Le pouvoir de Satan?

Écrit par Gary Victor, Le National, Haïti, publié le 5 avril 2023 

Le jeu est dans une phase dévastatrice, mais seulement au désavantage de la population haïtienne. Notre Premier ministre s’en rend-il compte?? Il doit être entouré de courtisans qui doivent lui souffler qu’il est sur le bon chemin et que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes surtout que l’Étranger ne jure que par lui. Les indicateurs socio-économiques établis par les spécialistes de divers horizons font cependant dresser les cheveux sur la tête à n’importe quel citoyen sain d’esprit. 

Un simple constat physique ne peut que décréter l’échec total d’un mode de gouvernance pratiqué depuis des décennies. Encore qu’il n’est nul besoin d’aller trop loin, à des centaines de kilomètres au fin fond du pays. Habituellement, même les gouvernements fantoches avaient la décence de faire en sorte que leur environnement immédiat, ce qu’on a coutume d’appeler le centre, soit un modèle, un trompe-l’oeil, un mirage, au moins pour donner une idée de grandeur à ces dirigeants. Mais dès qu’on s’éloigne de ce centre en trompe-l’oeil, dévoreurs de ressources de la périphérie et de tout l’espace physique sous son contrôle, on découvre alors la misère, le dénuement, l’abandon, le chaos. 

Ici dans un rayon de cinq-cent mètres du centre du pouvoir, il n’y a rien, sinon la crasse et le chaos. Aucun État dans l’histoire du monde n’a accepté que des voies de communication essentielle et à portée de tirs parfois, soient sous le contrôle de bandits, empêchant ainsi à la fois le commerce, et le déplacement de la force armée sous son contrôle. Une telle situation ne signifie rien de plus que la chute du pouvoir en place pour incompétence mêlée d’impuissance. On ne s’étonne plus d’un hôpital d’État pitoyable ni d’une caserne de pompier et d’un commissariat de police dans un état plus qu’exécrable. Une place publique, devient pratiquement une décharge où on n’est même pas capable de faire pousser et d’entretenir un gazon. Tout démontre l’incapacité de penser et de gérer dans ce seul microcosme bien révélateur. Il est logique donc que plus on s’éloigne, plus on constate l’épouvantable réalité. La décentralisation chez nous doit être pensée autrement, vu que le centre, ici, est ce qu’il est. Nos dits beaux quartiers n’ont été que des bidonvilles de luxe maintenant menacés par des voyous armés. Ne nous attardons pas à l’état désastreux de notre système éducatif. 

Le jeu se termine avec le compte à rebours enclenché par l’agonie accélérée de la gourde. L’effritement du pouvoir d’achat de la population, du moins de la partie qui pouvait prétendre en disposer, va bientôt atteindre le plancher, ce qui ne pourra que déclencher révolte et émeutes. Les joueurs que nous connaissons vont essayer de continuer une partie perdue, imaginer toutes sortes de stratégies absurdes pour rester à une table qui se vide de tout. Mais lesdits dirigeants font allégeance à l’Étranger qui, seul, connait les tenants et les aboutissants de ce jeu dont la population en fait les frais. 

Dans les cercles dirigeants, le seul horizon se résume à la jouissance pleine et entière de tout ce que le pouvoir met à sa disposition. On se fout du jugement de l’Histoire dans une sorte d’ultime miséra-bilisme mental, détruisant tels des forcenés des années de réputation qu’on s’est construit au prix de durs d’efforts. Si le pouvoir a à voir avec Satan, nous devrions être ici en plein dans son cul.