Garry Conille comme Premier ministre: Washington s’impose !
Par Yves Pierre-Louis, Haiti Liberté, édition du 31 au 6 Septembre 2011
Après le rejet au Parlement de deux Premiers Ministres désignés par le président Michel Joseph Martelly, divers secteurs de la vie nationale et les pays dits « amis d’Haïti» ont exprimé leur préoccupation face à l’embarras du président à désigner un troisième candidat devant succéder à l’actuel Premier ministre démissionnaire, Jean Max Bellerive. Ce dernier, parait-il, serait fatigué de liquider les affaires courantes. Le refus catégorique de Martelly de négocier et de partager les postes de responsabilité avec la plateforme politique majoritaire au Parlement a conduit le pays dans une impasse politique depuis plus de trois mois. Le président Martelly et son équipe n’ont pas encore compris ou refusent de comprendre les principes de cohabitation des deux pouvoirs publics. Et cette situation a ouvert une autre fois la porte à l’ingérence étrangère des grandes puissances impérialistes et néocolonialistes.
C’est dans cet ordre d’idées que, dans la soirée du mercredi 24 Août dernier six (6) sénateurs du groupe des 16 ont répondu à une convocation d’un groupe de diplomates étasuniens, dirigé par l’ambassadeur des Etats-Unis, en Haïti, Kenneth Merten. Après cette rencontre, ils se sont entendus pour ne pas piper mot à la presse. Donc il fallait garder ce secret d’Etat, la population n’ayant sans doute pas droit à l’information. Cependant, deux sénateurs qui ne participaient pas à cette réunion, Wenceslass Lambert et Jean Hector Anacacis ont fait le point. Selon le sénateur du Sud-Est, les représentants de Washington voulaient exprimer les préoccupations de la Maison Blanche face à la crise politique qui sévit en Haïti depuis des mois. En d’autres termes, ils voulaient savoir où se trouve le blocage du processus de la ratification d’un Premier ministre.
A son tour, Wenceslass Lambert a rappelé que le groupe des sénateurs majoritaires se dit prêt à faire avancer le processus de ratification, une fois réunies toutes les conditions politiques. Dans ce sens, il a invité le président Martelly à désigner une personnalité non conflictuelle, ouverte au dialogue pour diriger son prochain gouvernement : « Le président se laisse entrainer sur une pente fragile, en croyant pouvoir contourner les parlementaires pour nommer des ministres dans l'actuel gouvernement démissionnaire. Il a ses attributions constitutionnelles et nous avons les nôtres. Il doit respecter ses limites. Et, jamais nous ne le laisserons nommer tout seul les 42 chefs de missions diplomatiques d'Haïti à l'étranger, jamais il ne nommera tout seul les 36 directeurs généraux et les 18 postes ministériels, alors que la plateforme sur laquelle le président a été élu ne dispose que de 3 députés sur 99 », a-t-il indiqué.
A en croire le sénateur de l’Ouest, qui, semblerait-il, ne garde pas la vérité sous le boisseau, le dossier de la ratification du prochain chef du gouvernement était à l’ordre du jour de la discussion. Selon lui, les parlementaires ont fait part de leur volonté d’aider au déblocage de la situation dès que Michel Martelly reconnaîtrait qu’il ne peut pas faire cavalier seul et accepterait le partage des responsabilités.
La situation critique que connaît le pays depuis des mois soulève aussi le mécontentement des organisations de la société civile minoritaire, des partis politiques traditionnels et de bon nombre de citoyens et citoyennes ainsi que des commentaires justes et fondés dans les différents médias de la capitale. Des organisations de la société civile proche du président Martelly expriment leurs vives préoccupations face à la crise politique, économique et sociale qui ronge les institutions républicaines d’Haïti, en raison d’un déficit de leadership et de mauvaise gouvernance de la part des actuels dirigeants du pays.
« [Les]Cent jours après l’installation d’un nouveau Président, les Pouvoirs Exécutif et Législatif n’ont pas su trouver un compromis politique pour mettre en place un Gouvernement et commencer à apporter une solution aux graves problèmes sociaux et économiques auxquels fait face le pays : stagnation des dossiers de la reconstruction et du relogement des personnes vivant sous les tentes, recrudescence de l’insécurité, vulnérabilité de la population face aux menaces de désastres naturels, régression accrue de l’économie, persistance de l’extrême pauvreté, incapacité et incertitude de la grande majorité des parents face aux exigences de la rentrée scolaire. Jusqu’ici, aucun mécanisme clair et transparent n’a été présenté à la population sur les facilités relatives à la scolarisation gratuite et obligatoire.
