Charlatans ou kleptocrates politiques?

Écrit par Isabelle L. Papillon, Haïti Liberté, édition du 5 au 11 mai 2024 

L’échiquier politique haïtien n’a pas été trop bouleversé avec la nomination par les puissances im-périalistes d’un Conseil présidentiel de transition et d’un locataire à la Primature. Toutes les person-nalités engagées ont déjà fait leur preuve en tant que charlatans ou kleptocrates politiques. Ils ne sont pas choisis par hasard, ce ne sont que des politiciens qui changent de position comme de chemise. On n’a rien à espérer de surprenant chez ces sans scrupules qui ont embrassé sans au-cune retenue l’occupation du pays. Ils défendent aujourd’hui ce qu’ils dénonçaient hier. Sans doute, ils vont trahir toutes les causes politiques réelles et imaginaires allant dans le sens des intérêts et des aspirations populaires. 

Comment peut-on espérer de choses nouvelles? Quand en fait, rien n’a changé dans le jeu politique en cours. Il n’y a pas un changement de cap, sauf certains visages qui vont être remplacés par d’autres récidivistes pour produire sans doute les mêmes résultats. D’ailleurs, ils sont tous des ani-maux ayant une corde à leur cou que tire à tout moment leur patron pour leur rappeler qu’ils ne sont pas libres d’agir à leur guise. 

Le paysage politique restera tel quel puisque la feuille de route du patron impérial est de calmer la situation temporairement. Leur souci n’est pas d’améliorer les conditions de vie des masses mais de créer un quelconque calme apparent pour apaiser momentanément la violence de façon à organi- ser de fausses élections de façon à renouveler le système corrompu. Comment promouvoir des élections libres et démocratiques avec un peuple qui a faim, qui vit en permanence dans un chô-mage abject. 

La seule différence qui aura sans doute entre le premier et le deuxième round de cette transition est la présidence ayant plusieurs faces ajoutée à l’Exécutif avec sa nouvelle stratégie de présidence tournante. 

Quant au Premier ministre, il va falloir qu’il prouve à ses tuteurs, ses mentors, le niveau de confiance placé en lui, qu’il ne va pas les décevoir. Il va jouer le tout pour le tour pour conserver le soutien des impérialistes et le déshonneur mais selon lui, l’honneur d’être utilisé contre sa propre patrie. Garry Conille va mettre toutes les chances de son coté pour consolider sa position politique même quand certains conseillers ont déjà anticipé voire s’être opposés à sa stratégie de réduire le nombre des ministres du nouveau cabinet ministériel. 

La réputation catastrophique de la classe politique corrompue est de piller l’Etat. Chacun des con-seillers présidentiels a déjà fait choix de quel ministère, il va se procurer. Ce gamin est trop petit pour créer obstacle à la corruption qui a pris au sein de l’Etat et de la société haïtienne une ampleur en-démique. Le jeu politique se trouve entre les mains des puissances impérialistes et de sa clientèle laquais à son service comme l’avait révélé l’ancien sénateur Joseph Lambert. 

La corruption est la fille de l’occupation. La presse elle-même n’en sera pas épargné que ce soit celle de droite ou droite et gauche. Comme d’habitude, elle va se faire plaisir d’alimenter le cynisme à l’égard du pouvoir dans l’espoir de grignoter sa part. D’ailleurs, elle est impatiente de l’arrivée des forces occupantes. Au lieu de demander des comptes à cette occupation corruptrice, elle s’adonne à faire l’éloge des équipes militaires des États-Unis qui arrivent quotidiennement pour mettre en place la logistique nécessaire à la mission de sécurité kenyane visant soi-disant à lutter contre les gangs criminels, ce qui en dit longs. Alors que ces mêmes puissances coloniales ont des intérêts vitaux à maintenir les cycles permanents de violence et de chaos pour maintenir le pays dans le coma poli-tique. 

On va se tromper grandement, si on pense à l’instar des tuteurs occidentaux que les armes de l’oc-cupant kenyan et autres mercenaires vont briser les cycles de violence sociale pendant que les problèmes d’inégalité, de pauvreté, de manque de protection des enfants et des jeunes ne cessent de s’aggraver. 

Edgard Leblanc l’actuel président du CPT l’aclairement signalé à Conille, à la Villa d’accueil, à Mus-seau le lundi 3 juin 2024 lors de la cérémonie pour lui remettre l’ampliation de l’arrêté de sa nomina-tion « Nous comptons sur le Dr Conille pour mettre en place des politiques qui conviennent avec le Conseil présidentiel de manière à aborder particulièrement le problème de l’insécurité, et également redresser l’économie du pays, réformer les institutions et arriver à des élections crédibles, démocra-tiques et libres à la fin de 2025 de manière à ce que le mandat de la transition qui se termine le 7 février [2026] soit rempli » 

Conille pour sa part, joue la carte de l’innocence face à quiconque qui voulait se mettre en travers de son chemin a répondu « Nous ne nous faisons pas d’illusion sur les difficultés qui nous attendent. Il y aura des moments où nous n’arriverons pas à nous entendre sur certains points, mais je peux vous assurer que les dispositions que j’ai vues et l’état d’esprit qui anime le Conseil sont excessive-ment encourageants » 

Il est certain aucun des conseillers présidentiels, ajouté au Premier ministre Conille, aucun de ces charlatans invités à ce grand festin de l’air du temps ne savent pas encore où se prépare l’avenir d’Haïti. Si c’est en Haïti sinon aux Etats-Unis d’Amérique ? 

La vérité, il faut qu’un jour nous parvenions à la conclusion que, décidément les masses populaires doivent s’armer et s’organiser pour la révolution sociale. Seul moyen de nous débarrasser de cette violence qui n’est pas innée mais qui a été construite pour ces charlatans et ces kleptocrates de toutes couleurs politiques afin de liquider le pays.