Plus ça change, plus c’est pareil...! Honneur et respect, camarade Patrick Élie

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Robert Lodimus,  Tout Haïti, publié le vendredi 19 février 2016 

« Aucun pays ne s’est jamais élevé sans s’être purifié au feu de la souffrance. » (Gandhi) 

Honneur et respect, camarade Patrick Élie! 

Le titre du texte s’ouvre sur une cocasserie à la Molière. Cependant, nous ravalons notre humour pour nous découvrir respectueusement devant la dépouille mortelle d’un Grand Haïtien. Et nous ajoutons en paraphrasant Périclès : « Par le hasard d’un instant, c’est au plus fort de la gloire et non de la peur que ce patriote nous a quittés. » 

En effet, les stations de radio de la capitale ont annoncé vendredi 12 février 2016 le décès d’un ardent défenseur de la souveraineté nationale. Patrick Élie entre dans l’histoire universelle comme un militant scrupuleux, un nationaliste probe et un activiste politique téméraire qui a sacrifié sa jeunesse dans une Haïti misérabilisée qu’il a appris malgré tout à aimer avec passion. Sans fausse modestie. Et sans mesquinerie. Le fervent patriote est disparu au moment où le pays des Haïtiens est en train de rendre son dernier souffle sur la place publique. Car les nouvelles inquiètent au plus haut point. Un décret de la présidence des Tèt Kale aurait concédé l’île de la Gonâve à des multinationales implantées en Occident. L’affaire commence à s’ébruiter. Comme le rôtisseur de Panurge (1), le personnage rabelaisien, nous crions : « Dal baroth, dal baroth! » (Au feu, au feu!) 

patrick elie ancien conseiller preval Patrick Elie La conviction politique de Patrick Élie s’empreignait d’un « conséquencialisme révolutionnaire ». Contrairement aux tribuns baveux, les prétendus Cicéron et Démosthène réincarnés sur les ondes des médias, le scientifique n’écartait « aucun moyen » qui serait capable de faire avancer la lutte sur le terrain politique et social de la République d’Haïti. Comme Mark Twain, le professeur d’université avait compris que « ceux qui sont pour la liberté sans agitation sont des gens qui veulent la pluie sans orage. » 

Patrick Élie - rappelons - le - fut arrêté aux États-Unis le 23 avril 1996 sous des accusations farfelues, montées de toutes pièces par les autorités dictatoriales de Washington. Il resta 16 mois sans procès dans une prison rurale de Virginie. En Haïti et dans la diaspora, l’ex-secrétaire d’État à la défense bénéficia du soutien sans réserve de ses compatriotes et des camarades étrangers. Des Haïtiens vivant à New York se rendirent en autobus devant la prison de Northern Neck afin d’exiger son élargissement. 

Jooneed Khan du quotidien montréalais La Presse enquêta sur l’affaire Patrick Élie. Dans le numéro du jeudi 24 avril 1997, le chroniqueur expliqua : 

« Le 26 novembre, le juge Cacheris ordonna qu'Élie soit libéré sous conditions, statuant que sa détention prolongée et sans jugement «offense la conscience » et « viole ses droits fondamentaux ». Mais le procureur Marcus Davis obtint sa réarrestation, à l'ambassade d'Haïti où Élie s'était réfugié en apprenant que le renversement du jugement Cacheris. 

En juillet 1996, Davis avait renouvelé à Élie une offre avancée deux mois plus tôt par Jesse Helms et Ben Gilman, républicains amis du régime Cédras : la clémence en échange d'informations sur l'assassinat de leaders putschistes, dont l'avocate Mireille Durocher-Bertin. 