Le Président de la République, garant du bon fonctionnement des institutions, selon la Constitution, au lieu de se disperser dans des voyages à retombées hypothétiques, devrait se concentrer en priorité sur les négociations avec le Parlement pour choisir un Premier Ministre et sur le dialogue avec les forces économiques et sociales du pays, en vue de promouvoir la croissance, créer la confiance et mettre en oeuvre, de façon efficace et harmonieuse, les actions relatives aux grands dossiers de la Nation. Ce que le pays attend en priorité du Chef de l’Etat, c’est la formation d’un Gouvernement, la promulgation de la Constitution amendée, l’installation du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire et du Conseil Electoral Permanent, la nomination des juges manquant à la Cour de Cassation, la tenue des élections en novembre pour le renouvellement du tiers du Sénat et des élus des Collectivités Territoriales. La plupart de ces responsabilités auraient pu être assumées même en l’absence d’un Gouvernement. C’est là-dessus qu’on jugera de sa performance. De ce point de vue, les cent premiers jours sont loin d’être un succès. Le Président doit éviter au pays de s’enliser dans une crise politico-institutionnelle, qui ne manquera pas d’aggraver une situation sociale et économique déjà très précaire »
Les organisations signataires de cette déclaration sont : Initiative de la Société civile (ISC) ; Organisation des Patriotes pour Haïti (OPA) ; Conseil national des Acteurs Non étatiques (CONHANE) ; Centre Oecuménique des Droits humains (CEDH) ; Centre d'Education, de Recherches et d'Actions en Sciences sociales et pénales (CERESS) ; Mouvman Fanm Kafou (MOFKA ; Grand Front national des Etudiants haïtiens (GRAFNEH) ; Centre haïtien de Promotion sociale (CHAPS) ; Centre d'Analyse et de Recherche en Droits de l'Homme (CARDH) ; HIBC Développement ; Action Citoyenne (AC) ; Haïti Observation électorale (HOE) ; Centre pour la Promotion des Droits humains et le Renforcement de la Démocratie en Haïti. (CEPRODH) et l’Office de Concertation pour le Développement (OCODE).
Les organisations du mouvement social haïtien exigent de leur côté, à travers différentes formes de manifestation et de protestation : le départ des forces d’occupation de l’ONU, pour des raisons bien précises, non seulement elles ont souillé la souveraineté nationale du peuple haïtien, se sont ingérées dans les affaires internes d’Haïti, ont commis de multiples actes immoraux et criminels, mais aussi elles se sont faites des propagateurs de l’épidémie de Choléra qui a déjà tué plus de 6000 Haïtiens. Ces organisation exigent également, entre autres choses, la résolution de la crise qui secoue encore le plus grand centre hospitalier du pays, l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti (HUEH) couramment appelé l’Hôpital Général, la publication de la loi sur les frais scolaires pour soulager les parents à l’occasion de la rentrée des classes, la construction de logements décents pour les victimes du tremblement de terre du 12 Janvier 2010 constamment exposés à des menaces d’expulsion forcée.
L’Organisation du Peuple en Lutte (OPL) alliée du président Martelly, au niveau du Parlement, l’un des membres de la plateforme Alternative, encourage le chef de l’Etat à reconnaître la souveraineté du Parlement et à prendre la direction de la concertation et du compromis. Le 23 Août dernier, le coordonnateur de l’OPL, Edgard Leblanc Fils a indiqué que « La situation politique actuelle frise la désespérance, la déliquescence de l’Etat et des institutions de la société, ce qui rend impossible de faire une projection sur les plans économiques et financiers. »
Le vendredi 26 Août 2011, suite à des rencontres entre différents secteurs de la vie nationale, les représentants diplomatiques accrédités en Haïti et le chef de l’Etat, trois (3) sénateurs du groupe des 16, majoritaire au Sénat, Wenceslass Lambert, Evalière Beauplan et Simon Desras ont rencontré la presse pour faire part des recommandations de la majorité agissante. Après avoir dénoncé les dérives du pouvoir de Martelly, ils ont présenté un document de sortie de crise, dans lequel ils ont conditionné la ratification à un ensemble de recommandations, entre autres: la promulgation de la version amendée et corrigée de la Constitution, la formation du Conseil Electoral Permanent (CEP) et du Conseil Constitutionnel, la nomination des juges de la Cour de Cassation, le formation du Conseil Supérieur du pouvoir judiciaire, la reconduction de la Commission Intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH), la révision du mandat de la mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH).
Finalement, face à l’incapacité des acteurs politiques de se mettre d’accord sur le choix d’un Premier ministre -- quoique ces acteurs se soient convertis en agents de la communauté internationale -- les étrangers ont imposé leur poulain. Ce serait Garry Conille,
45 ans, fils d’un allié de Roger Lafontant, le Dr Serge Conille, ancien ministre d’Etat du dictateur Duvalier. Il est Au centre le Président Michel Martelly, Bill Clinton et Garry Conille Garry Conille et Bill Clinton le chef de cabinet de l’ancien président des Etats-Unis, Bill Clinton, l’envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon en Haïti et le co-président de la CIRH.
Garry occupe depuis 2 mois le poste de Coordonnateur résident du Système des Nations Unies et Représentant résident du PNUD au Niger.
Comme on peut le voir, la balle est bien contrôlée par la communauté internationale. Celle-ci est à la veille de marquer un troisième but depuis la précipitation de Jude Célestin au fond des enfers électoraux (premier but) et, après, depuis les magouilles nocturnes Ambassado-Gaillot-Dorsinvilloises qui ont fait de Martelly «l’élu du peuple» (deuxième but).
Brave communauté internationale ! C’est elle qui forme l’équipe, se constitue en juges de touche et arbitre. Et c’est elle aussi qui décide de siffler la fin du jeu. Score prévisible : 3-0 !


