Haïti-Migration-Amériques : La crise migratoire haïtienne entre racisme et effritement de la solidarité

Par Wooldy Edson Louidor, Alter Presse, publié le 4 oictobre 2021 

La crise migratoire haïtienne, à la frontière entre le Mexique et les États-Unis d’Amérique, fait l’objet de débats, au sujet de pratiques néocolonialistes et racistes, dans la gestion de la migration des personnes dites de couleur et issues de pays pauvres, et aussi de l’absence de volonté des pays de destination, dont les États-Unis d’Amérique et le Mexique, quant à la recherche d’une solution solidaire, humaine et humanitaire à la tragédie de milliers de migrantes et migrants haïtiens ayant besoin de la protection internationale, observe l’agence en ligne AlterPresse. 

Quand le racisme se mêle de la partie 

La photo prise, le dimanche 19 septembre 2021, par Paul Ratjes de l’Agence France Presse (Afp), a fait le tour du monde et provoqué de l’indignation. Elle capture une scène, qui réédite l’horreur de l’esclavage, en montrant deux noirs (migrants haïtiens), repoussés et fouettés par un blanc (garde-frontière étasunien à cheval,) près de El Río Grande au Texas ; celui-ci refusa aux deux migrants l’entrée à l’intérieur du sol étasunien. 

Qualifiée d’« inacceptable » par la Maison blanche américaine , cette scène symbolise le drame d’environ douze mille migrantes et migrants haïtiens, obligés de camper sous un pont du Texas, après un périple en Amérique Centrale et en Amérique du Sud. 

Pendant que ces migrantes et migrants ont enfin été admis sur le sol étasunien, selon les déclarations du secrétaire à la sécurité intérieure des États-Unis d’Amérique, Alejandro Mayorkas , force est de constater que le panorama reste encore obscur pour celles et ceux se trouvant coincés de l’autre côté mexicain de la frontière ou en transit au long du continent. 

Ces derniers font face à ce dilemme : rebrousser chemin au Brésil et au Chili, ou continuer à vivre le calvaire, avec l’espoir de concrétiser le rêve américain ou, du moins, d’atteindre le purgatoire mexicain. 

Il y aurait environ 4 mille Haïtiennes et Haïtiens à Tijuana à la frontière Nord du Mexique, en plus des milliers qui sont déjà partis de la frontière Sud de ce pays, en particulier de Tapachula , fuyant la féroce persécution, exercée par des agents de la Migration et de la Garde Nationale et teintée de racisme, selon les dénonciations réitérées de Wilner Mételus, président et fondateur du Comité civique de défense des personnes naturalisées et afromexicaines (Ccdnam pour son sigle en espagnol « Comité Ciudadano en Defensa de los Naturalizados y Afromexicanos »). 

Un cercle migratoire vicieux 

D’autres Haïtiennes et Haïtiens en plus viennent en chemin, depuis le Brésil, le Chili et l’Amérique centrale, où leur supplice commence précisément à la frontière colombo-panaméenne, en particulier, dans la jungle du Darien . 

Necoclí, petite ville frontalière colombienne, qui a, jusqu’ici, accueilli plus de mille migrants par jour, dont la majorité de nationalité haïtienne, fait face à une grave crise humanitaire, selon son maire Jorge Tobón . 

Cependant, les chances de succès pour arriver aux États-Unis d’Amérique sont très réduites, parce que la Cour d’Appel de ce pays vient, le 30 septembre 2021, d’autoriser l’administration de Joseph Robinette (Joe) Biden à poursuivre les déportations à la frontière, en vertu du « Titre 42 » de la loi sur la santé publique. Ce dispositif juridique, qui a été mis en oeuvre par l’administration de Donald Trump, en mars 2020, a permis aux États-Unis d’Amérique de rapatrier, jusqu’ici (au 30 septembre 2021), environ 5,400 Haïtiennes et Haïtiens, en brandissant le prétexte de la pandémie du Covid-19 (le nouveau coronavirus) pour durcir la politique migratoire et fermer la frontière. 

Tout semble indiquer que les États-Unis d’Amérique maintiendra sa politique de la « porte fermée », alors que la « saignée » migratoire haïtienne continue, tant en Haïti, pays devenu invivable pour la majorité de ses citoyennes et citoyens forcés de se déraciner, qu’au Brésil et au Chili, où les conditions d’accueil et d’intégration sont de moins en moins hospitalières pour ces Caraïbéennes et Caraïbéens, dont peu d’entre eux parlent l’Espagnol et le Portugais. 

La crise migratoire haïtienne est en train d’atteindre son paroxysme : d’une part, les États-Unis d’Amérique, le Mexique et les Bahamas et, d’autre part, la République Dominicaine n’ont pas cessé de rapatrier, respectivement à l’aéroport international de Port-au-Prince et à la frontière commune, de plus en plus de migrantes et migrants haïtiens en situation irrégulière. D’où un cercle vicieux migratoire, dans lequel celles-ci et ceux-ci sont attrapés : forcés de fuir, ils sont pourtant renvoyés chez eux. 

