L’administration américaine doit cesser toutes pressions pour l’organisation d’élections en Haïti, exhorte le Miami Herald

Par Alter Presse, Haïti, publié le 31 mai 2021 

Les États-Unis devraient s’opposer ouvertement et sans réserve au référendum constitutionnel (illégal) fixé au 27 juin 2021 

L’administration du président américain, Joseph Robinette Biden Junior, dit Joe Biden, doit cesser de faire pressions, en vue de l’organisation d’élections en Haïti, susceptible d’empirer la situation, met en garde le journal Miami Herald, dans un éditorial consulté par l’agence en ligne AlterPresse. 

« Si Haïti est si dangereuse et si instable que l’administration a accordé un sursis [1] à ses citoyennes et citoyens basés aux États-Unis, par le biais du Statut de protection temporaire (Tps, en Anglais), alors Haïti est également trop dangereuse et trop instable pour organiser des élections crédibles et sûres », estime l’éditorialiste Nancy Ancrum. 

Le quotidien de Floride souligne combien les conditions sur le terrain en Haïti montrent clairement que le président (de facto), Jovenel Moïse, ne peut pas organiser d’élections libres, justes et crédibles, dans ce contexte de graves problèmes de sécurité, de troubles sociaux, de violations des droits humaines et de pauvreté paralysante. 

« Il est temps pour (l’administration politique) à Washington de mettre fin à la rhétorique sur Haïti et de prendre des mesures concrètes. Il est temps d’arrêter d’assimiler la démocratie uniquement aux élections, et il est plus que temps de promouvoir et d’exiger une bonne gouvernance ». 

Miami Herald appelle l’administration américaine à cesser de soutenir les dirigeants à tendance autocratique, simplement parce qu’elle les considère comme « démocratiquement élus ». 

« Ils sont tout aussi coupables que leurs homologues, ailleurs dans l’hémisphère, qui bafouent les droits humains et promeuvent des politiques qui les maintiendront au pouvoir ». 

Biden devrait reconnaître que la première étape vers une Haïti libre ne consiste pas à insister sur des « élections à tout prix », mais à insister sur la bonne gouvernance, relève le journal américain. 

En ce sens, le gouvernement des États-Unis d’Amérique devrait s’opposer, ouvertement et sans réserve, au référendum constitutionnel (illégal) fixé au 27 juin 2021, qui, malgré les bonnes intentions de certains membres de la communauté internationale, ne rapprochera pas Haïti de la démocratie. 

La tenue de ce référendum inconstitutionnel controversé, contre l’avis de presque tous les constitutionnalistes et juristes haïtiens, plongera le pays plus profondément dans le chaos et l’autoritarisme, par conséquent le rendra encore plus invivable, avertit Miami Herald. 

« Non seulement cela fera dérailler davantage la possibilité de tenir des élections libres, justes et crédibles, mais cela accélérera ce que l’Église catholique (romaine) a décrit comme la descente aux enfers d’ Haïti ». 

La décision de tenir un référendum inconstitutionnel et illégal, pour amender la Constitution de 1987, ajoute encore à la controverse en Haïti, avait déclaré la secrétaire d’État adjointe par intérim au Bureau des affaires de l’hémisphère occidental du département d’État étasunien, Julie Chung, dans un discours, prononcé à l’occasion de la commémoration du 218e anniversaire du drapeau haïtien, le mardi 18 mai 2021. 

Des habitantes et habitants de Jean Rabel, Port-de-Paix (département du Nord-Ouest), des Irois, d’Anse-d’Hainault (département de la Grande Anse, une partie du Sud-Ouest d’Haïti), de Hinche (Plateau central) et de Ouanaminthe (Nord-Est) se sont soulevés, au cours du mois de mai 2021, contre des activités de sensibilisation autour du référendum inconstitutionnel et illégal. 

Dérives inconstitutionnelles de Jovenel Moïse, dans un contexte de banditisme 

Le journal américain Miami Herald critique aussi la mauvaise gouvernance de Jovenel Moïse, qu’il qualifie d’autocrate en herbe d’Haïti. 

Le président de facto a adopté plusieurs mesures inconstitutionnelles, comme la création d’une agence nationale de renseignement problématique, l’introduction de « définitions douteuses du terrorisme », pour reprendre les termes de la secrétaire d’État adjointe par intérim Julie Chung, une réduction du rôle des institutions clés, telles que la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (Cscca), la révocation et le remplacement de trois juges de la Cour suprême (la Cour de Cassation). 

L’éditorial de Miami Herald fustige aussi le laxisme, affiché par Jovenel Moïse, face à la violence des gangs armés, qui a conduit à une vague alarmante d’enlèvements et de violations des droits humains. 

142 cas de kidnapping ont été enregistrés, de janvier à mars 2021, en Haïti, par le Centre d’analyse et de recherche en droits humains (Cardh). 

Le nombre de cas de kidnapping, au premier trimestre de 2021, est presque le triple du premier trimestre de 2020, selon le décompte du Cardh.