Avocats préoc­cupés du traitement du dossier de l’ex-dictateur Jean Claude DUVALIER

Communiqué de presse
Port-au-Prince, le 10 Mai 2011

Le Bureau des Avo­cats Inter­na­tionaux (BAI) et l’Institut pour la Jus­tice et Démoc­ra­tie en Haïti (IJDH) demeurent préoc­cupés de la façon dont la Jus­tice traite le dossier de l’ex-dictateur Jean Claude DUVALIER, à un moment où le règne de l’impunité déchire sans con­ces­sion le tissu social haï­tien et empêche l’établissement d’un Etat de droit démoc­ra­tique en Haïti.

Le BAI et l’IJDH se dis­ent choqués de la façon cav­al­ière dont l’instruction de l’affaire Jean-Claude DUVALIER est con­duite. Ils se dis­ent davan­tage choqués du manque d’intérêt dont fait preuve la jus­tice haï­ti­enne dans cette affaire.

En effet, le lende­main de l’inculpation de l’ex-dictateur, le juge d’instruction chargé de ce dossier s’est trans­porté à l’hôtel faisant alors office de domi­cile de Jean-Claude DUVALIER pour une cour­toise ren­con­tre qui ne manque pas de vio­ler sans con­ces­sion les règles de procé­dure, en matière d’instruction criminelle.

Le mépris aveu­gle de l’article 49 du CIC, annoté Jean Van­dal par un Mag­is­trat con­nais­sant la loi oblige ce dernier à se déporter d’une telle affaire, ce, pour éviter que toute la procé­dure soit entachée de biais irréparables.

Il est inédit dans l’histoire de la jus­tice haï­ti­enne de voir un juge d’instruction sor­tir une ordon­nance pro­vi­soire con­tre un inculpé qu’elle n’a préal­able­ment pas inter­rogé. Ne s’est-il pas borné ainsi à jeter de la poudre aux yeux des vic­times, vu qu’en tout état de cause, le juge devrait inter­roger l’inculpé avant de lui sig­ni­fier une quel­conque ordon­nance. Le BAI et l’IJDH se dis­ent enfin révul­sés des ater­moiements de cette jus­tice devant un Jean Claude Duva­lier qui prend la pos­ture du malade en se faisant hos­pi­tal­isé à chaque fois qu’une mesure même sym­bol­ique est envis­agée con­tre sa per­sonne. Or devant cette atti­tude out­rageante d’un Duva­lier en caméléon, la jus­tice feint de n’avoir aucun reproche à lui adresser, après les sor­ties spec­tac­u­laires de l’hôpital.

Mon­sieur Duva­lier qui serait en rési­dence sur­veil­lée, sil­lonne le pays tel un can­di­dat en cam­pagne élec­torale. Cette sit­u­a­tion inquiète les nom­breuses vic­times de son règne qui deman­dent de déchirer le voile d’impunité qui lui cou­vre encore. Elle inquiète davan­tage les vic­times lorsque l’on sait que le sys­tème judi­ci­aire haï­tien ne se libère pas encore du joug du clien­télisme qui, depuis tou­jours, désavoue les vic­times en lais­sant de mar­bre la dame aux yeux bandés.

La jus­tice haï­ti­enne, en agis­sant ainsi, mon­tre une fois encore qu’elle est impuis­sante devant les grands crim­inels. Elle prouve donc, qu’elle est inca­pable d’instruire le Dossier Duva­lier, en faisant sor­tir une ordon­nance de mise en rési­dence sur­veil­lée à voca­tion d’être infir­mée en appel.

Mal­gré tout, le BAI et I’IJDH encour­a­gent toutes les vic­times de Jean Claude Duva­lier et de son régime à porter plainte et à se porter par­tie civile au procés à devoir lieu ; les encour­a­gent égale­ment à sol­liciter illico le déport du juge d’lnstruction chargé de la con­nais­sance de cette affaire.

Le BAI et I’IJDH deman­dent à tous de se mobiliser et de rester vig­i­lants jusqu’à I’éviction du mur de I’impunité, qui sera sol­dée par I’arrestation suivie du juge­ment et de la con­damna­tion de Jean-Claude Duva­lier, même si Ton con­state que les autorités judi­ci­aires ne peu­vent pas encore réa­gir con­tre I’inculpé Duvalier.

Le BAI et I’IJDH deman­dent enfin aux vic­times et aux arti­sans de I’Etat de Droit d’être patients, et de redou­bler d’efforts et de vig­i­lance pour faire échouer tout plan de nature à con­sacrer le régne de I’impunité en Haïti. II leur rap­pelle que la lutte con­tre les dic­ta­teurs et leurs sbires pour les mul­ti­ples crimes com­mis se gagne à I’usure et aprés de nom­breux com­bats. Rappelez-vous qu’en Amérique latine leurs crimes étaient cou­verts par de mesures excep­tion­nelles arrêtées par des gou­verne­ments alliés. Mais I’entêtement, le courage et I’audace d’espérer ont fini par I’emporter sur les acro­baties politi­ci­ennes. Armez-vous done pour clô­turer en Amérique la croisade con­tre I’impunité, les dic­tatures, les dic­ta­teurs et leurs crimes par le juge­ment du dernier san­guinaire qui se croit avoir encore le toupet de défier la justice.

Contact:
Mario Joseph, Av., Bureau des Avocats Internationaux (Port-au-Prince, Haiti), mario@ijdh.org, 509‑3701–9879;  Brian Concannon Jr., Esq., Institute for Justice & Democracy in Haiti (Boston, MA), brian@ijdh.org, 541–263‑0029