Le Brésil et le Chili ou un projet migratoire avorté ? 

Après le tremblement de terre du mardi 12 janvier 2010, de plus en plus d’Haïtiennes et d’Haïtiens, surtout des jeunes, ont fui leur pays dévasté. 

Dans un premier moment, face à l’impossibilité de s’installer en Guyane Française, ils ont élu domicile au Brésil, au Chili et, dans une moindre mesure, en Équateur. 

Selon plusieurs statistiques, en 2020, la population haïtienne était estimée à 237 mille au Chili et à 143 mille au Brésil . 

Cependant, une grande partie d’entre eux ont progressivement été amenés à abandonner ce projet migratoire. La crise politique en 2016, ayant provoqué la destitution de l’ex présidente Dilma Rousseff et, du même coup, le ralentissement économique et la chute de l’emploi dans le géant sudaméricain, ainsi que l’arrivée au pouvoir, en mars 2018, du président chilien anti-immigrant Sebastián Piñera, ont poussé ces migrantes et migrants à prendre la route vers les États-Unis d’Amérique. 

En outre, le racisme et la xénophobie, surtout au Chili, y auraient joué un rôle non négligeable. 

Ainsi, en dépit des dangers encourus, ont-ils tenté de traverser le continent, du Sud au Nord, avec l’espoir de rentrer aux États-Unis d’Amérique. Cependant, la trajectoire est devenue de plus en plus difficile, en Colombie, en Amérique Centrale et surtout au Mexique , où ils sont maltraités et malmenés, non seulement par des réseaux criminels, mais aussi par des autorités de ces pays, selon plusieurs rapports, communiqués et autres documents publiés par des organismes de défense des droits humains. 

Le Réseau jésuite pour les migrants (Rjm) dénonce des « crises aux frontières du Sud et du Nord du Mexique, du Panama, de Costa Rica et de Nicaragua, qui montrent des scènes douloureuses, l’absence des États et aucun signe d’intérêt pour garantir les droits des migrantes et migrants `` . 

Le Mexique, un cas paradigmatique 

Le cas du Mexique est paradigmatique, puisque le président de ce pays, Andrés Manuel Obrador, officiellement investi en décembre 2018, avait promis une meilleure approche de la situation migratoire. Cependant, ce chef d’État, considéré comme étant de gauche, a cédé aux pressions de Trump, qui avait même menacé, le 8 juin 2019, d’imposer des droits de douane sur les produits mexicains, au cas où le Mexique n’accentuerait pas le contrôle de ses frontières, en vue de freiner les flux migratoires venant de l’Amérique Centrale. 

Dès lors, « détention migratoire, utilisée comme stratagème de contrôle et de dissuasion » et « criminalisation de la solidarité et du travail de défense des droits humains » ont, selon la Misión de Observación de Derechos Humanos de la Crisis de Refugiados y Humanitaria en el Sureste de México , ponctué la politique migratoire mexicaine. 

Des Haïtiennes et Haïtiens dénoncent des mauvais traitements, subis au centre d’internement pour migrantes et migrants en situation irrégulière « Estación Migratoria Siglo XXI » (situé à la ville de Tapachula) et aux mains d’agents migratoires. Un migrant haïtien, Maxène André, a, le 6 août 2019, trouvé la mort dans ce centre, dans des conditions non encore élucidées par le gouvernement mexicain. 

Ce qui, selon Arturo Contreras, « reflète la négligence de la nouvelle politique migratoire mexicaine ». 

Parallèlement, le gouvernement mexicain a régulièrement procédé à la déportation de migrantes et migrants haïtiens. 

En 2021 (au 31 août), 223 Haïtiennes et Haïtiens ont été rapatriés, alors qu’un total de 263 et de 341 ont été déportés en 2019 et 2020 respectivement . 

Ces rapatriements risquent d’augmenter pour les deux raisons suivantes. 

D’une part, le gouvernement mexicain et les autorités diplomatiques haïtiennes viennent de signer, le mardi 21 septembre 2021, dans le cadre d’une table de concertation permanente  (en Espagnol, mesa de diálogo permanente), un ensemble d’accords, qui prévoient, entre autres, des rapatriements, désignés par ce pacte binational sous l’euphémisme de « retour assisté ». 

Depuis la signature de cet accord, des vols de « retour humanitaire » ou « retour assisté », du Mexique vers Haïti, ont repris  : par exemple, le mercredi 29 septembre 2021, 70 Haïtiennes et Haïtiens ont été rapatriés de la ville mexicaine de Villahermosa vers Port-au-Prince. 

