Quand la PNH est infiltrée par des sbires du pouvoir

Par Prof. Esau Jean-Baptiste, Tout Haïti, publié le 24 novembre 2018 

Quand la PNH est infiltrée par des sbires du pouvoir, elle protège et serve le statuquo, pas le peuple. 

Dans certains pays, sous pression des mobilisations sociales, on dénonce toujours le caractère structurel des violences policières. Ce qui explique, quel que soit le pays, la fréquence et la nature des interactions avec la police sont très contrastées selon le sexe, l’âge et la position sociale, le lieu de résidence, la couleur de la peau, la religion, l’orientation sexuelle et politique. 

C’est dans ce contexte que, en Haiti, pays instable politiquement ou institutionnellement en faillite, les manifestations des classes de la majorité n’échappe pas aux comportements de violence des policiers. Plus récemment, partout dans le pays ou ont eu lieu des manifestations, des leaders des organisations populaires dénoncent les brutalités policières certes. 

Mais quand la PNH ne peut pas escorter le président de la république pour se rendre å Vertieres, suivi des mouvements de manifestations et soulèvement généralisés du 18 et 19 novembre, beaucoup se posent cette question, doit on se protéger de la police ou se protéger sans la police. 

De plus, le 17 octobre, au Pont Rouge, le cortège présidentiel avait essuyé des jets de pierres. Même constat avait été fait lorsqu’il prenait la route pour se rendre á Marchand Dessalines. La flotte de véhicules ayant accompagné le président de la république dans une tournée dans la Vallée de l`Artibonite a été prise à partie par des manifestants en colère, protestant depuis près de deux ans contre la décision du régime Tèt Kale #1 de Michel Martelly ayant consacré le morcellement de la commune de l`Arcahaie. Bloqué, le cortège a essuyé des jets de pierres, mais a pu frayer un chemin à travers les barricades 

Depuis les temps anciens, comme toute société, en termes de sécurité, le peuple haïtien a toujours eu deux grands besoins à satisfaire, auxquels on ne peut pas répondre de la même manière, voire considérer avec négligence ou amateurisme. « La société doit d'abord être gouvernée et administrée, sans quoi elle ne peut constituer un tout cohérent. Quand cela est fait et que son identité est acquise, son besoin prioritaire, pour continuer d'être comme société, est d'être protégée. Elle a besoin d'une force qui la protège contre ses ennemis de l'extérieur et aussi d'assurer, sur son propre territoire, la protection des sociétaires, de leurs droits et de leurs biens, contre ceux au sein de la société qui menacent les droits des autres. 

Théoriquement, la police et l'armée répondent donc à des problématiques totalement différentes. Si la mission de la police est de protéger et de servir, celle de l’armée est de défendre l'État contre ceux qui en contestent l’autorité. « Armée et police ont des missions de sécurité complémentaires. L'armée surveille les menaces qui viennent d'ailleurs, la police celles qui peuvent sourdre au sein de la société même. Ces deux structures de sécurité ont donc, dès le départ, tendance à évoluer en parallèle et à devenir différentes, tant dans leurs moyens et leurs méthodes que dans leurs objectifs. 

Création de la PNH en 1994 

Après le coup d’état de septembre 1991 et le retour du président de son exile de trois ans de Washington, en termes de sécurité, Haïti était fragile et précaire. Donc dans ses efforts pour consolider le processus de démocratie en cours dans le pays, des discussions avaient eu lieu avec le gouvernement des Etats-Unis, l'Organisation des Nations-unies (ONU), les alliés et amis d’Haïti de la communauté internationale à propos notamment de la formation d’une nouvelle force de police. 

Selon Isabelle Fortin et Yves-François Pierre dans Haïti et la réforme de la Police Nationale d’Haïti, `` L’escalade de la violence politique et sociale qui traverse Haïti depuis la chute de la dictature des Duvalier en février 1986 ainsi que le choix de l’implantation d’un Etat démocratique exprimé par la très grande majorité de la population expliquent que le besoin en matière de justice et, corrélativement, la réforme des organes de sécurité et de justice demeurent de première importance dans le processus de construction démocratique du pays entamée depuis lors``. 

Par contre, la transition vers une nouvelle force de police civile à vocation démocratique était-elle possible a implanté en Haïti compte tenu des mauvaises expériences de la population avec les militaires putschistes durant les trois ans du coup d’état. Mais cette transition était beaucoup plus   difficile d'autant plus qu’après le démantèlement de l’institution militaire par Président Aristide en 1995, la Police Nationale d’Haïti (PNH) était la seule force légalement armée dans le pays.   Puisqu’ils étaient nombreux les problèmes structurels et conjoncturels dans une Haïti post Duvalier, donc aborder des questions police et démocratie méritaient bien de prendre en compte   et cerner les problèmes quotidiens que devaient rencontrer l’institution policière en général et l’agent policier, en particulier, sur le terrain. 

PNH et son intégration dans la société 

Vu la complexité et le contexte dans lesquelles cette force de police avait vu le jour, donc il était nombreux ceux-là qui, pessimistes, se posaient des questions á savoir: comment la PNH allait faire pour s’intégrer et avoir sa légitimité auprès d’une population. Surtout cette dernière gardait encore les cicatrices de violence et d’abus soit directement ou de l’un de leurs proches d’un quelconque membre de l’institution militaire. 

