Garry Conille avec son homologue Bill Clinton
Conille, la fin de l’Histoire !
Par Catherine Charlemagne, Haiti Liberté, édition du 22 au 28 février 2012, http://www.haiti-liberte.com
Le philosophe Américain d’origine japonaise, Francis Fukuyama écrivait en 1989 et en 1999 : « quand un concept est universellement admis, c’est la Fin de l’Histoire et, ceci, indépendamment de l’immense tâche restant à accomplir pour que son universalité soit effective ». Faisant foi à ce concept, l’on peut dire, selon toute vraisemblance, pour le Premier ministre, Gary Conille, c’est la fin de l’Histoire. Dans le bras de fer engagé avec le Président de la République, Michel Martelly, il ne saurait sortir gagnant. Pourtant, le chef du gouvernement, constitutionnellement parlant, se place du bon côté de la table.
En décidant d’affronter en plein jour et en public un Président mis en difficulté sur sa nationalité, le Premier ministre cherche à avoir le soutien et l’appui de la presse et une partie du Parlement qui, de toute évidence, n’entend point se laisser piétiner par le chef du pouvoir exécutif. Mais la bataille va être rude. Longue. Sans merci entre les deux camps au sein de l’Assemblée nationale. Au niveau des médias, le Premier ministre joue sur du velours. Depuis sa ratification par le Parlement, il ne cesse de mettre les journalistes au coeur de son combat au détriment de la présidence. Il sait, dès le départ, que cette partie de la société civile n’est guère appréciée par le Président de la République.
Et franchement, celui-ci fait tout pour mettre en avant son animosité contre des gens qui ne font que leur métier. Comme tout le monde, Gary Conille le savait. Il n’était pas le bienvenu à la tête du gouvernement. Le chef de l’Etat ne l’a accepté que contre son gré. Contraint de le nommer, dit-on, par une Communauté internationale qui commençait à s’inquiéter de la dégradation des relations de la présidence avec un Parlement en majorité hostile. Ce n’était pas le choix du Président. Il ne sera jamais son Premier ministre. Dans ce petit jeu de « je t’aime moi non plus », il fallait s’attendre à un éclatement au grand jour des hostilités entre deux hommes que tout oppose.
Entre deux équipes n’ayant rien en commun. Entre deux personnalités totalement ignorantes des subtilités et du jeu politique. Et qui n’ont aucune expérience dans la gestion des choses publiques. Le clash était inévitable. Attendu. Souhaité même par certains. Car en définitive, s’il devait avoir un gagnant dans ce combat sans grandeur et totalement fortuit, ce sera bien sûr Michel Martelly. Certes, le Premier ministre rallie dans sa lutte sans lendemain une bonne partie des opposants du Président, n’empêche il demeure seul pour affronter les obstacles et les chaussetrappes mis en place par le Président. Certains parlementaires dans cette affaire tentent de jouer un double jeu.
Les mêmes qui encouragent le Premier ministre à tenir tête, voire à s’opposer à la présidence. Ils sont les premiers à filer à vive allure au bureau du chef de l’Etat pour l’inciter à congédier le Premier ministre ou tout au moins à l’isoler au sein de son propre gouvernement. Il est d’autant plus difficile pour Gary Conille, que non seulement c’est un capitaine sans troupe n’ayant aucune organisation politique pour le soutenir, mais aussi le Premier ministre n’a pas un sou à sa disposition pouvant servir de « caisse noire » pour acheter ou soudoyer des députés et sénateurs comme le faisaient ses prédécesseurs en guerre avec la présidence.
Il n’a aucune autorité sur ses propres ministres. Cette absence d’autorité a été portée à nu par la polémique entre lui et certains de ses ministres sur la question de nationalité du Président. Cette polémique a définitivement terni son image en tant que chef aux yeux de la population, voire auprès de la Communauté internationale qui espérait le voir faire montre d’un peu plus d’autorité face au Président de la République. Autre difficulté du Premier ministre c’est son impopularité dans le pays. En fait, devrait-on dire, il est inconnu du grand public. Le pays ne connaît pas son premier ministre et vice versa. Lâché par la plupart de ses ministres. Ne sachant sur qui compter réellement au Parlement.
Faisant preuve d’un manque de charisme certain. Et surtout pressuré et avili à tout bout de champ par la présidence. La chance pour le Premier ministre, Gary Conille, de rester à la tête du gouvernement paraît mince. Certes, constitutionnellement le chef de l’Etat ne peut le limoger. Mais à quoi servira-t-il en voulant s’accrocher à tout prix à la Primature comme il veut le faire ? Quel est l’intérêt pour Gary Conille de vouloir cohabiter avec un Président de la République avec qui rien ne semble possible et surtout qui n’a aucune estime pour lui ? Or, politiquement, le Premier ministre a tout à gagner en présentant sa démission au Président de la République avant que ce soit celui-ci qui concocte un « coup fourré » avec les parlementaires pour le renverser.