Élie refusa net. Et il reste emprisonné, alors que les généraux putschistes écoulent des jours paisibles au Panama, et que l'ex- chef de l'escadron de la mort du FRAPH, Emmanuel Toto Constant est en liberté aux États-Unis. » 

Nous avions interviewé Patrick Élie après sa libération dans le cadre de l’émission « Ces mots qui dérangent » diffusée sur Radio Plus. Il nous avouait que ses conditions de détention avaient été effectivement abusives et pénibles. Néanmoins, les tortures psychologiques que l’homme avait subies dans les prisons des Yankees, loin de refroidir son ardeur de militant, loin de l’instiguer au découragement et à la crainte, l’engageait davantage sur la voie du combat pour la « Justice » sociale, de l’ « Équité » économique et financière. En prison, le biochimiste rencontra des Afro-étatsuniens qui lui racontèrent leurs misères et leurs déceptions. La plupart de ces individus qui avaient grandi dans les ghettos noirs des mégalopoles déclarèrent qu’ils étaient détenus pour des crimes qu’ils n’avaient pas commis. 

Dans cet échange radiodiffusé, Patrick Élie abordait aussi avec nous la question de la drogue qui ravage la société étatsunienne. Ses révélations sur la pègre nord-américaine étonnèrent les esprits simplistes. Les mafieux puissants et influents qui s’enrichissent dans le narcotrafic sont des « intouchables ». Ils sont des pourvoyeurs de l’État bourgeois. Alors que les petits revendeurs de rue sont traqués, exécutés sommairement ou envoyés en prison par la Drug Enforcement Administration of the Us Department of Justice (DEA). La police fédérale cherche à se donner bonne conscience auprès des populations naïves, en les endormant dans une fausse sécurité. 

Patrick Élie est décédé des suites d’une hémorragie interne à l’estomac. Il souffrait d’un ulcère aggravant. Il y aurait fort à penser que les mauvais traitements dont il fut l’objet en milieu carcéral auraient contribué à affecter sa santé qui paraissait pourtant assez robuste. 

Patrick Élie intervenait souvent dans les émissions d’affaires publiques pour orienter, canaliser les débats sur la dégradation inquiétante de la situation politique. Il faisait ressortir la nécessité pour les masses de « prendre en main leur avenir ». De ne pas se fier aux tactiques nébuleuses et aux stratégies improbes des politiciens véreux, louches, douteux... En pensant à ce brave militant, nous croyons entendre cette brillante recommandation de Gandhi : « Là où il n’y a le choix qu’entre lâcheté et violence, je conseillerai la violence. » 

La République d’Haïti se souviendra de Patrick Élie et elle lui accordera une place honorable dans les annales de son histoire. 

Pour aborder un autre chapitre 

L’émergence d’une presse militante qui prône un  changement sociopolitique révolutionnaire sur la base d'une  formation idéologique progressiste des masses populaires reste parmi les moyens sûrs de sauver Haïti de ses malheurs. 

Dimanche 14 février 2016, le pays s’est réveillé avec un nouveau dirigeant à sa tête. Jocelerme Privert, président de l’Assemblée nationale, ancien ministre de l’Intérieur, a récolté l’adhésion de ses collègues parlementaires au cours d’un procédé de vote inusité afin de combler le vide présidentiel et d’achever le processus électoral contesté. L’existence humaine se compare à une ligne brisée. Elle a des hauts et des bas. Après la prison de Gérard Latortue et d’Hérard Abraham, Jocelerme Privert renoue avec la gloire politique éphémère. 

Le cheminement de l’enfant du département des Nippes sur la scène nationale laissait transpirer déjà ses ambitions politiques. Aujourd’hui, même si c’est par la porte étroite, il a assouvi un rêve qui n’avait pas échappé aux composantes de ses entourages immédiats. 

