Les retombées négatives de la privatisation des entreprises publiques

Les retombées négatives de la privatisation des entreprises publiques

Par Pierre Junior Dessalines

Haiti Liberté,édition du 2 au 8 Novembre 2011

http://www.haiti-liberte.com

La privatisation des entreprises publiques telles que : la minoterie d’Haïti, le Ciment d’Haïti, la Télécommunication d’Haïti (Téléco) a depuis des années des retombées négatives sociales sur la population. Des milliers de travailleurs de la population active ont été jetés sur le pavé, leurs enfants ne peuvent aller à l’école. Les professeurs d’écoles municipales rémunérés à partir des taxes prélevées sur le building de la Téléco de Pont-Morin sont actuellement en grève pour exiger le paiement de 6 mois d’arriérés de salaire. La mairie de Port-au-Prince qui s’occupe de cette affaire décline toute responsabilité. Elle renvoie les professeurs au gouverneur de la Banque de la République d’Haïti (BRH), Charles Castel, le principal responsable de la compagnie de Télécommunication, privatisée et devenue Natcom.

Depuis la privatisation de la Téléco, la Banque Centrale refuse de verser à la mairie plus de 65 millions de gourdes lui permettant de répondre à ses obligations, notamment le paiement des salaires des employés. Un responsable de la BRH a fait savoir qu’il s’agit de taxes prélevées pour l’Etat central et non pour la mairie de Port-au-Prince. Alors qu’avant la privatisation de la Téléco, le problème n’avait jamais été ainsi posé, puisque la mairie de Portau- Prince recevait régulièrement le montant alloué.

En effet, plus de 800 employés dont 172 professeurs, dans 8 établissements scolaires dans la commune de Port-au-Prince menacent d’appliquer la politique des classes vides durant les prochains jours, si leurs principales revendications ne sont pas satisfaites. Ce qui obligerait éventuellement 5 à 6 mille élèves à rester chez eux, quelques semaines après la réouverture des classes.

Le responsable de l’Association des instituteurs des écoles municipales de Port-au-Prince (AIEMP), Wesnel Dauphin a pointé du doigt le gouverneur de la BRH, qui refuse, malgré toutes les interventions faites en haut lieu, de verser les allocations à la mairie. « Le comportement de Charles Castel signifie tout bonnement que ce pays a trop de chefs, ou du moins qu’il n’en a pas du tout », a-t-il déclaré.

Le mouvement de protestation des professeurs d’écoles municipales a trouvé le soutien des autres employés de la Mairie particulièrement ceux du cimetière de Port-au-Prince. Le lundi
24 Octobre dernier, les employés du cimetière de Portau- Prince ont gardé les barrières fermées empêchant l’inhumation des morts dans le cadre d’un mouvement de protestation contre le non-paiement de 6 mois d’arriérés de salaire. Ils ont accusé le gouverneur de la BRH dans cette affaire. « Etant donné que le lundi est un jour d’enterrement, nous avons décidé de bloquer l’entrée du cimetière afin de faire entendre nos revendications », ont lancé furieux les instigateurs de cette grève.

Il est clair qu’avec la privatisation des entreprises publiques, leur vocation sociale est mise en veilleuse, à un moment où la nouvelle équipe dirigeante claironne maladroitement l’éducation gratuite. Voilà des professeurs d’écoles des classes défavorisées du pays qui n’ont même pas droit à leurs arriérés de salaire. C’est le comble. Voilà les élèves du Lycée de Pétion- Ville manifestant contre les frais scolaires de 500 à 650 gourdes réclamés par le directeur de ce Lycée, Frantz Ricardo Louis. C’est révoltant. Durant cette situation confuse, peut-on espérer vraiment que l’éducation soit gratuite pour quelques centaines d’élèves ?

Où sont passés les prélèvements d’un dollar et demi (1,50) sur chaque transfert entrant et sortant ? Le président Martelly a parlé de plus de 28 millions de dollars déjà prélevés tandis que le gouverneur de la BRH qui détient les livres, quant à lui, a fait savoir qu’il dispose dans ce compte environ 2,250.000 dollars pour la période allant du premier juin au 30 Septembre 2011. Qui dispose de vraies informations ? De toute façon la question de l’éducation gratuite parait être plus un slogan, un bluff qu’une réalité, vu que le président de la République n’a pas tenu sa parole.