Convertir le site de Fort Dimanche en une place de la liberté et des droits humains, recommande l’historien Victor Benoît

Écrit par Marlyne Jean, Alter Presse, Haïti, publié le 25 avril 2022 

Symbole de tortures et de violations de droits humains sous le régime des Duvalier (1957 - 1986), le site de la prison Fort Dimanche, à Port-au-Prince, où périrent un nombre indéterminé de personnes, devrait être restitué au peuple haïtien et converti en une place de la liberté et des droits humains en Haïti, souhaite le professeur et historien Victor Benoît. 

Il a fait cet appel, lors d’une conférence-débats, ce mardi 26 avril 2022, à laquelle a assisté l’agence en ligne AlterPresse. 

Victor Benoît intervenait sur les événements meurtriers du 26 avril 1963 - il était alors en classe de philosophie, rapporte-t-il - et du 26 avril 1986, à l’occasion de la journée nationale du souvenir, ce 26 avril 2022, à la mémoire des victimes de Fort Dimanche. 

« Je pense qu’aujourd’hui on se bat pour construire la démocratie. On devrait être capable de mener cette bataille. Je pense que ce sera notre honneur de le faire », déclare Victor Benoît. 

La prison de Fort Dimanche, qui fut érigée à La Saline, non loin de Cité Soleil - qui sera squattérisée après 1991 - fut « le centre de l’horreur », de 1957 à 1986. 

De nombreuses personnes y ont été tuées sous l’occupation américaine et sous la dictature des Duvalier, s’indigne le professeur Victor Benoît. 

Il souligne combien les traces de ces événements macabres sont encore présentes dans les mœurs en Haïti. 

26 avril 1963 et 26 avril 1986 sont deux dates funestes, qui marquent des massacres de plusieurs personnes sous le régime des Duvalier. 

Cette date a été consacrée « journée nationale du souvenir à la mémoire des victimes de Fort Dimanche » (sous la dictature des Duvalier, 1957 - 1986). 

Le 26 avril 1963, plusieurs personnes ont été assassinées, portées disparues, notamment des militaires anti-duvaliéristes, à la suite d’un attentat contre les membres de la famille de François Duvalier, dont son fils Jean-Claude et sa fille Simone, raconte l’historien. 

Le 26 avril 1986, une messe a été organisée en mémoire des victimes du massacre de 1963. Cette messe, transformée en une marche à laquelle ont pris part écolières et écoliers, a abouti devant les locaux de Fort Dimanche, à Port-au-Prince, pour exiger la fermeture du centre. 

Pris de panique face à la foule, des militaires ont ouvert le feu sur les protestataires et ont fait de nombreuses victimes. 

Dans son intervention, le protecteur du citoyen, Renan Hédouville, a dénoncé la tentative d’effacement du Fort Dimanche dans la mémoire collective en Haïti. 

« Le commissariat de Delmas 33, appelé Fort Dimanche, n’était pas le vrai espace de la prison. C’est une manière d’empêcher les jeunes, les écolières et écoliers, et les enfants de connaître où était situé Fort Dimanche. Ils ont détruit ce lieu pour pouvoir effacer toutes traces. Fort Dimanche était dans la zone de Cité Soleil ». 

« En 1994, toutes les archives et documentations sur les personnes impliquées dans des actes à Fort Dimanche ont été saisies par les militaires américains, qui ont débarqué dans le pays », regrette le protecteur de la citoyenne et du citoyen, qui appelle les États-Unis d’Amérique à restituer ces documents à Haïti. [mj emb rc apr 26/04/2022 22:00] 

Photo extraite d’une exposition réalisée par la Fondation Devoir de mémoire et disponible sur le site "Memorias situadas", espace conjoint Unesco-Centro international para la promocion de los derechos humanos.