Intensification des foyers de résistance contre les gangs, à Port-au-Prince et dans les villes en province

Écrit par Alter Presse, Haïti, publié le 2 mai 2023 

Les foyers de résistance continuent d’être multipliés dans la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince et dans les villes en province, en vue de contrer les actions criminelles des gangs armés, selon les informations rassemblées par l’agence en ligne AlterPresse. 

Depuis le lynchage, le lundi 24 avril 2023, à Canapé Vert, de 14 présumés bandits, soupçonnés de venir en renfort à un groupe d’individus armés, qui tentaient d’installer leur base à Debussy, non loin de Turgeau, des brigades de vigilance dans différentes zones du pays se livrent à une justice expéditive contre toutes celles et tous ceux, qui seraient identifiés comme des bandits. 

Le mercredi 26 avril 2023, de présumés bandits, qui essayaient de prendre en otage Debussy et ses environs ont été tués, puis leurs corps brûlés, par des riverains en colère à Turgeau. 

Ce mouvement de résistance et d’auto-défense, auquel on attribue le nom de Bwa kale, devenu très populaire depuis quelque temps, se répand comme une trainée de poudre à travers Haïti. 

Une jeune femme a été lynchée par des riverains, à Carrefour Feuilles (banlieue sud-est de la capitale), le dimanche 30 avril 2023. La victime a été accusée de transporter des cartouches dans son sac, selon les témoignages recueillis. 

Le mardi 25 avril 2023, plusieurs autres individus, qui transporteraient des munitions dans leurs sacs, ont été aussi interceptés à Carrefour Feuilles par des citoyens, qui les ont tués. 

En représailles, les membres du gang de Gran Ravin (sur les hauteurs de Martissant, au sud de Port-au-Prince) ont attaqué, le jeudi 27 avril 2023, les résidentes et résidents de plusieurs quartiers de Carrefour Feuilles, dont la rue Fouchard, qui ont été contraints d’abandonner leurs domiciles. 

Une intervention des agents de la Police nationale d’Haïti (Pnh), à bord d’un blindé, a permis de repousser les bandits armés. 

A Solino et Nazon, au moins cinq présumés bandits ont été tués, dont trois d’entre eux ont été brulés, entre les lundi 24 et vendredi 28 avril 2023. 

Le samedi 29 avril 2023, plusieurs individus armés, qui terrorisaient les habitantes et habitants de Source Matelas, troisième section communale de Cabaret (à environ 37 km au nord de Port-au-Prince), ont été tués dans des échanges de tirs avec la Pnh, supportée par la population, lors d’une opération de résistance visant à déloger une bande armée. 

Par ailleurs, deux membres présumés du gang de Ti Makak, dont une femme présentée comme la cuisinière dudit gang, ont été tués à Thomassin 32, à l’entrée de la route de Piron. 

Bwa kale dans les villes de province 

Le samedi 29 avril 2023, deux présumés bandits ont été lynchés, puis leurs corps brûlés à Gros Morne (département de l’Artibonite / Nord), par des habitants de la zone, rapportent des médias. 

Trois présumés bandits, répondant au nom de Diendy Mortimé alias Malfini à Chambellan, Alex Neptune alias Ti Mòy à Dame Marie et Stevenson François alias Sonson à Les Irois (3 communes dans le département de la Grande Anse, une partie du Sud-Ouest d’Haïti), ont été aussi abattus par la Police nationale d’Haïti (Pnh), avec l’aide de la population. 

Trois armes à feu, dont deux de calibre 9 mm, ont été récupérées par la Pnh dans le cadre de cette opération. 

Dans une note, l’institution policière a annoncé une intensification de ses opérations pour démanteler les foyers de gangs armés, qui terrorisent la population sur le territoire national. 

Cette annonce d’intensification d’opérations policières fait suite à une intervention musclée de la Pnh, qui a permis de mettre un terme aux activités criminelles du gang de Carlo Petit-Homme alias Ti Makak qui opérait à Laboule et Thomassin, dans la commune de Pétionville. 

Les nouvelles opérations ciblent notamment Village de Dieu, Gran Ravin, Savane Pistache (Port-au-Prince), Diègue, Méyotte, Pernier (Petionville), Tabarre (l’une des municipalites au nord-est de Port-au-Prince), selon la Pnh, qui demande à la population de continuer à collaborer avec les agents en partageant des informations utiles. 

Le même mot d’ordre est lancé pour le nord de la capitale, dans les zones comme Canaan, Onaville, Source Matelas ainsi que dans le département de l’Artibonite. 

Persistance de la terreur des gangs armés dans plusieurs endroits à l’est de Port-au-Prince 

Par ailleurs, la terreur des gangs persiste dans plusieurs quartiers de l’est de la capitale, Port-au-Prince, où ils maintiennent leur cruelle pression contre des communautés sans aucun secours de la police. 

Les gangs poursuivent leur inexorable avancée dans des zones, comme Fort-Jacques, Diègue, Méyotte, Corlette, Pernier et Tabarre, rapportent des riverains. 

De nouveaux territoires ont été conquis dans ces localités de la commune de Pétionvillle. 

Les passantes et passants, commerçantes et commerçants, chauffeurs de taxis moto et camionnettes ainsi que d’autres habitantes et habitants dans ces quartiers se plaignent de menaces, de harcèlements et d’exactions qui, selon eux, ne font qu’augmenter au jour le jour. 

Face à la criminalité révoltante en Haïti, le premier ministre de facto Ariel Henry appelle la population à garder son calme, sans recourir à la violence, dans un message, à l’occasion du 1er mai, fête de l’agriculture et du travail. 

Haïti a choisi la démocratie comme modèle de gouvernement, dit le chef du gouvernement de facto, déclarant comprendre la colère de la population, qui a besoin de reprendre ses activités. 

Ariel Henry demande à la population de collaborer avec la Police nationale d’Haïti (Pnh) pour arrêter tous les bandits et les remettre à la justice. 

 

À lire aussi:Plus de 2,800 personnes tuées, 2,000 kidnappings, 200,000 déplacés en 21 mois de gouvernement d’Ariel Henry