D’autre part, les migrantes et migrants haïtiens ont de moins en moins de chances d’obtenir le statut de réfugiés. 

Selon plusieurs sources , en 2020, seulement 22% du total de demandes d’asile, formulées par des Haïtiennes et Haïtiens, ont été agréées par l’État mexicain. Ces demandes non agréées seront suivies par des déportations. 

Les États-Unis d’Amérique : une attitude ambivalente 

Le gouvernement étasunien a, pour sa part, adopté une attitude ambivalente envers les Haïtiennes et Haïtiens. 

Par exemple, du 12 janvier 2010 à date, le grand voisin du Nord accorde à ces migrantes et migrants le Statut de protection temporaire (Tps pour son sigle en Anglais Temporary Protected Status) qui permet à celles-ci et à ceux-ci de rester légalement sur le sol étasunien. L’administration de Biden a, en mai 2021, renouvelé le Tps pour 18 mois . Près de 60 mille Haïtiennes et Haïtiens ont déjà bénéficié de cette solution migratoire temporaire, et environ cent mille autres espèrent, sous peu, se procurer le précieux document. 

Cependant, en plus d’être un statut provisoire, le Tps présente l’inconvénient de favoriser seulement les migrantes et migrants se trouvant déjà dans le pays. Donc, les nouveaux arrivés, en situation irrégulière, sont détenus et déportés, à l’exception d’un nombre de plus en plus restreint, qui, pour des raisons humanitaires ou liées au statut de réfugiés, sont admis à rester sur le sol étasunien. 

Cette mince possibilité est sérieusement affectée par le « Titre 42 », qui permet au gouvernement étasunien de déporter les migrantes et migrants, en violant, de manière flagrante, le droit international des réfugiés. Cette mesure migratoire exceptionnelle, adoptée durant l’administration de Trump, a été suivie par le nouveau gouvernement démocrate qui, pourtant, avait promis de rompre avec ces pratiques restrictives de son antécesseur. 

D’autre part, les déportations d’Haïtiennes et d’Haïtiens ont repris, suite à l’annonce, le 22 septembre 2016, par l’ancien secrétaire à la Sécurité intérieure des États-Unis d’Amérique, Jeh Charles Johnson, de la levée du moratoire sur les expulsions de migrantes et de migrants haïtiens. 

Depuis, ces rapatriements se sont maintenus, de manière régulière, au long des trois administrations étasuniennes successives, avec des moments de pic. 

Par exemple, « entre le 19 et le 29 septembre 2021, les États-Unis, opérant 7 à 8 vols par jour, ont déjà expulsé de leur territoire 5,405 compatriotes haïtiens », selon les autorités de l’Office national de la migration (Onm) et de l’Organisation internationale pour les migrations (Oim). 

Compte-tenu des faibles structures d’accueil et de la complexité de la situation politique et économique en Haïti, ces rapatriements intensifs constituent un terrible casse-tête pour les autorités haïtiennes et un drame pour les migrantes et migrants rapatriés et leurs parents. 

Haïti : descente progressive en enfer 

Le séisme du 12 janvier 2010 n’est que la goutte d’eau, qui a fait déborder le vase. 

La situation humanitaire du pays s’est aggravée, en raison d’autres catastrophes naturelles, dont les deux plus récentes : le tremblement de terre du samedi 14 août 2021 et la tempête tropicale Grace, en date du 17 août 2021, qui ont fait des milliers de victimes et provoqué d’importants dégâts matériels (dans moins d’une semaine). 

Cependant, en dépit de ces impacts terribles, les États-Unis d’Amérique ont refusé d’accorder à Haïti un moratoire humanitaire sur les déportations, en dépit de la demande des autorités haïtiennes  d’autres actrices et d’autres acteurs internationaux. 

Outre les désastres susmentionnés, le contexte politique haïtien est ponctué par le chaos, en particulier, depuis l’assassinat, dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, en sa résidence privée, à Pèlerin 5 (Pétionville, municipalité à l’est de la capitale, Port-au-Prince), du président de facto Jovenel Moïse ; assassinat dans lequel sont impliqués des mercenaires colombiens. 

L’insécurité refait surface, depuis le mois de septembre 2021, suite à une brève période d’accalmie. 

Les kidnappings (enlèvements et séquestrations) frappent désormais presque tous les secteurs de la vie nationale : les églises protestantes, les journalistes, les médecins, les télécommunications, les banques. Les bandits et gangs armés opèrent en toute quiétude et impunité, et sèment le deuil dans les familles haïtiennes. 

L’actuel gouvernement de facto haïtien, dirigé par le premier ministre de facto Ariel Henry, vient, le lundi 27 septembre 2021, de renvoyer les membres du Conseil électoral provisoire (Cep) inconstitutionnel et illégal, et de reporter sine die les élections présidentielles et législatives. La question électorale, catalyseur de toutes les crises politiques haïtiennes depuis 1987, est à l’ordre du jour et risque, à tout moment, de basculer dans le chaos. 

