant, connaissant le taux d’inflation qui est passé de 15%, le déficit budgétaire qui est de 9 milliards de gourdes et la grève des professeurs dans les écoles publiques qui met les élèves dans la rue pour revendiquer la présence des enseignants dans les salles de classe, un autre poids qui vient alourdir la note. Des analystes économiques croient que l’État doit pouvoir rectifier le tir pour honorer ses promesses.

De son côté l’économiste Pierre Marie Boisson a abondé dans le même sens à propos de cet accord. Selon lui, l’État haïtien devrait mettre un peu d’ordre dans l’économie, gérer ses dépenses et investir dans la production nationale qui pourra créer de nouveaux emplois. Pour lui, un investissement de cette taille pourrait en quelque sorte donner un coup de pouce à l’état financier du pays. « Si le train de fonctionnement de l’État continue de cette façon, c’est une cause perdue d’avance », estime-t-il.

« Le fait d’avoir un programme qui peut aider l’État vers un investissement futur, c’est déjà une bonne chose pour le pays », a-t-il déclaré tout en disant que l’administration Moïse/ Lafontant doit contrôler le train de fonctionnement de l’État à travers ses dépenses et l’inflation. Il appelle les autorités étatiques à prendre leurs responsabilités. En ce sens, poursuit-il, le gouvernement haïtien devrait s’arranger pour que l’EDH soit une institution rentable.

Rappelons que le programme SMP n’est associé à aucun financement de la part du FMI.