Assassinat de Jovenel Moïse: trois ans d'attente de justice

Écrit par Vladimir Predvil, Le National, Haïti, publié le 6 juillet, 2024 

Ce 7 juillet 2024 marque le troisième anniversaire de l'assassinat tragique du 58e président de la République d’Haïti, Jovenel Moïse, tué par un commando armé dans sa résidence privée à Pèlerin 5, le 7 juillet 2021. Malgré les promesses répétées de justice, l'enquête en Haïti demeure embourbée dans des obstacles juridiques et politiques. Trois ans après, retour sur les actions menées par la justice américaine sur ce dossier et la quête de recherches de vérités marquées par les péripéties judiciaires en Haïti. 

En Haïti, depuis le début de l'enquête, cinq juges d'instruction se sont succédé, soit déportés ou écartés du dossier. Mathieu Chanlatte, Gary Orélien, Chavannes Etienne et Merlan Belabre ont tous été chargés du dossier à un moment donné, mais n'ont pas pu le mener à terme. Le cinquième juge d'instruction, chargé d'instruire cette affaire, conformément à l’ordonnance du doyen du tribunal de première instance de Port-au-Prince, d’alors, Me Bernard Saint-Vil, en date du 30 mai 2022, avait émis son réquisitoire définitif. 

À cet effet, le 17 janvier 2024, le juge Wesser Walter Voltaire avait émis son réquisitoire définitif, renvoyant devant le tribunal criminel plusieurs personnalités impliquées dans l'assassinat de Jovenel. Parmi les accusés figurent Sadrac Alphonse, Ernst Germain, Jude Laurent, Frantz Louis et Faneck Délicat. Le juge Voltaire a également identifié 51 autres individus, y compris l'épouse de Jovenel Moïse, Martine Moïse, et des figures politiques majeures, comme devant répondre de leurs actes devant la justice haïtienne. En outre, le 19 février 2024, Wesser Walter Voltaire a levé les charges contre le Premier ministre Ariel Henry et l'ancien sénateur Antonio Cheramy, ainsi que d'autres personnalités, en invoquant le principe du non bis in idem, qui interdit de juger une personne deux fois pour les mêmes faits. 

Les arrestations et extraditions 

De son côté, la justice américaine a pris des mesures décisives dans ce dossier relatif au meurtre du 58e président de la République d’Haïti, Jovenel Moïse. Elle a déjà présenté plusieurs suspects clés actuellement derrière les barreaux. Parmi eux, Rodolphe Jaar, condamné à perpétuité par le juge fédéral Jose E. Martinez. Arrêté en République dominicaine le 7 janvier 2022 et extradé aux États-Unis le 9 janvier 2022, Jaar est le deuxième suspect arrêté dans cette affaire. 

Le 14 février 2023, un Colombien, un Vénézuélien et deux Américains ont été arrêtés en Floride. Ces suspects espéraient bénéficier d'un changement de pouvoir en Haïti pour obtenir des contrats lucratifs dans la sécurité et la construction, suivant les informations disponibles. En outre, plusieurs suspects clés ont été arrêtés et extradés aux États-Unis. Rodolphe Jaar, Mario Antonio Palacios, et l'ancien sénateur John Joël Joseph figurent parmi ceux qui ont été transférés aux États-Unis pour y être jugés. 

Aussi, Frederick Bergmann, un homme de Tampa, a été condamné aux États-Unis à neuf ans de prison pour avoir expédié des gilets pare-balles avant l'assassinat du 58e Président de la République d’Haïti, Jovenel Moïse. 

En ce qui concerne, cinq autres accusés, dont Antonio Intriago de CTU Security, font face à des charges de complot en Floride pour l'assassinat de Jovenel Moïse. Ce qui peut entraîner la prison à vie, toujours suivant les informations disponibles. 

Malgré ces avancées, le chemin vers la justice pour l’ancien président Jovenel Moïse reste semé d'embûches. Alors qu'en Haïti, l'enquête continue à se poursuivre dans le silence, pour certains, la justice américaine a montré une certaine détermination. Tout compte fait, trois ans après ce crime odieux, la quête de justice est loin d'être achevée. L'injustice et l'impunité persistent au sein de la population haïtienne.