Coup d’état ou coup du PHTK ?

Par Isabelle L. Papillon, Haïti Liberté, édition du 10 au 16 février 2021 

Le dimanche 7 février 2021, alors que la population haïtienne dans sa grande majorité est restée chez elle devant ses récepteurs de radio, de télévision ou sur les réseaux sociaux attendant que l’opposition constate la fin du mandat constitutionnel du président Jovenel Moise, c’est lui au contraire, qui a fait l’actualité quand, avant de se rendre à Jacmel pour les festivités carnavalesques de cette ville, il annonçait sur le Tarmac de l’aéroport International Toussaint Louverture que sa vie avait été menacée par un projet de coup d’état pour l’assassiner, tentative déjouée, heureusement a-t-il dit, par les services de renseignement du Palais National de concert avec la Police nationale. 

Dans l’après-midi de cette journée, le Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN), en son entier s’est réuni à la Primature pour une Conférence de Presse. Le président du CSPN Joseph Jouthe a été le premier à prendre la parole. Juste après une courte introduction, il annonce l’opération menée en catastrophe à savoir que « plus d’une vingtaine de personnes dont un juge et un haut gradé de la PNH, une inspectrice générale, accusés de complot contre la sûreté de l’État ont été arrêtées par les autorités haïtiennes au village Petit Bois. Des armes, des munitions et de l’argent ont été confisqués.  ». Pour ajouter ensuite : « Il y a eu 23 interpellations, des pièces à conviction, de l’argent, des téléphones, le discours du nouveau président provisoire ». 

Le Premier ministre a été suivi au micro par le ministre de la Justice Maître Rockfeller Vincent qui pour sa part a annoncé sans citer de noms «  que le Juge de la Cour de Cassation impliqué dans le dossier de complot ne jouira d’aucune immunité de fonction, car pris en flagrant délit, la loi joue contre lui. » 

Et ce fut le tour du chef de la police Nationale Léon Charles qui dans son exposé, sans le vouloir, a parfaitement démenti le Premier ministre qui, lui, avait annoncé tout un lot d’armes et de munitions. Or, Charles lui-même, a donné la liste des armes recueillies : 2 fusils M14, un mini-Uzi et 3 pistolets de calibre 9mm alors que Jouthe parlait comme s’il s’agissait d’un véritable arsenal. 

Le nom du juge de la cour de Cassation en question n’a jamais été révélé publiquement par le gouvernement. Cependant à la faveur d’une bande enregistrée d’une supposée interview antérieure entre l’Inspectrice générale de la police nationale, Mme Marie Louise Gauthier, et du chef de la sécurité du Palais national Dimitri Hérard, on a pu deviner que c’était celle-là qui avait été arrêtée à Petit Bois, accusée par le gouvernement de tentative de coup d’Etat. 

Par ailleurs, ce juge de la Cour de cassation en question n’a été autre que l’un des 3 juges sous la liste de l’Opposition pour succéder provisoirement à Jovenel Moise, Ivickel Dabrésil. 

Des lumières commencent à se faire, il semblerait que ce ne fut pas vraiment un coup d’état mais un coup bien fomenté par le pouvoir pour piéger certaines personnalités de l’opposition. Selon les déclarations de plusieurs hommes de loi, le juge Dabrésil a été bel et bien enlevé de chez lui, alors qu’il dormait à une heure très avancée de la nuit. 

«  Nous apprenons que la Police nationale d’Haïti  enquête sur les 23 personnes appréhendées durant le week-end. La situation est floue et nous attendons les résultats de l’enquête de la police », a rapporté la journaliste Sandra Lemaire de la Voix de l’Amérique, citant le Département d’Etat américain qui a été présenté comme le principal instigateur de ce coup. 

Par ailleurs, un certain Daniel Whitman, est évoqué comme la tête pensante travaillant au service du Département d’Etat pour préparer la transition annoncée. Il a été l’interlocuteur de l’inspectrice de police Marie Louise Gauthier et de Dimitri Hérard. 

Au grand étonnement de plus d’un, grâce à une interview de la même Sandra Lemaire de VOA à un ancien diplomate américain du nom de Daniel Whitman, ce dernier   a tout bonnement déclaré qu’il « n’a rien  à voir avec le coup d’Etat en Haïti. Il ne connait personne de l’opposition, il n’est jamais revenu en Haïti depuis 20 ans et n’a aucun contact avec des gens dans le pays » a rapporté Sandra Lemaire. 

Il se peut que ce soit le pouvoir de Jovenel Moise en putréfaction qui, lui-même, a créé son propre coup à la manière de la dictature duvaliériste pour piéger ses adversaires politiques et entamer une certaine répression contre eux.