La transition en Haïti est une opportunité de résoudre la crise sans intervention militaire, déclare un militant kenyan

Écrit par Leandro Melito, Haïti Liberté, édition du 20 au 26 mars 2024 

Des mouvements populaires s’opposent à l’engagement pris par le Kenya d’envoyer des policiers en Haïti. 

L’annonce de la démission du Premier ministre haïtien Ariel Henry a reconfiguré les pièces du conflit politique sur la solution à la crise haïtienne. Henry a annoncé son départ du gouvernement moins de deux semaines après avoir signé un accord de réciprocité avec le Kenya, pays qui a proposé de diriger la Mission multinationale de sécurité, autorisée par le Conseil de sécurité de l’ONU, et d’envoyer un millier de policiers en Haïti. 

Avec la démission de Henry, le président kenyan Willian Ruto a suspendu le déploiement des troupes et a conditionné le respect de l’accord à la formation d’un nouveau gouvernement en Haïti. Gacheke Gachihi, leader du Mathare Social Justice Center, un mouvement populaire situé dans la zone urbaine de Nairobi, capitale du Kenya, voit la transition en Haïti comme une opportunité pour trouver une solution haïtienne à la crise, « loin de l’intervention militaire ». Il défend la nécessité d’une solution globale incluant les mouvements populaires d’Haïti et créant un leadership politique alternatif basé sur la justice sociale et les droits de l’homme. 

Le Centre de Justice Sociale Mathare est en dialogue avec les mouvements populaires en Haïti pour rechercher une solution respectueuse de la souveraineté haïtienne, basée sur la solidarité. « Il s’agit d’une solidarité comme celle qu’Haïti avait avec les pays d’Afrique et d’Amérique latine pen-dant la Révolution haïtienne. C’est donc une excellente occasion pour nous de commencer main-tenant à articuler une solution politique, loin de la solution militaire et policière, proposée par les for-ces de l’impérialisme, qui ont intérêt à piller les ressources et à poursuivre la déstabilisation. » 

Accord pour envoyer des troupes 

Fin février, Ariel Henry s’est rendu à Nairobi pour signer un « accord de réciprocité » avec le pré-sident du Kenya, Willian Ruto, dont les bases ont été posées à Washington, dans la deuxième semaine de février, par des délégations des deux pays avec la médiation des États-Unis. En l’ab-sence d’Henry, des groupes armés en Haïti ont lancé une offensive majeure qui a rendu impossible son retour au pays. 

« Les États-Unis et d’autres pays impérialistes ont vraiment beaucoup contribué à la crise et à la violence en Haïti. Le Premier ministre a démissionné après avoir conclu un accord avec le gou-vernement kenyan, qui est un gouvernement réactionnaire », explique Gachihi. « Nous travaillons avec le Mouvement autochtone et panafricain des Caraïbes et avons également organisé une campagne au Kenya contre le déploiement de la police kenyane en Haïti. C’est pourquoi nous saluons la transition », déclare Gachihi. 

Dans un communiqué publié fin janvier, les mouvements kenyans et caribéens opposés au déploie-ment de troupes affirment qu’une mission militaire dirigée par le Kenya en Haïti signifie « gâcher » le nom du mouvement panafricain, « qui cherche une émancipation complète » des Africains sur le continent et dans la diaspora, l’associant à l’attaque criminelle des États-Unis contre Haïti, qui vise justement à empêcher cette émancipation. 

Les États-Unis ont annoncé un financement de 200 millions de dollars pour la mission, auxquels s’ajoutent 100 millions de dollars supplémentaires le 11 mars, tandis que les Bahamas, le Bangla-desh, la Barbade, le Bénin et le Tchad ont officiellement notifié à l’ONU leur intention de fournir du personnel pour sa mise en oeuvre. 

Mais fin janvier, la Haute Cour du Kenya a déclaré inconstitutionnel le déploiement de personnel en Haïti et a statué que le Conseil de sécurité nationale du pays n’avait pas le pouvoir d’envoyer des policiers. Cette ordonnance constitue une prolongation des mesures provisoires émises par le tribunal en octobre, que le parlement kenyan a refusé d’autoriser la mission.