En dépit de ce constat négatif, la population avait considéré la nouvelle force de police comme une institution légitime, capable d’assurer l’ordre et la sécurité. Mais plus de vingt ans après, la police, dans sa noble mission de server et de protéger, a échoué. Mais comment parler d’échec d’une jeune force de sécurité comme celle de la police. Généralement, Comment analyser les exactions policières? Assurément, questionner la police et sa légitimité est une opération délicate, y compris du côté des forces progressistes. Pour certains, les exactions policières constituent une dérive institutionnelle influencée par des dynamiques sociales délétères, comme les relations raciales ou les risques d’attentats aux États-Unis et en France, la guerre contre la drogue au Brésil notamment. Ces dérives étant aggravées par la militarisation des forces policières et, dans plusieurs pays, par l’instauration de « l’état d’urgence » qui apparait de moins en moins comme une mesure d’exception. 

Selon des experts, l’expression « brutalité policière » est un pléonasme, la police étant par essence une institution dont la brutalité est légitimée par le principe du monopole étatique de la violence. Certains mouvements sociaux d’ailleurs, comme les anarchistes de la Côte Ouest des États-Unis, débattent pour savoir s’il faut lutter contre la brutalité policière ou contre la police en soi, ce qui ne les empêchent pas de se retrouver côte-à-côte dans la rue, face à la police. 

Dans le cas d’Haïti, chaque jour, la population haïtienne, dans ses mouvements généralisés dans sa lutte contre la dilapidation des Fonds du Petro Caribe, développe non seulement une profonde méfiance envers la police, mais elle refuse aussi de collaborer avec les autorités qui ont des déficits de légitimités et de crédibilités. Dans sa mission de protéger et servir, quand cette force de police essaie de prendre en main les questions de sécurité, elle se trouve, dans bien des cas, confronter aux autorités officielles, soient par leur refus de collaborer ou par leurs influences politiques á travers cette jeune force. Mais le plus préoccupant de toute cette histoire, qui sont ou pas agents de la police nationale d’Haïti? 

Quand la PNH est-elle infiltrée par des hommes lourdement armés? 

Les soupçons d'infiltration de la PNH par des clans du pouvoir et des inconnus font la une depuis quelques jours sur tous les réseaux sociaux. On dénonce à l'intérieur des unités de la police la présence de certains "attachés" du pouvoir. Avec les uniformes de police, ces bandits tirent et tuent la population. 

Tout récemment, très remonté par rapport de ce qui se passe au pays, Jean Renel Sénatus fustige l’institution policière. Selon le sénateur de l’Ouest, Jean Renel Sénatus, président de la commission Justice et Sécurité au Sénat de la République, des gangs sont coiffés par des directeurs et commissaires au sein de la Police Nationale d’Haïti. Invité à la rubrique « Le Point » de la Radio Télé Métropole ce vendredi 16 novembre 2018, Jean Renel Sénatus fustige le fait que, selon lui, des gangs sont alimentés par des gens qui sont censés sécuriser la société. « Des bandits, des voleurs et des chefs de gang font partie de la PNH, disait-il. 

Quan les bandits dissent qu’ils reçoivent leurs armes et minutions des parlementaire, il y a de quoi avoir peur. Mais quand c’est le Directeur général de la police qui déclare qu’il ne reconnait pas certaines armes et uniformes de certaines unités (USGPN) de la police qui sont dans les rues, donc le pays est mal protégé. Le directeur général a déploré et condamné la présence des messieurs de l’USGPN à bord de véhicules que nous avons vus pour la première fois avec une mitrailleuse M 60. Nous avons réagis que ce n’est pas acceptable. Nous n’avons pas besoin de l’appui d’autre unité n’ayant pas pour spécialisation le maintien d’ordre. Si Michael Gédeon ne contrôle pas la PNH, donc qui la contrôle? 

De tous ces questionnement et doutes, ce qui est certain, ils sont nombreuses les personnes tuées ces derniers jours par des hommes cagoulés en uniformes. Ce qui rend chaque jour non seulement les situations et le travail des policiers difficiles, mais de par ces tueries, les relations entre la population et la PNH sont devenues beaucoup plus compliquées. 

Qui protège la société? 

Au-delà de la réflexion sur les manières de contrôler la police, le dossier propose aussi de réfléchir à ce que signifie le maintien de l’ordre sans les institutions policières de l’état. Les mouvements sociaux questionnent, proposent et expérimentent en dehors des institutions et des canaux officiels des formes de police qui peuvent alors être observées dans des contextes bien différents, et relevant de logiques parfois contradictoires. 

Peu importe, les préoccupations des uns et des autres, qui peut protéger la population et les mouvements de manifestations politiques et sociale contre la brutalité policière. Et enfin, la grande question, qui peut protéger la population sans la police? Le refus de faire appel à la police n’est pas nécessairement l’expression d’une naïveté face à la violence: dans certains cas, des processus alternatifs de maintien de l’ordre ne répugnent pas à recourir à la violence, par exemple lorsque des services d’ordre ou encore des « pacifiques » cherchent à neutraliser physiquement des casseurs.