Duvalier et Martelly ciblés par des manifestations
Par Kim Ives
Haiti Liberté:édition du 8 au 14 Février 2012
Les tensions politiques montent rapidement en Haïti tandis que des confrontations approchent au sujet des dossiers devant déterminer si le Président d’Haïti Michel Martelly a violé la loi, et si l’ancien président Jean-Claude Duvalier, considéré par beaucoup comme le mentor politique de Martelly, échappera à la justice pour ses violations flagrantes des droits humains, il y a un quart de siècle.
Des centaines de manifestants ont défilé dans les rues de Port-au- Prince le 7 février, en ce 26e anniversaire de la chute en 1986 de la dictature des Duvalier, qui a duré 29 ans.
Lors d’un rassemblement devant le ministère de la Justice, des manifestants ont condamné la décision du juge d’instruction Jean Carvès le 30 janvier de renoncer à la poursuite des crimes contre l’humanité - exécutions extrajudiciaires, emprisonnements, et tortures - commis par «Baby Doc» Duvalier durant son règne de 1971 à 1986. Carvès dit qu’il ne ferait que poursuivre l’ancien «président à vie» pour avoir détourné des centaines de millions du trésor haïtien, un crime passible d’une peine maximale de cinq ans de prison.
Les manifestants de la deuxième démonstration à laquelle ont concouru beaucoup de personnes présentes à la première manif, ont défilé à partir de la favela du Bel Air et ont marché à travers la capitale pour exiger que Martelly remette son passeport à une commission spéciale du Sénat, enquêtant sur les accusations selon lesquelles lui (et
38 autres hauts fonctionnaires du gouvernement) détiennent une citoyenneté étrangère en violation de la Constitution haïtienne de 1987. La marche, convoquée par un front nouvellement formé et appelé Force Patriotique pour le respect de la Constitution (FOPARK), a vu des manifestants monter des lampadaires et arracher des bannières roses des rues avec le visage souriant du président Martelly proclamant « » Les manifestants ont marché avec les bannières à l’envers (tèt anba) et enfin les ont brûlées.
« », a déclaré Rodrigue Joseph, un chauffeur de taxi. « Il semble que, à travers la nation, les professeurs n’ont pas été payés par le gouvernement pour enseigner aux enfants gratuitement, et il n’y a pas d’argent dans le Fonds pour l’éducation nationale mis en place par Martelly à partir d’une taxe illégale sur les transferts de fonds internationaux et les appels téléphoniques. Il semble y manquer près de 30 millions de dollars, à juger par ce que disent les gens de Martelly. Ce pourrait être beaucoup plus. »
«Mais il a aussi menti sur sa nationalité, » a interrompu Yolande Sénatus, un étudiant. «Je pense qu'il a un passeport américain alors qu’il s’est porté illégalement à la course à la présidence.»
Des manifestations appelant Martelly à faire la lumière sur les accusations, notamment celles du sénateur Moïse Jean Charles disant, qu'il est un citoyen des États-Unis (voir Haïti Liberté, vol. 5, n ° 26, Janvier 11, 2012) ont également eu lieu au Cap-Haïtien le
6 février et à Miragoâne, le 7 février.
Toutefois, selon l'Agence haïtienne de Presse, une délégation de parlementaires a été attaquée dans la ville du Plateau central de Lascahobas par une foule pro-Martelly. Le sénateur Annick Joseph aurait été blessé à la jambe par des pierres lancées.
Dans une conférence de presse combative, le 4 février, alors qu'il sortait d'une visite d'État au Venezuela, puis au Panama, le Président Martelly a déclaré qu «il n'existe pas de loi, il n'y a rien qui donne à qui que ce soit ou à quelconque institution le droit de demander à l'Exécutif de faire rapport sur son passeport ... Le passeport restera dans la poche du Président.
Martelly s’est également détourné des questions de la presse au sujet d'une prétendue confrontation salace qu'il a eue avec des législateurs durant une réunion à la résidence du Premier ministre Garry Conille, où il serait arrivé sans prévenir dans la soirée du 1er février. Martelly nie qu’il se soit produit de fâcheux événements - «les trois quarts de ce que vous entendez, ce ne sont que mensonges» fabriqués par un «laboratoire» intentant de fomenter la «déstabilisation», a-t-il déclaré à la conférence de presse.
Mais le président du Sénat, Simon Dieuseul Desras, a publié une lettre ouverte à Martelly le 2 février dans laquelle il reproche à Martelly que «Vos propos grivois, vos gestes déplacés, votre propension à la provocation et au scandale ne reflètent pas l'image d'une existence vouée à une noble cause qui déborde l'ordinaire et le commun. Le grotesque des scènes auxquelles vous nous avez habituées, dont celle d'hier soir, à la résidence officielle du Premier Ministre, en présence de nombreux Députés et Sénateurs, témoigne de votre manque d'étoffe et de votre inaptitude à faire partie de cette galerie d'hommes auxquels la patrie devrait vénération et de reconnaissance.
Desras a écrit que «hier soir, au de sortir la Primature, mortifiés, la tête Pleine De réflexions apéritives, après avoir été abreuvés d’injures, sans cause ni motif, par le Président Martelly, nous avons estimé, mes Collègues et moi .. . qu'il s'agit d’un cas avéré d’outrages, portant atteinte à l'honneur du Grand Corps et du Parlement Haïtien, contre lequel nous élevons la plus véhémente protestation «et donc» nous demandons au Président de la République de s'amender et de s'excuser publiquement d’avoir dérogé aux Principes élémentaires de Morale, d'Ethique, de respect et de la Dignité de Nos personnes et de Celle de L'institution que nous représentons. «
Pendant ce temps, Le Collectif contre l'impunité, composé de personnes qui ont déposé des poursuites contre Duvalier, a annoncé le 7 février qu'ils allaient interjeter appel à la décision du juge Carves, que le coordonnateur du groupe Danielle Magloire a caractérisé d’«insulte» d’«une perversion des bases d'une démocratie et de l’Etat de droit ».


