La crise est plus ferme que la grève

Par Esdra Jeudy, Le National, publié le 26 octobre 2021

Exaspérés par l’insécurité caractérisée par le kidnapping ainsi que par la rareté récurrente de carburant, des associations ont lancé un mot d’ordre de grève générale, pour contraindre les autorités étatiques à se pencher sérieusement sur ces problèmes et d’apporter les solutions adéquates. Une grève qui a été fortement suivie, toutes les activités en début de semaine dans l’aire métropolitaine, notamment dans certaines villes de province.

L’arrêt de travail proposé par des associations de transport a été suivi pratiquement sur tout le territoire lundi et mardi. Beaucoup ont accepté le débrayage pour exprimer leur ras-le-bol et leur refus de payer le carburant sur le marché informel à des prix excessifs réclamés par les revendeurs à la sauvette.

Le pays en est pratiquement à sa deuxième semaine de paralysie, pour les mêmes raisons suscitées, à savoir l’insécurité grandissante et la rareté des produits pétroliers. Cela fait également deux semaines depuis que les regards de la population sont rivés vers les autorités concernées, qui affichent un mutisme et un laxisme révoltant, estiment bon nombre de citoyens.

Du côté des syndicats initiateurs du débrayage, c’est plutôt une réussite, car apparemment leurs consignes ont été entendues et respectées par la population, mais il y a des raisons de se questionner sur la facilité avec laquelle la grève a été totalement suivie. Presque toutes les zones de la région métropolitaine de Port-au-Prince sont toujours contrôlées des bandes armées qui continuent d’imposer leur loi. Pour les autorités politiques et policières, c’est le même statu quo, de quoi augmenter le scepticisme de la population.

Dans l’objectif d’une amélioration du climat sécuritaire, il y a quelques jours un nouveau directeur général a pris les commandes de la Police nationale. Mais, il n’a pas encore rien entrepris de vérifiable pour nuire aux actions des gangs armés, membres de la coalition G9 et alliés, qui exigent la démission du Premier ministre Ariel Henry avant d’ « autoriser » la circulation des camions-citernes devant approvisionner les stations-services.

C’est Liszt Quitel en personne, le ministre de l’Intérieur et des Collectivités territoriales, également titulaire a.i. du ministère la Justice et de la Sécurité publique, qui s’est rendu, ce matin, portant casque et gilet par balle, dans un quartier sous contrôle des gangs et qui doit être franchi par les camions-citernes.

« Je me suis rendu sur lieux afin de prendre connaissance par moi-même des raisons qui empêchent les camions d’acheminer le carburant dans les stations de services », déclaration qu’on a pu écouter dans une courte vidéo postée sur les réseaux sociaux.

Cette communication a tout son sens en se basant sur le fait que le Premier ministre n’avait pas pu s’arrêter dans ce quartier le temps de participer à une cérémonie hommage à Jean-Jacques Dessalines,  le 17 octobre dernier. Considérant le comportement, pour le moins laxiste, des responsables, la population ne peut pas s’empêcher de se questionner sur la volonté réelle des autorités de s’attaquer aux problèmes qui desservent le quotidien des citoyens.

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