Assange en liberté !

Écrit par Atilio A. Boron, Haïti Liberté, édition du 3 au 9 juillet 2024 

Julian Assange est arrivé dans la ville de Saipan, sur le territoire américain des îles Mariannes, pour officialiser l’accord de plaidoyer conclu avec le gouvernement des États-Unis. Assange a passé sept ans à se réfugier à l’ambassade d’Équateur à Londres sous la présidence de Rafael Correa. Mais en avril 2019, le traître Lenín Moreno l’a livré à la police britannique, détruisant par un acte aussi indigne la tradition honorable de l’asile latino-américain. Pour Assange, ce fut le point de départ d’un calvaire de cinq ans passé dans la prison à sécurité maximale de Belmarsh, soumise à un régime très dur destiné à pénaliser les terroristes ou les meurtriers féroces. 

C’est le traitement que les autorités britanniques ont accordé à celui qui a commis le péché impar-donnable de dénoncer les crimes de l’empire et le prix qu’Assange a dû payer pour éviter son extra-dition vers les États-Unis, où il risquait une peine pouvant aller jusqu’à 175 ans de prison pour avoir publié des documents classifi és révélant les atrocités commises par les troupes américaines en Irak et en Afghanistan. 

La fuite est l’oeuvre de l’ancienne analyste militaire Chelsea Manning, c’est pourquoi elle a été con-damnée à 35 ans de prison, mais après avoir purgé un peu plus de sept ans de prison, le président Barack Obama lui a accordé sa grâce et elle a été libérée. Assange n’a donc pas volé de docu-ments secrets au gouvernement américain, comme Manning l’a fait, mais avec un critère sain de promotion de la diffusion d’informations véridiques, il s’est limité à les envoyer à certains des princi-paux journaux occidentaux. 

L’accord conclu avec les procureurs du ministère de la Justice des États-Unis exige qu’Assange plaide coupable d’avoir commis le crime d’espionnage tel que stipulé par la loi sur l’espionnage de 1917- pour avoir conspiré en vue d’obte-nir et de diffuser illégalement des informations classifiées liées à la défense nationale du pays. États-Unis qui est passible d’une peine de 62 mois de prison. Après avoir comparu devant le tribunal américain de Saipan et établi sa culpabilité, Assange a repris son vol vers Canberra, où au moment de la publication de cette note il était déjà reçu par sa famille, ses amis et des militants de sa cause. 

Certains analystes américains soutiennent que le journaliste australien étant déjà emprisonné en Angleterre depuis un peu plus de cinq ans, sa peine pourrait être considérée comme purgée et l’affaire classée. Et bien qu’il soit citoyen australien, il est également conscient que les autorités de son pays se sont peu ou pas du tout souciées de son sort pendant tant d’années. Seront-ils désor-mais en mesure de garantir leur sécurité?, surtout quand l’Australie est devenue une gigantesque station de la CIA, comme le démontre la série Pine Gap, à la télévision australienne (diffusée ensuite sur Netflix). Je pense que, tout comme Edward Snowden, la meilleure chose qu’Assange puisse faire serait de chercher refuge en Russie, car sa situation en Australie pourrait le laisser complète-ment sans défense et à la merci de ses ennemis acharnés. Bien entendu, les auteurs des crimes perpétrés par les Américains n’ont pas été arrêtés par la justice de ce pays. Washington a préféré persécuter celui qui les dénonçait, et non celui qui les commettait. 

PaginaXII 27 juin 2024