Le coup d’État parlementaire du 13 février 2016 concocté par le Core Group, l’OEA et l’UE ne change rien au panneau de configuration catastrophique postmartellienne. Les carottes de l’insurrection populaire généralisée sont cuites. Haïti est en train de passer de la disette à la famine. Selon le dernier rapport des Nations unies, la rareté alimentaire toucherait environ 3 millions d’individus. La monnaie nationale décline vertigineusement : 1 dollar US contre 62,50 gourdes. Tout va mal. Ce pays est devenu un cheval emballé. Un véhicule sans conducteur qui dévale une pente abrupte. Ce n’est pas un nouveau « magouilleur » au palais national, un « domestique » sans âme au service de la bourgeoisie compradore vorace et rapace, un « majordome » des puissances occidentales, venu de la ville ou des fins fonds des campagnes dénudées, qui extirpera la République usée et fragilisée de la maladrerie humiliante, pour le hisser au bord de la voie du développement durable. Pour renaître de la misère, le pays soupire après l’émergence d’un groupe d’Haïtiens visionnaires et révolutionnaires. 

La République d’Haïti est prisonnière des enjeux importants et inavoués qui guident la politique extérieure des États occidentaux. Montesquieu aimait répéter : « Au sortir du collège, on me mit dans les mains des livres de droit; j’en cherchai l’esprit. » Les mauvaises passes que traverse la patrie dessalienne sollicitent l’intelligence, le génie des patriotes avant-gardistes. À quoi riment les « élections » ridicules dans un contexte d’occupation étrangère? Qui dirige aujourd’hui Haïti? Verrions-nous aux États-Unis, en France, au Canada, au Royaume-Uni, en Espagne... cette mascarade innommable qui a décrédibilisé l’institution parlementaire haïtienne dans la nuit du 13 au 14 février 2016? Des « orangs-outans » accoutrés de blanc et de noir qui se sont donnés pitoyablement en spectacle. Et constatez le niveau de langage : « Dans la paragraphe… Adopter le pays d’un nouvel président... ! » 

Enfin, le pays de Thomas Madiou, d’Anténor Firmin, de Louis-Joseph Janvier, de Jean Price Mars, de Jacques Roumain, de Jacques Stephen Alexis, de Carl Brouard, de Magloire Saint-Aude rabaisse à tous les points de vue...! 

Où va le Groupe des huit (G-8) 

Avant de tirer hautainement sa révérence, le chef des « crânes rasés » avait trouvé un « accord félon » avec le sénateur Jocelerme Privert et le député Cholzer Chancy qui lui a permis de quitter sa fonction en passant par la porte principale. Le chanteur de mardi gras, aidé des « régents » du corps diplomatique s’est aménagé une sortie honorable. Aux dernières nouvelles, il se prélassait dans son château de plusieurs millions de dollars dressé sur la Côte des Arcadins. Il n’y aura, peut-être, ni audit de la présidence, ni audit de la primature et des ministères. Ainsi aurait parlé l’Oncle Sam! 

Le G-8 et les autres groupuscules qui braillaient dans les rues de la capitale sous le soleil chaud de midi semblent appartenir déjà au passé. Même s’il est encore difficile de déterminer avec précision tous les secteurs politiques qui ont mis le vent dans les voiles de Jocelerme Privert, nous estimons que leur manque de créativité politique les prédestine à l’implosion. Nous l’avons souvent souligné : on n’accède pas au pouvoir en signant des communiqués laconiques et insipides. Et pour marcher dans le sens de l’éditorialiste d’Haïti Liberté, Berthony Dupont : « Le pouvoir ne se donne pas; on le prend. » Le prendre et le conserver par tous les moyens! La politique est loin d’être un « cénacle de prière » qui permette aux pratiquants d’accéder au paradis. Jocelerme Privert - formé à l’école du duvaliérisme - a infligé une leçon politique au G-8. La présence de Rony Gillot, l’oncle de Jude Célestin, est remarquée aux côtés du président provisoire. 

Les événements qui ont bousculé les dernières semaines de la présidence des Tèt Kale prouvent que le peuple haïtien est idéologiquement mieux avancé, plus rationnel, plus prévoyant, dans le sens de Karl Deutsch,  que les fameux « intellectuels » qui lui tiennent quotidiennement des discours tordus, boiteux  par-ci, par-là. N’a-t-il pas clairement crié « Révolution » à la place de « Élection »? 

