L’arrogance des anciens militaires : Qui tirent les ficelles ?

L’arrogance des anciens militaires : Qui tirent les ficelles ?

Par Thomas Péralte

Haiti Liberté:édition du 22 au 28 février 2012

Depuis environ deux semaines, d’anciens militaires des ex-Forces Armées d’Haïti, dissoutes en 1995 ont envahi les campements restés toujours, notamment à Carrefour, situé au Sud de la capitale ; au centre d’Haïti et dans beaucoup autres endroits du pays. Revêtus de l’uniforme spécifique, armes à la main, ils ont effectué des parades, des démonstrations d’entraînement, ils ont multiplié des déclarations dans des médias, sans aucune inquiétude. Ils demandent au président Michel Joseph Martelly de respecter ses promesses électorales. Le porte-parole de la Coalition Nationale des Militaires Démobilisés
(CONAMID), l’ex-sergent David Dormé a fait savoir qu’il s’agit d’un mouvement coordonné, mais non dicté par quiconque. « Notre patience a des limites, nous ne pouvons pas attendre indéfiniment. Nous sommes déterminés à protéger nos bases et à nous défendre arme à la main contre tous ceux qui veulent nous déloger dans nos campements. Nous n’allons pas nous battre contre nos frères d’armes de la Police Nationale d’Haïti (PNH), mais personne ne nous fera subir le même sort que Ravix Rémissainthe. Nous n’avons pas peur et nous ne céderons pas aux pressions », a-t-il déclaré.

Cette situation, qui vient s’ajouter aux autres problèmes du pays inquiète beaucoup la population et suscite les réactions de divers secteurs. Depuis les Etats-Unis, le Premier ministre Garry Conille a intimé l’ordre aux anciens militaires de déposer les armes avant toute négociation. Il a rappelé qu’une commission a été mise sur pied pour réfléchir et proposer des recommandations devant aboutir à une nouvelle force sécuritaire pour le pays. « Notre message est simple et clair, il faut absolument qu’ils déposent les armes rapidement. Nous ne pourrons engager aucune négociation, aucune discussion tant qu’ils ont des armes en leur possession et prennent de force des institutions publiques du pays. Nous attendons le rapport de la commission chargée de réfléchir sur ce dossier et nous souhaitons que tous les secteurs de la société se prononcent et donnent leur vision de cette future force de sécurité nationale », a-t-il averti.

Le ministre de l’Intérieur et de la Défense Nationale, Thierry Mayard Paul, de son côté, invite les anciens militaires à rentrer chez eux, il a fait savoir qu’ils n’ont aucune autorisation à investir les camps de formation de Lamentin à Carrefour et au Plateau Central, il leur conseille de garder leur calme. « Le gouvernement n’a autorisé personne à investir ces espaces. Nous les invitons tous à garder leur calme. Le processus de réhabilitation des forces armées est très complexe et doit être conduit de manière rationnelle, progressive et profonde, » a-t-il indiqué.

Le maire de la Commune de Carrefour, sud de la capitale, Yvon Jérôme a confirmé que des anciens militaires ont réellement pris d’assaut, sans aucune décision officielle l’ancienne base militaire située dans la zone de Lamentin : « ce qui est confirmé, c’est qu’ils sont là-bas », disait-il, très vaguement. Le sénateur du Plateau Central, Francisco De La Cruz lui aussi a rapporté que des anciens militaires munis de leurs armes ont également pris d’assaut l’ancienne base à Cerca-la-Source.

Le président de la Commission justice et sécurité au Sénat de la république, le sénateur Youri Latortue encourage ses frères d’armes, qui se sont emparés actuellement d’anciens camps militaires à regagner rapidement leur domicile et à remettre les armes qu’ils ont en leur possession. Dans le ca contraire, « l’Etat va prendre toutes les dispositions nécessaires pour rétablir l’ordre dans la cité. » Le viceprésident du Sénat, le sénateur Adris Riché a abondé dans le même sens : « C’est une situation intolérable, c’est du désordre. Le président n’étant pas là, il est parti pour l’ALBA, un groupe d’hommes lourdement armés, qui se disent des anciens militaires ont investi illégalement des campements et la population est livrée à elle-même, à un moment où le phénomène de l’insécurité ressurgit dans le pays. L’Etat ne peut pas tolérer cette situation » a-t-il déclaré haut et fort.

