L’éclairage des rues serait il une nouvelle filière d’enrichissement

L’éclairage des rues serait il une nouvelle filière d’enrichissement

Par Ives Marie Chanel,Agence Haitienne de Presse,le 1er Mai 2012

http://www.ahphaiti.org/ndujour.html

Savez vous que depuis quelques temps certains ménages ont ajouté une nouvelle rubrique à leur budget. Désormais l’éclairage des rues a un coût pour les citoyens préoccupés pour leur sécurité et intéressés à l’aménagement de leur environnement immédiat.

L’investissement de base se chiffrerait à 500 gourdes environ pour les bas revenus et à plus de 7,500 gourdes pour les ménagers moyens.

Les premiers font des choix artisanaux et se dotent d’ampoules domestiques recouvertes d’un morceau de plastique ou de tôle tandis que les seconds tentent de respecter les normes techniques en utilisant des lampadaires domestiques achetés à 2,500 gourdes chez des fournisseurs locaux.

Les premiers alimentent leurs lampes directement sur le réseau public tandis que les seconds les branchent sur leur transformateur privé ou sur leur maison induisant ainsi une augmentation de la facture mensuelle d’électricité.

Circuler la nuit dans les rues de la capitale est donc chose difficile pour les automobilistes et les piétons. Conduire la nuit devient donc très pénible.

Imaginez un croisement avec un véhicule ou une de ces motos sans phare sur la dangereuse route du Canapé Vert dépourvue d’éclairage et de signalisation, parsemée de matériaux de construction et carcasses de véhicules. Un véritable tombeau à ciel ouvert. Difficile aussi de circuler sur la route de l’aéroport international alors qu’on parle de développement touristique. Difficile donc de voir et de circuler la nuit sur la prolongation de Delmas 33 à partir de l’intersection communément appelée Gérald Bataille.

Le Ministère des travaux publics s’est habitué à construire de nouvelles voies sans les équiper de lampadaires, de panneaux et de feux de signalisation. La prolongation de Gérald Bataille, la route du Canapé Vert, la route des rails en sont des exemples.  Le Ministère de la Planification quant à lui ne fait pas la supervision des firmes qui installent comme bon leur semble les sémaphores et les lampadaires solaires.

La leçon donnée par les taïwanais lors de la reconstruction de la route de l’aéroport ci devant Ave Hailé Sélassié n’a pas été apprise. Les lampadaires installés en 1999 sur ce qui est devenu le Boulevard Toussaint Louverture, de même que ceux installés sur le nouveau tronçon de l’Avenue Mais Gâté conduisant à Tabarre ne sont plus fonctionnels. Les câbles sous terrains endommagés ou volés n’ont jamais été réparés et remplacés.

Le nouveau pouvoir a choisi une solution de « facilité » en installant quelques pilonnes en bois équipées de lampadaires solaires à l’entrée de l’aéroport et dans le périmètre des Trois Mains. Misérable ! Grave entorse à l’esthétique d’une capitale déjà sale et hideuse. Cette décision nous laisse croire que la réparation des circuits électriques alimentant ces lampadaires reviendrait plus chère à l’Etat haïtien.

Selon nos informations une entreprise proche du pouvoir aurait ainsi bénéficié d’un contrat gré à gré pour l’installation de ces lampadaires montés sur des pilonnes en bois.. Paradoxe ! le président Marthely lui-même ne se plaignait il y a quelques mois que des lampadaires solaires nouvellement installés par la firme Axium sur la route de Kenscoff étaient dysfonctionnels. Le président a aussi intérêt à se tourner vers l’aéroport pour voir en ces nouvelles installations une autre expression de notre misère, notre manque de vision et notre incapacité à choisir la modernité et l’esthétique.

Ce qui compte c’est en fait c’est de gagner de l’argent à travers un contrat intéressant. Qu’importe le pays, qu’importe la réputation de la firme exécutante et de ses promoteurs.

Sur cette même avenue le Président Marthely est convié à visiter le statut de Toussaint Louverture. Piteux ! Lamentable ! Sans commentaires j’invite ici les lecteurs à faire la comparaison entre cette statue de Toussaint et celle installée en première loge sur l’Avenue Las Americas de Santiago de Cuba.ou encore celle installée à la vieille Havane. Quelle honte ! Fermons la parenthèse.

L’éclairage des rues est il une nouvelle source d’enrichissement ? Cette question peut trouver une réponse dans les faits. En 1999, René Préval, président a financé le remplacement et l’installation de la majorité des lampadaires à la capitale.

Huit années après, le même Préval au pouvoir pour un second mandat refait le même geste et moins de deux ans après les rues retombent dans le pénombre. Il n’est point besoin d’être un fin spécialiste dans le domaine pour constater deux faits : 1) la qualité des lampes installées est douteuse car la majorité des lampes installées sont d’utilisation domestique.

2) les lampes ont été installées sans être testées de nuit car de nombreuses lampes nouvellement installées n’ont jamais fonctionné.

Si on remonte dans le temps, les lampadaires installés par l’EDH à Port-au-Prince et au Cap-Haitien par exemple dans les années 70 et 80 étaient adaptés et résistaient aux intempéries.il suffisait uniquement de remplacer au moment opportun une ampoule défectueuse.  Les lampes installées aujourd’hui en Haiti ne sont utilisées à cette fin dans aucune des capitales de la Caraibes. Serait-on devenu si pauvre pour ne pas être en mesure de renouveler des lampadaires de nos rues. Doit on attendre que l’étranger comme il est de coutume depuis quelques temps nous en offre quelques uns. Difficile de croire que les rues de Port-au-Prince ne soient pas éclairées obligeant ainsi les habitants de cette ville fantôme à les fuir la nuit et donnant ainsi carte blanche aux bandits de tout acabit.

Les premières remarques que me font régulièrement des amis étrangers de passage à Port-au-Prince s’adressent au mauvais état du réseau routier, la noirceur des rues, l’état de délabrement des maisons non revêtues d’une couche de peinture et les immondices.

Qui est en charge aujourd’hui de l’éclairage de nos rues et de nos routes ? A qui doit on adresser ces nouvelles factures ? L’éclairage des rues est une simple question de budget ou de volonté ? Autant de questions donc auxquelles il faudra répondre.... Mais répondre par l’action en chassant l’inertie. Soyons visionnaire.