La lettre de démission de Daniel Foote au Secrétaire d’Etat américain Anthony Blinken

Par Haïti Liberté, édition du 25 sept. au 5 oct 2021 

Avec une profonde déception et des excuses à ceux qui recherchent des changements cruciaux, je démissionne de mon poste d’envoyé spécial pour Haïti, avec effet immédiat. Je ne serai pas associé à la décision inhumaine et contre-productive des États-Unis d’expulser des milliers de réfugiés haïtiens et d’immigrants illégaux vers Haïti, un pays où les responsables américains sont confinés dans des complexes sécurisés en raison du danger que représentent les gangs armés contrôlant la vie quotidienne. Mes recommandations ont été ignorées et rejetées, lorsqu’elles n’ont pas été modifi ées pour projeter un récit différent du mien. 

Le peuple haïtien, embourbé dans la pauvreté, otage de la terreur, des enlèvements, des vols et des massacres de gangs armés et souffrant sous un gouvernement corrompu avec des alliances de gangs, ne peut tout simplement pas supporter l’injection forcée de milliers de migrants de retour sans nourriture, sans abri et sans argent. L’État effondré est incapable d’assurer la sécurité ou les services de base, et davantage de réfugiés alimenteront le désespoir et la criminalité. L’afflux migratoire vers nos frontières ne fera qu’augmenter à mesure que nous ajouterons à la misère inacceptable d’Haïti. 

Les Haïtiens ont besoin d’une aide immédiate pour rétablir la capacité du gouvernement à neutraliser les gangs et rétablir l’ordre par le biais de la police nationale. Ils ont besoin d’un véritable accord entre la société et les acteurs politiques, avec un soutien international, pour tracer une voie opportune vers la sélection démocratique de leur prochain président et Parlement. Ils ont besoin d’aide humanitaire, d’argent pour livrer les vaccins Covid et bien d’autres choses. 

Mais, par-dessus tout, ce que nos amis haïtiens veulent vraiment, et ce dont ils ont besoin, c’est l’opportunité de tracer leur propre voie, sans marionnettes internationales et sans candidats privilégiés mais avec un véritable soutien pour cette voie. Je ne crois pas qu’Haïti puisse jouir de la stabilité tant que ses citoyens n’auront pas la dignité de vraiment choisir leurs propres dirigeants de manière juste et acceptable. 

La semaine dernière, les ambassades des États-Unis et d’autres à Port-au-Prince ont publié une autre déclaration publique de soutien au Premier ministre de facto non élu, le Dr Ariel Henry, en tant que chef par intérim d’Haïti, et ont continué à visiter son « accord politique » ‘ sur un autre browder, accord antérieur dirigé par la société civile. L’orgueil qui nous fait croire que nous devrions choisir le gagnant - encore une fois - est impressionnant. Ce cycle d’interventions politiques internationales en Haïti a constamment produit des résultats catastrophiques. Des impacts plus négatifs sur Haïti auront des conséquences désastreuses non seulement en Haïti, mais aux États-Unis et chez nos voisins de l’hémisphère. 

Sincèrement Daniel Foote