Le député Fritz Gérald Bourjolly lui aussi demande aux anciens militaires de revenir sur leur décision. « Nous étions d’accord, le Président de la République, l’Assemblée Nationale, députés et sénateurs pour le retour des forces armées d’Haïti, mais pas dans ces conditions et nous ne sommes pas d’accord qu’un groupe de personnes, au nom des militaires démobilisés, prennent les armes dans la rue, tirent, mettent la population dans un climat d’insécurité, créent un climat de terreur. Nous disons NON ! Nous ne sommes pas d’accord avec ce qui ce passe et nous demandons au Conseil Supérieur de la Police Nationale, le CSPN, composé du Premier Ministre, du Ministre de l’Intérieur, du Ministre de la Justice et du Directeur Général de la Police, de prendre toutes les dispositions nécessaires, toutes les mesures qui s’imposent, pour arrêter toutes les personnes qui sont dans la rue porteurs d’armes illégales et de rétablir l’ordre et la Paix, le plus rapidement possible. »

Selon l’un des membres de la Commission présidentielle travaillant sur le projet de mise en place d’une nouvelle force publique, Georges Michel, l’actuel mouvement des anciens militaires dès le départ est voué à l’échec et n’aboutira à rien.

Dans la foulée, la question fondamentale posée par certains observateurs avisés est la suivante: quels secteurs nostalgiques des anciennes Forces Armées d’Haïti (FAD’H) se cachent derrière ce mouvement ? Quelles sont leurs sources de financement, les commanditaires de ces groupes armés ? Qui les approvisionne en armes de guerre et en munitions ? Quel est réellement le vrai objectif ?

Certains estiment avec les néoduvaliéristes au pouvoir et la présence de l’ex-dictateur Jean Claude Duvalier, les anciens militaires des ex-Forces Armées se sentent très confortables à être remobilisés dans l’objectif de maintenir le règne de l’impunité et d’un Etat voyou en Haïti. A chaque fois que l’extrême droite reprend le pouvoir, les anciens militaires surgissent pour revendiquer le retour des anciennes Forces Armées d’Haïti, dissoutes en 1995 pour avoir commis des exactions graves sur la population et perpétré une série de Coup d’Etat contre un chef de l’Etat démocratiquement élu et créant ainsi la déstabilisation dans le pays, ouvrant par ainsi plus largement la porte à l’intervention étrangère des puissances impérialistes.

En 2003-2004, les anciens militaires ayant à leur tête des mercenaires tels : Guy Philippe, Louis Jodel Chamblain, Ravix Rémissainthe et consorts étaient à la base du Coup d’Etat-kidnapping contre le président Jean Bertrand Aristide et contre le peuple haïtien. Le gouvernement mis en place par les Etats-Unis et leurs pairs, dirigé par Gérard Latortue a liquidé les prétendus chefs des anciens militaires qui semaient la panique dans le pays. En 2005, Ravix Rémissainthe et plusieurs de ses soldats avaient été abattus, a Delmas 30 sur le vaste terrain de la famille Acra, par des soldats des forces d’occupation de l’ONU, la Minustah, après avoir tenu des propos sur un ton fielleux contre le gouvernement Boniface/Latortue d’alors pour des promesses non tenues suite à des services rendus.

D’autres disent : n’est-ce pas là une stratégie pour essayer de détourner l’attention et la préoccupation de la population sur des questions d’actualité comme celle de la nationalité étrangère des membres du pouvoir en place, dont le président Michel Joseph Martelly ?

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