L’enquête sur l’assassinat du bâtonnier Monferrier Dorval, patine

Par  John Smith Justin, Le National, Haïti, édition du 8 au 11 octobre 2021 

Dans une interview téléphonique accordée au journal Le National ce jeudi 7 octobre 2021, Me Robinson Pierre-Louis, secrétaire général du conseil de l'ordre du Barreau de Port-au-Prince, a communiqué autour de l'état d'avancement de l’enquête sur l’assassinat du bâtonnier Monferrier Dorval le 28 août 2020. 

Le bâtonnier de l'Ordre des avocats de Port-au-Prince, Me Monferrier Dorval, a été assassiné lâchement chez lui le 28 août 2020. Un an et un mois après, l’enquête sur son assassinat reste dans l'impasse. Me Robinson Pierre-Louis, avocat au Barreau de Port-au-Prince, a apporté des éléments d'informations 

M. Pierre-Louis reste encore confiant que justice sera rendue à Me Dorval. « Effectivement, cela fait 1 an et 1 mois depuis que Me Dorval a été assassiné. Aujourd’hui encore nous continuons à pleurer la mort de Me Dorval avec l'espoir que sous peu nous trouverons justice pour Me Dorval », a fait savoir l'avocat au Barreau de Port-au-Prince. Me Pierre-Louis pense que cette conviction était partagée également par Renord Régis, le juge qui était sur le dossier. « Le juge qui était sur le dossier avait pu boucler 70 % de l’enquête, selon ses conclusions partielles. Donc, il était convaincu parce qu'il avait déjà rassemblé de nombreuses informations au cours de son travail », a-t-il ajouté. 

Il faut rappeler que Renord Régis, le juge qui était chargé du dossier de l’assassinat du bâtonnier Dorval, avait remis sa démission le mois dernier. Une décision qui n'a pas plu aux membres du Barreau de Port-au-Prince. M. Pierre-Louis reconnaît, toutefois, que des signaux montraient que le désistement du juge était prévisible. « Nous avons reçu très mal cette information, mais nous nous attendions à cela. Car le CSPJ était très réticent face aux démarches entreprises par le juge pour trouver les matériels nécessaires à son travail. Les demandes du juge en ce qui concerne les archives, l’aménagement et la sécurité de son bureau n'ont pas été prises en compte. À cela s'ajoute la décision du directeur général de la Police, Léon Charles, de désarmer et de rappeler le policier qui accompagnait le juge », a-t-il soutenu. 

Élysée Loubens remplace le juge Renord Régis pour poursuivre l’enquête sur l’assassinat du bâtonnier. Robinson Pierre-Louis voit en cela un grand pas dans l’avancement de l’enquête où il ne voit pas d'obstacle pour l'instant. Il admet toutefois que la main mise du directeur général de la Police sur le dossier pourrait le fragiliser. « Pour l'instant je n'y vois aucun obstacle à l’avancement de l'enquête. Ce qui pourrait constituer un obstacle c'est le refus d'un juge pour instruire le dossier, mais heureusement ce n'est pas le cas puisque le juge Élysée Loubens prend en charge le dossier. Peut-être que Léon Charles serait un obstacle s'il décide de retirer ou de désarmer l'agent de sécurité de Me Loubens, comme il l'a fait avec Renord Régis », renchérit-il. 

Interrogé sur la capacité du nouveau juge désigné à mener à bien l’enquête, l'avocat estime que M. Loubens doit faire preuve de professionnalisme pour accomplir sa tâche, car, dit-il, le juge est payé par l'État haïtien pour rendre service à la société. 

L'avocat est convaincu que l'ex-Première dame, Martine Moïse, représente un élément important dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat du bâtonnier. En ce sens, il recommande au nouveau juge chargé du dossier de bien vouloir profiter de la présence de Martine Moïse dans le pays pour l'auditionner sur l’assassinat de Me Dorval. « Je pense que le juge chargé du dossier doit auditionner tous les concernés notamment Martine Moïse qui est dans le pays pour répondre aux questions sur l’assassinat de son mari au pouvoir alors que le dossier de Me Dorval peine encore à aboutir », déclare-t-il.