Laurent Lamothe chancelier ou vendeur de pays ?

Laurent Lamothe chancelier ou vendeur de pays ?

Par Mona Péralte

Haiti Liberté,édition du 2 au 8 Novembre 2011

http://www.haiti-liberte.com

Laurent Lamothe, un ami du président de la République imposé par les Etats-Unis, Michel Martelly a été nommé ministre des Affaires étrangères et des Cultes (MAEC) du gouvernement Martelly-Conille. C’est le lundi 24 octobre 2011 qu’il a été installé dans ses fonctions au cours d'une cérémonie à la chancellerie au Bois-Verna.

Dans son allocution de circonstance, il a fait savoir qu il a été en Corée du Sud en mission spéciale pour le président de la République, affirmant : « Nous allons changer la vision de la diplomatie haïtienne qui transitera d’une diplomatie traditionnelle à une diplomatie économique et d’investissement durable pour Haïti. Nos ambassades et consulats deviendront non pas des centres passifs réservés uniquement à des émissions de passeports mais des lieux de promotion de l’investissement durable pour notre pays. Chaque ambassade et chaque consulat seront dotés d’un bureau d’attaché commercial qui sera en contact direct avec le CFI en Haïti afin d’attirer des investissements réels ».

Il a quitté le pays le jeudi 27 Octobre dernier à destination de Asunción au Paraguay pour participer les 28 et
29 Octobre, au 21ème Sommet Ibéro- Américain qui se déroule sous le thème « La transformation de l’État et le développement. »

Au cours d’une conférence de presse à ce sommet le ministre a déclaré qu’Haïti était « ouverte aux affaires » en ces temps où la stabilité commence à se rétablir « Nous voulons plus de ressources grâce à des investissements privés directs, ce qui est le meilleur moyen de générer un développement durable [...] pour remplacer l'aide humanitaire qui ne durera pas « éternellement. » Il a également fait savoir que le
18 Novembre 2011, le nouveau gouvernement du Président Michel Martelly va activer une nouvelle force de sécurité nationale, qui aura « au moins deux ans » pour assumer pleinement ses activités de sécurité en Haïti.

Mais qui est réellement ce monsieur Lamothe que Martelly vient de hisser à la tête de la diplomatie haïtienne ? Pour l’édification de nos lecteurs nous publions à nouveau ce texte du sénégalais Cheikh Yérim Seck intitulé : Portrait de Laurent Lamothe, le sulfureux patron de Global Voice reproduit au Vol.
4 No. 51 d’Haiti Liberté, du 6 au 12 juillet dernier.

«C’est l’homme par qui le scandale arrive. Depuis plusieurs mois, le dispositif de contrôle des appels entrants qu’il a introduits au Sénégal moyennant le paiement de faramineux pots de vin défraie la chronique. Après avoir corrompu à tout va, utilisé des batteries de millions de dollars pour défoncer les portes de la République et sorti du palais avec un décret signé par le chef de l’Etat sénégalais Abdoulaye Wade instituant un système de taxation des appels entrants, Laurent Lamothe, patron de la nébuleuse Global Voice, réitère un forfait dont il est coutumier dans d’autres pays d’Afrique.

Cet Haïtien de 39 ans, installé dans un château à Cape Town, qui se déplace en Maserati dans les artères de cette station balnéaire sud-africaine et voyage en jet privé, est le prototype de l’escroc parfait, spécialisé dans la corruption de dirigeants de républiques bananières pour piller leurs maigres ressources. La liste des Etats où il a sévi en fait foi. Global Voice a réussi à s’implanter et à «faire affaire» en République démocratique du Congo, en Centrafrique, en Guinée...

En Gambie, où règne un despote aussi absolu que prédateur, il a réussi à obtenir le marché de l’interco par le biais d’un deal assurant à Yaya Jammeh, l’homme fort du pays, des millions de dollars qui tombent régulièrement dans sa cassette personnelle et un dispositif d’écoute des communications téléphoniques des Gambiens. Aux pires moments du show tragique puis comique de Moussa Dadis Camara, en Guinée, Laurent Lamothe et son associé Patrice Baker, tels des vautours sur les restes de l’Etat guinéen, n’ont pas hésité à «faire affaire» avec Dadis pour renouveler leur contrat que le gouvernement du défunt Lansana Conté avait refusé de reconduire.

L’épopée de Lamothe à Conakry est d’ailleurs très riche en rebondissements, dont le plus fantasque est le déballage opéré par Lamine Niang, son ancien country manager en Guinée, petit- frère de Serigne Ben Niang (vice président du groupe). Dans une contribution parue dans un journal dakarois, Lamine Niang a décrit par le menu les pratiques de son ancien boss. Après une sortie, on s’est empressé de le faire se taire. Comment ?

A son arrivée à Dakar, Lamothe n’a pas failli à sa réputation. Il a posé des actes dignes d’un scénario de série B dans une République bananière. Dakaractu. com va revenir point par point sur les péripéties de ce vaudeville, en commençant dans la prochaine enquête par publier des mails et documents internes de Global Voice qui établissent les pratiques de corruption à grande échelle (autorités corrompues, montants alloués, intermédiaires...) mises en oeuvre. Nous reviendrons également sur le deal en cours entre Global Voice et la très sulfureuse société Tell. Ing.

Lorsque le scandale a éclaté et que les accusations de corruption ont poussé l’administration américaine à s’intéresser à Global Voice, qui a son siège à Miami, Laurent Lamothe a trouvé la parade : ordonner à sa filiale locale sénégalaise de se présenter dorénavant Global Voice comme une entreprise de droit haïtien, avant de fuir lui-même dans son pays d’origine, Haïti, pour échapper aux enquêtes du fisc et de la police des Etats- Unis. Après avoir financé la campagne de Joseph Michel Martely, devenu président de la République, Laurent Lamothe cherche aujourd’hui un poste dans le gouvernement de ce dernier pour s’assurer une immunité. C’est à un personnage de cet acabit que le Sénégal s’est livré...»