Entre-temps, les différentes branches de l’opposition politique cherchent des solutions. 

Sous la foulée, plusieurs accords ont vu le jour et s’affrontent. Tel est, par exemple, le cas de l’accord du 30 août 2021, baptisé Accord de Montana, et celui du 11 septembre 2021, proposé par le premier ministre de facto lui-même. 

Le premier accord réclame la nomination d’un président de transition, tandis que le deuxième plaide pour la continuité de l’actuel premier ministre de facto comme seule autorité suprême à la tête de l’État. 

Á cette cacophonie des actrices et acteurs politiques haïtiens, s’ajoute l’intervention directe, de plus en plus décriée, de la communauté internationale, dont le Core Group, composé des Ambassadeurs d’Allemagne, du Brésil, du Canada, d’Espagne, des États-Unis d’Amérique, de France, de l’Union européenne, du Représentant spécial de l’Organisation des États Américains et de la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies. Le gouvernement américain, qui entend maintenir son leadership au sein de ce groupe, a, récemment, envoyé deux émissaires en Haïti pour planifier l’arrivée prochaine d’équipes techniques, visant á améliorer la situation sécuritaire dans ce pays caribéen. 

Depuis le 12 janvier 2010, l’action de la communauté internationale, dans l’ensemble, fait du surplace, aux yeux de bon nombre d’Haïtiennes et d’Haïtiens, qui n’y voient pas de résultats tangibles, en termes d’assistance humanitaire, de coopération au développement ou de stabilisation du climat politique et sécuritaire. 

La mauvaise gestion de ces crises politiques et humanitaires à répétition et la piètre intervention de la communauté internationale, qui ont aggravé la misère dans le pays, conduit au mécontentement généralisé de la population, surtout des jeunes qui ont organisé des manifestations contre la corruption, un des plus grands fléaux de de la politique haïtienne. 

Par exemple, depuis août 2018, des jeunes, baptisés « petrochallengers », se sont régulièrement mobilisés pour demander des comptes aux autorités de leur pays, au sujet du détournement de millions de dollars américains, dans lequel serait impliqué l’ex président de facto Jovenel Moise, suivant les rapports de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif. Tirée du fonds spécial PetroCaribe, accord conclu avec le gouvernement vénézuélien sur la vente de pétrole à un prix préférentiel, cette importante somme, détournée par des autorités haïtiennes, aurait dû, pourtant, être consacrée au développement d’Haïti, selon les termes de cet accord. 

Tout compte fait, au milieu de l’indifférence affichée des organismes régionaux et internationaux, dont l’Organisation des états américains (Oea), la crise migratoire haïtienne semble loin d’être résolue, non seulement à la frontière mexico-étasunienne, mais au long du continent américain. 

Elle risque de s’aggraver, tenant compte du panorama désolant de la situation politique, économique et humanitaire du pays d’origine, Haïti, et du durcissement, voire l’hostilité, des politiques migratoires des pays de destination, dont les États-Unis d’Amérique, le Chili et le Mexique. 

Á souligner que quatre agences internationales, l’Agence des nations unies pour les réfugiés (Hcr), l’Organisation internationale pour les migrations (Oim), le Fonds des nations unies pour l’enfance (Unicef) et le Haut-Commissariat des nations unies aux droits de l’homme (Hcdh) CDH) se sont prononcées, le 29 septembre 2021, dans une déclaration conjointe, sur cette crime migratoire haïtienne. 

Elles « appellent les États à s’abstenir d’expulser les Haïtiennes et Haïtiens, sans avoir correctement évalué leurs besoins de protection individuels, à faire respecter les droits fondamentaux des Haïtiennes et Haïtiens en déplacement, et à offrir des mécanismes de protection ou d’autres dispositions légales pour un accès plus efficace aux voies de migration régulière ». 

Cependant, cette déclaration conjointe, jugée par certains « trop timide », est-elle vraiment à la hauteur de la situation dramatique, à laquelle font face les migrantes et migrants haïtiens, dont des femmes, des enfants et des réfugiés, dans le continent américain ?, se demandent certains. 

Est-on en présence d’une politique de « deux poids deux mesures » concernant le traitement infligé, notamment par le Mexique et les États-Unis d’Amérique, aux Haïtiennes et Haïtiens et à d’autres étrangers ayant besoin de la protection internationale, par exemple, les Afghanes et Afghans ? 

Les instruments juridiques internationaux, relatifs aux droits humains et, en particulier, aux droits des réfugiés, ne restent-ils que lettre morte, dans le cas de ces Haïtiennes et Haïtiens en détresse, au large du continent américain ?