Dessalines au sommet de la montagne : entre société et spiritualité !

Écrit par : Dominique Domerçant, Le National, Haïti, publié le 25 octobre 2024 

Dessalines n’est pas mort. Tel sera le titre de l’un des prochains articles sur le personnage central de l’existence et de l’histoire d’Haïti, qui abordera les liens entre le crime du Pont-Rouge et les multiples formes d’expressions et de représentations de l’immortalité du premier des Haïtiens. En attendant, je vous invite à apprécier les contours de cette nouvelle contribution, parmi d’autres portées par des citoyens engagés, des paysans de la campagne et d’autres acteurs de la société civile connus, politiques, publics entre autres. 

Du 8 au 21 octobre 2024, s’est tenue à Mont Jalousie (18o22’57’’N 72o49’37’’ W), dans les hau-teurs de Vallue, à 1,030 mètres, une dizaine de prières pour Jean-Jacques Dessalines, fondateur de la patrie haïtienne.  Cette information rapportée par l’ancien ministre de l’environnement Abner Septembre, tenu au mois d’octobre est une initiative de :« La Sosyete Lakou Dessalines (SLD) en a profité pour lancer, le 17 octobre, le concept Dessalines Le Grand. ». 

Désormais, c’est ici, à Mont Jalousie, que tout noir qui se respecte et tout citoyen du monde qui voit en lui une icône de la liberté doit venir lui rendre hommage, lui apporter des offrandes et lui soumettre sa demande ou ses voeux. « Qu’est-ce qui s’est vraiment passé, pendant cette période, à Mont Jalousie ? C’est le sujet qui sera abordé dans la prochaine publication d’une série de 4 articles. », informe le promoteur de cet hommage. 

Dans cette nouvelle page qui s’ouvre, la Sosyete Lakou Dessalines vous invite à écrire ensemble une nouvelle légende, celle de Mont Jalousie, que l’histoire universelle retiendra un jour comme le point de départ d’un vrai mouvement citoyen de résistance et de lutte pour la renaissance d’Haïti, comme Bois Caïman inscrit officiellement ce 9 octobre 2024, soit 233 ans après la cérémonie du 14 aout 1791, au réseau UNESCO des lieux d’histoire et de mémoire liés à l’esclavage et à la traite. 

Dans l’article partagé par le sociologue et promoteur de la culture de la montagne, on peut lire : « L’influence des religions et de la culture dominante, et des courants idéologiques divers ont fait que, malgré la réhabilitation de Dessalines, nous avons en général préféré commémorer sa mort chaque 17 octobre, au lieu de célébrer sa vie spirituelle, comme l’a dit une chanson du groupe musical RAMS, voire de faire de lui un dieu comme chez les Romains et les Grecs, ou encore de l’élever comme les Romains l’ont fait pour Romulus après son assassinat.  Tout cela fait partie du patrimoine humain, donc culturel.  Il est donc temps que cette injustice spirituelle soit réparée. C’est ce qui a motivé alors Vallue à réaliser cette dizaine de prières, du 8 au 21 octobre 2024, et en même temps à lancer le concept Dessalines Le Grand. ». 

Dans son argumentaire, il se questionne en ces termes : « Pourquoi une telle activité ? ».  « Malgré son statut de premier Citoyen du pays, il n’a bénéficié ni de funérailles officielles, ni de deuil national.  Son nom a même été banni pendant environ 39 ans. C’est le gouvernement de Michel Jean-Louis Pierrot qui fut le premier à l’avoir réhabilité officiellement dans la mémoire haïtienne. Cependant, de 1845 à nos jours, nos recherches ne nous ont en effet conduits à aucune piste de prières pour libérer son âme meurtrie, une étape fondamentale dans la culture authentique haïtienne.  Selon les croyances populaires traditionnelles, toute âme non libérée des entraves de la vie terrestre continue d’errer dans la nature et peut commettre tout type d’abus ou de forfaits.  La descente aux enfers du pays a-t-il alors quelque chose à voir aussi à ce manquement? ». 

Depuis le parricide du 17 octobre 1806, le pays est mal parti et semble même être sous le coup d’un mauvais sort qui l’a fait enchaîner tous types de crimes et de violences, sombrer dans la dégradation de toutes sortes, jusqu’à encourir des humiliations répétées, perdre sa liberté, sa souveraineté, sa dignité et son humanité, au point de ne pas reconnaître ce qu’est devenu aujourd’hui le Haïtien. « Si ce manquement n’est ni le signe le plus visible et, peut-être, ni le plus décisif à côté des facteurs dits objectifs que l’on connait, il n’en est pas moins important puisqu’il joue à la fois sur le terrain spirituel et psychologique qui reste fondamental dans l’équilibre humain, la santé mentale et la vie individuelle et collective, en particulier dans les relations des êtres humains avec les invisibles. », insiste l’auteur de l’article. 

Dans les sociétés tant anciennes que modernes, l’être humain a appris à pratiquer les invisibles à travers la nature, les églises, les temples, les péristyles, les synagogues, les mosquées, les loges, les cimetières, les sociétés secrètes et dans d’autres cercles spirituels encore plus restreints qui existent partout dans le monde.  Certains maintiennent avec eux des échanges ouverts et d’autres des relations plutôt cachées, voilées ou mitigées comme de parfaits hypocrites, voire d’autres encore pratiquent une forme de syncrétisme. 

Dans ce : « Clin d’oeil sur Dessalines », fait à la mémoire de l’Empereur Jacques 1er, Abner Sep-tembre, en profite pour rappeler : « Jean-Jacques Dessalines est devenu le 1ejanvier 1804, jour de la proclamation de l’indépendance aux Gonaïves, le premier chef d’État haïtien.  Le 8 octobre 1804, il a été sacré au Cap-Haitien Empereur, sous le nom de Jacques Premier.  Le 20 mai 1805, il a doté le pays d’une Constitution impériale, dans laquelle d’importantes mesures ont été prises orientant le destin d’Haïti comme une nation libre et indépendante.  Malheureusement, il a été assassiné le 17 octobre 1806. C’est en même temps le premier coup d’État et le premier crime politique barbare orchestrés dans le pays. ». 

Dessalines au sommet de la montagne : entre société et spiritualité, une nouvelle société s’ajouter dans la liste des organisations dédiées à la promotion de la mémoire et de l’héritage de Jean-Jacques Dessalines. Avec la prière, les membres et sympathisants vont une fois de plus enrichir le répertoire des principales activités consacrées à l’éveil, l’éducation et l’engagement autour de ce géant, dont le nom reste imprimé dans la dignité de tous les peuples d’origine africaine dans le monde, et la liberté de toutes les nations qui ont bénéficié de ses exploits incomparables, de ses sacrifices im-payables.