Haïti : Pourquoi la classe politique doit se réinventer?

Écrit par Haïti Press Network, Haïti, publié le 6 juillet 2022 

Pour le commun des mortels, la pratique de la politique en Haïti constitue un jeu de dupes, un terrain miné par des coups bas, la tromperie cynique, des jeux de ruse. Les acteurs politiques nourrissent une vieille perception de travailler au profit de leur chapelle. Ils n’aident pas à faire bouger les lignes. 

La majorité des réactions collectées en rapport à l’évolution du secteur politique en Haïti concourent vers un miroir lamentable et répugnant. Elles sont presqu’unanimes à résumer la classe politique haïtienne en une clique de mercenaires prêts à s’enrichir au détriment du collectif. Sans vision, sans idéal, sans référence idéologique, sans encrage populaire, certains agents politiques sont disposés à vendre leur âme au diable, à courber l’échine, dès qu’il est question de postes, de privilèges, dénoncent des observateurs. 

Ces conclusions pour le moins discutables tiennent leur origine dans le comportement impudent de certains des acteurs politiques dépourvus de conviction, de sentiment d’appartenance, de clairvoyance et ayant perdu le sens de l’histoire. Les esprits les moins tranchants évoquent des ouvriers politiques, des leaders prêts à surfer sur la vague du contexte pour se faire un nom, s’affirmer comme chef, dans une dynamique égocentrique. 

À la mort du Président Jovenel Moïse, des idées préconçues se sont faits dissipées. On questionne la position du Secteur Démocratique et Populaire (SDP) qui s’est, au lendemain de l’assassinat du 58ème Chef d’État haïtien, rallié à un protégé d’un chef qu’il a combattu. Considérés comme pourfendeurs des « Tèt Kale », les dirigeants du SDP se retrouvent en première ligne dans la promotion de « l’Accord politique pour une transition efficace et apaisée ». Ils n’ont pas lésiné sur les moyens à prendre fait et cause pour un Premier ministre cité dans l’exécution d’un Président dans son intimité. 

D’autres leaders perpétuent la réputation de « caméléon ». Quand il est question de position politique arrêtée sur une question d’intérêt général, ils se balancent. Cette thèse se manifeste généralement par des prises de paroles dans les médias. La stratégie consiste à se positionner indépendamment de l’orientation du média. Un discours peut se révéler approprié à Radio Caraïbes, mais bannie à Radio Kiskeya. Les politiques agissent selon leurs interlocuteurs. 

Cette école de pensée qui entend diaboliser la classe politique en Haïti n’est pas un phénomène accidentel. En effet, il est un reflet d’une situation sociale, une référence historique, souligne Hubert de Ronceray. Au temps de la révolution, il s’est révélé la position controversée de certains esclaves face aux maitres blancs. Les opprimés se sont toujours manifestés dans un circuit individualiste, contestant le slogan humaniste « l’union fait la force ». 

Il revient également, dans une analyse, sans une lecture au premier degré, d’évaluer le profil des leaders qui ont pignon sur rue, qui ont la cote hausse dans les médias. Sans établir des statistiques, le milieu politique haïtien regorge de gens mal formés, des apprenants sur le tas. Ordinairement, des élites intellectuelles, des figures économiques craignent le champ politique, se contentant d’évoquer un espace destiné à des truands, des farceurs. 

Durant le règne de Jovenel Moïse, les tentatives de rapprochement ont auguré l’espoir d’une entente politique loyale et stable. Passerelle, Direction politique de l’opposition démocratique (DIRPOD), l’Accord Marriott, les initiatives ne manquaient pas pour transpirer un air de compromis face à l’ennemi commun Jovenel Moïse. Il n’en était rien, car les alliances haïtiennes passent et se ressemblent.