Les « harvardiens » ou les « sorbonnards », ne  devraient-ils pas  se mettre maintenant à l'école et à l'écoute de la « Sagesse politique » du « Peuple haïtien », au lieu de se complaire dans l’inconfort d'un orgueil intellectuel stérile, peureux et mesquin? Ces détenteurs de la « science sans conscience » refusent d’apprendre à se taire... Et  à écouter...! 

Les courants des philosophies portant sur la « théorie systémique », creusés en science politique - entre autres par von Bertalanffy, David Easton... allèguent qu’un changement de dirigeants  politiques  n'implique pas forcément un changement de système politique. 

À plusieurs reprises, nous avons tenté de montrer - ainsi que d'autres observateurs et penseurs dans le domaine des sciences sociales, théories et preuves à l'appui - que le « duvaliérisme » reste et demeure  toujours fonctionnel sur le territoire de la République d’Haïti. Les événements de février 1986 ne l’ont pas guillotiné. Pour survivre, le « monstre » a réussi à inventer - jusqu’à présent - des stratagèmes de « métamorphosition ». C'est justement cela, la propriété essentielle d'un « système » : s'autoréguler pour se protéger et se maintenir en place. 

Haïti : un avenir plus sombre que jamais 

La série « Les tigres sont encore lâchés » que nous avons publiée récemment a tenté de projeter un faisceau lumineux sur l’évidence de l’enracinement profond du « duvaliérisme » dans toutes les sphères de la société haïtienne. Et la chance pour les masses populaires d’Haïti de se libérer de l’étau politique installé solidement depuis 1957 par François Duvalier, Léon Cantave, Antonio Kébreau sous le commandement des États-Unis est mince. 

Le politologue Denis Monière reprend dans son ouvrage, Introduction aux théories politiques, un extrait de Max Weber (2) sur la définition de la politique: 

« Nous entendrons par politique l’ensemble des efforts que l’on fait en vue de participer au pouvoir ou d’influencer la répartition du pouvoir, soit entre les États, soit entre les divers groupes à l’intérieur d’un même État. » 

Les factions politiques déchues de la gouvernance cherchent toujours les moyens de se réinstaller sur la scène dans l’intention de se réapproprier - d’une façon ou d’une autre - l’appareil de l’État. Elles ne renoncent pas à l’exercice du pouvoir. Elles prennent le temps de se réorganiser avant de revenir en force. 

Le Venezuela lutte jusqu’à présent pour se débarrasser de la bourgeoisie d’extrême droite soutenue par les États-Unis qui portent une haine viscérale contre le « chavisme ». Seulement, même si les piliers de la révolution bolivarienne arrivent à s’effondrer, le pays d’Hugo Chavez ne redeviendra plus celui que l’on a connu sous les gouvernements précédents qui ont bafoué les droits des masses populaires vénézuéliennes. Il existe à Caracas et dans toutes les régions proches ou éloignées du Venezuela une milice populaire, une force paramilitaire bien entraînée et bien endoctrinée qui est capable de défendre à tous les niveaux les intérêts névralgiques qui vitalisent les idéaux de la « Révolution » que le « Commandante » a confiée à Nicolas Maduro avant de quitter notre monde. 

Avec le Chili, le Nicaragua, les données historiques peuvent être analogisées. Elles suivent la même trajectoire de résistance perverse et de stratégie factieuse observées au sein de l’extrême droite vénézuélienne qui cherche à reprendre le flambeau de la domination sociopolitique qu’elle a perdue en 1999 avec l’arrivée triomphale au pouvoir de l’enfant terrible de Sabaneta. 

