Le chaos ne triomphera pas

Écrit par : Gary Victor, Le National, publié le 21 décembre 2024 

Un «officiel» passe sur la route de Bourdon en faisant jouer des sirènes. Trois jeeps aux vitres tein-tées et un autre véhicule avec des policiers brandissant des armes lourdes.  Les citoyens n’en peuvent plus avec ces gens au gouvernement qui ne peuvent pas prouver grand-chose sauf qu’ils ne peuvent rester dans les embouteillages. Il y a trop à faire, semble-t-il, pour remettre en marche la machine nationale. 

Ce même cortège passe devant le local de l’Office de Protection du Citoyen. Un spectacle digne de films de fin du monde style Madmax. Les murs du local sont couverts de tout ce qu’une population fuyant son lieu peut apporter. Ustensiles, vêtements, draps, etc. On imagine ce que sera la pro-chaine avancée des bandits, car finalement la Police Nationale et ceux qui disent venir lui prêter main force n’ont pas montré qu’ils peuvent s’opposer à l’avancée des bandits. Il y a comme une complaisance avec de semblants de résistance et puis un quartier tombe. Comme dans un jeu de dominos bien réglés par on ne sait qui. 

Quand Christ-Roi et le bas Bourdon tombera, peut-être verra-t-on le même spectacle à la Villa d’ac-cueil et à la Primature. Ils se réfugieront encore plus haut les dirigeants, avec leurs belles jeeps, leur hélicoptère pour éviter les territoires perdus. De toute manière, les révolutionnaires ne les inquiètent pas trop. Ces nouveaux rebelles choyés par une certaine presse américaine, par des évangélistes et par des Haïtiens malades de la diaspora, ne s’en prennent qu’à la population pauvre. Qui se soucie de ces dizaines de milliers de déplacés en grande majorité des femmes et des enfants qui végètent dans les camps pour devenir la proie de tous les prédateurs possibles même sous couvert d’ONG. 

La vie culturelle est presque à son point mort à Port-au-Prince et même dans les villes de province. Ceux qui devraient apporter une aide même minimale à la culture préfèrent dépenser pour des poli-ticiens débiles et pour des activités triviales devant enfoncer la population  dans son ignorance. Dès qu’un opérateur culturel présente un projet sérieux à une entreprise et même au gouvernement, il n’y a, en général, jamais de fonds disponibles. Mais, dès qu’il s’agit d’une activité glauque qui fait la part belle au mauvais goût, à la corruption, à la mise en valeur de tout ce qui est ténébreux, les bourses se délient immédiatement. Comme quoi chez nous, le complot contre l’intelligence et la compétence passe chaque année à une vitesse supérieure. 

Noël  encore dans notre chaos ! Les routes vers le Sud bloquées ainsi qu’une partie des voies de communication vers le Nord et l’Artibonite ! Les déplacés internes ne connaitront pas un moment de joie. Pendant ce temps, nos dirigeants s’empiffreront entassés autour de la table du mépris. Ils ne fêteront pas Noël, mais  ces entités des abysses vouées à la perte du genre humain. 

À ceux qui gardent encore l’espoir la mission de nourrir l’étincelle pour le grand feu de la révolte salvatrice. Le chaos ne triomphera pas.