La révolution française de 1789 abolit dans un premier temps la monarchie et l’esclavage dans les colonies. Napoléon Bonaparte s’empara du pouvoir par un coup d’État, puis suspendit la Première République et instaura l’Empire le 18 mai 1804. En 1958, Charles de Gaulle implanta le régime parlementaire qu’il baptisa la « Cinquième République » qui « typologise » l’État français. Nous aurions pu poursuivre presque à l’infini pour imposer les différents argumentaires qui établissent explicitement les capacités de résistance insoupçonnables d’une philosophie sociale, d’une idéologie politique, d’une approche économique, d’une conception culturelle érigée en « système ». 

Pendant plusieurs années le « duvaliérisme » a fait le mort. Puis un matin, il s’est réveillé - plus menaçant que jamais - comme un volcan resté longtemps endormi. De 1986 à aujourd’hui, il s’est adroitement « caméléonisé ». Le namphisme, l’avrilisme, le manigatisme, le trouillotisme, l’aristidisme, le prévalisme, le martellisme et le privertisme doivent être abordés, analysés et traités comme des sous-produits du « françoisisme » qui, lui-même, s’origine de la société postcoloniale inachevée. 

René Préval, comble d’ironie, est en quelque sorte un « croisement »  bizarre, fantastique, incroyable du « duvaliérisme » et du «stalinisme ». Un mélange explosif d’extrême droite et d’extrême gauche. En clair, une espèce de « monstre politique bicéphale ». Parfait disciple, même inconsciemment, de Niccolò Machiavelli (Machiavel) : prendre le pouvoir à n’importe quel prix; et surtout être capable de le conserver; là aussi par n’importe quels moyens. 

M. René Préval : le seul président élu depuis le 7 février 1986 qui est arrivé à mener deux mandats à terme, dans le périmètre de l’échéance mesuré et établi par la constitution de 1987. Et il l’a fait contre vents et marées. « Les chiens aboient. La caravane passe. » De 1995 à 2000, son régime gouvernemental est parvenu à survivre sur les mers démontées par des vagues de frustrations sociales, de contestations bouillantes et d’agitations scandaleuses... L’homme a nagé...Jamais à contre courant. Et, contrairement à Lesly Manigat, Jean Bertrand Aristide, il ne s’est pas noyé. Il s’en est sorti...! Savamment! Son secret le mieux gardé: faire et se taire; laisser faire et laisser dire...! René Préval réunit en lui tous les ingrédients du « politicien nébuleux et dangereux ! » Certaines langues laissent même entendre qu’il aurait manoeuvré en coulisse pour faciliter la représentation de la pièce théâtrale interprétée par Jocelerme Privert, Edgard Leblanc Fils et Déjean Bélizaire. 

À la fin du premier mandat de M. Jean Bertrand Aristide, le mouvement lavalas s’est métamorphosé en une nouvelle coalition baptisée « Bò Tab La ». Elle a moussé et supporté la candidature de M. René Préval aux présidentielles de 1995. Les proches partisans de M. Jean-Bertrand Aristide ont vu dans cette initiative, soutenue par M. Gérard Pierre- Charles - entre autres - une trahison pure et nette. Eux, plutôt, réclamaient une prorogation du mandat de leur chef, dans l’intention de récupérer les trois années que ce dernier avait passé en exil aux États-Unis et qui correspondaient à la durée du coup d’État des militaires... Finalement, le président Jean Bertrand Aristide semblait obtempérer. Au cours d’une tournée officielle à Jacmel, soit deux jours avant la tenue du scrutin, il a demandé de façon voilée à l’électorat de voter M. René Préval, le candidat de « Bò Tab La ». Les élections de 1995 ont accordé à l’OPL une majorité relative au Parlement. M. Rosny Smarth, choisi par l’équipe de Gérard Pierre-Charles, désigné par le président de la République, est ratifié sans difficulté par les deux Chambres pour diriger la primature.  La « guerre des Trois » éclate. Quelques années plus tard, ce conflit acharné allait basculer le pays dans les précipices de l’occupation étrangère... 

Le mouvement du « lavalassisme », vraisemblablement, s’éloigne des considérations rationnalisées qui réfèrent aux indicateurs organisationnels de « systémicité ». Ses inventeurs - peut-être, par un déficit de compétences théoricophilosophiques - se sont révélés incapables d’installer leur entreprise politique sur un axe typologique qui se définit clairement par rapport à la démarche aronienne ou duvergérienne. Quel type d’État voudraient instaurer les adeptes du courant politique dénommé « Fanmi Lavalas »? La même question se poserait - et sans réponse - pour l’Opération du Peuple en Lutte (OPL), le Mouvement populaire patriotique dessalinien (MOPOD), le Rassemblement des démocrates nationaux progressistes (RDNP), etc. La religion ne saurait exister en dehors des circuits de l’endoctrinement qui génèrent les sentiments d’appartenance. Un parti politique fonctionne sur une base idéologique. Les individus regroupés dans une initiative d’association se sentent valorisés, unis et solidaires. Ils mènent le même combat pour une cause qui est scientifiquement définie et communée. Pour appréhender les prétentions dominatrices du « nazisme », la lecture de « Mein Kampf » (Mon Combat) d’Adolf Hitler publié en 1926 est une démarche intellectuelle obligatoire. Le dictateur justifia l’arme de la « dialectique dogmatique » qui lui permit de matérialiser son « démonisme » idéologique. Celui que l’on appelait le Führer souligna dans sa préface : 

« Il n'en est pas moins vrai qu'une doctrine ne peut sauvegarder son unité et son uniformité que si elle a été fixée par écrit, une fois pour toutes. Ces deux volumes seront les pierres que j'apporte à l'édifice commun. » 

Dès le deuxième paragraphe, Hitler pointa la direction politique dans laquelle il alla engager l’Allemagne : 

« Le même sang appartient à un même empire. Le peuple allemand n'aura aucun droit à une activité politique coloniale tant qu'il n'aura pu réunir ses propres fils en un même État. Lorsque le territoire du Reich contiendra tous les Allemands, s'il s'avère inapte à les nourrir, de la nécessité de ce peuple naîtra son droit moral d'acquérir des terres étrangères. La charrue fera alors place à l'épée, et les larmes de la guerre prépareront les moissons du monde futur. » 

François Duvalier suivit les traces du « salomonisme » pour imposer sa terreur politique. La conquête et la conservation du pouvoir duvaliérien découlèrent du « noirisme » rétrograde et du « populisme » démagogique. Papa doc ne fut pas le « Commandant Chavez » qui a sacrifié son existence en vue de débarrasser son peuple du carcan qui caractérise les régimes politiques d’extrême droite. 

On se demande si la politique n’a pas toujours été comme Trotski le laissa percevoir, en s’adressant au groupe de Staline : « Vous aussi, vous voulez nous fusiller, mais vous n’oserez pas. Nous, nous oserons. Qui fusillera l’autre ? » Aujourd’hui, rien n’a changé. Le pouvoir est encore conquis avec les crimes de sang et l’argent. Les anciennes puissances coloniales qui sont revenues occuper Haïti en 1994 et en 2004 peuvent en témoigner. 

Que les masses populaires haïtiennes ne se découragent pas! Mao Tsé-toung a marché longtemps avant d’atteindre les berges de la « Libération » de la Chine. La déception et l’humiliation de Rosa Parks ont engagé les Afro-étatsuniens sur les routes sinueuses des revendications sociales et politiques pour la jouissance de leurs droits naturels, au sens de l’universalisme de Louis Althusser : « Nous sommes tous nés libres et égaux. » 

Une nuit, le vent de la « Révolution » soufflera sur Haïti. « Le jour se lèvera sur la rosée. » L’eau reviendra à Fonds-Rouge. Les Gervilain disparaîtront. Les Manuel ressusciteront. « Ce qui compte, c’est le sacrifice de l’’homme. C’est le sang du nègre (3). » 

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