Les soldats de l’ONU continuent de déverser des excréments dans les cours d'eau d'Haiti
Par Yves Pierre-Louis
Haiti Liberté:Édition du 17 au 23 Août
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Au début du mois d’Aout 2011, la population de deux départements géographiques d’Haïti, Sud et Centre a pu constater que les soldats des forces d’occupation de l’ONU, en Haïti depuis Juin 2004, sous le label de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti (MINUSTAH), continuent de déverser des excréments dans les rivières du pays. Dans le Sud, particulièrement à Port-Salut, des endroits destinés aux activités touristiques, la population dénonce des exactions des soldats Uruguayens de la Minustah qui ne cessent de jeter des matières fécales, des déchets et des ordures ménagères aux abords du littoral de l’aviation civile de Port- Salut.
Dans une note de presse rendue publique, le Comité de recherches pour le développement et l’organisation de Port-Salut, (CREDOP) dénonce les actes de violation des droits de l’homme et les agissements déshonorants des casques bleus du contingent Uruguayen de la Minustah à Port-Salut. Selon cette note, la population de Port-Salut accuse les soldats de l’ONU d’avoir jeté des excréments, et d’autres déchets aux abords des rivières et des cours d’eau de la zone. Selon l’un des responsables de cette organisation Ernso Valentin, les casques bleus de l’ONU sont coupables de diverses autres exactions : « Les soldats de l’ONU se livrent à la prostitution, ils ont à l’intérieur de leur base des rapports sexuels avec des enfants défavorisés dont ils profitent de la situation de misère. Et le pire est qu’ils prennent des photos de ces enfants nus sur leurs téléphones pour les montrer aux autres frères d’armes », a-t-il indiqué. Ils prennent plaisir également à fumer de la marijuana en présence des mineurs. Les dirigeants de CREDOP par cette note de presse voulaient attirer l’attention de l’opinion publique nationale et internationale sur de graves violations des droits humains et du comportement méchant, méprisant, insultant, irrespectueux, humiliant, malhonnête, révoltant et répugnant des soldats onusiens envers les pauvres habitants et l’environnement dégradant de Port- Salut.
Ils ont lancé un vibrant appel aux autorités haïtiennes afin de prendre des dispositions urgentes et nécessaires pour évacuer de la zone les soldats uruguayens de l’ONU. Ils profitent également de l’occasion pour annoncer des mouvements de protestation contre la Minustah pour faire entendre leurs voix. Des jeunes de Port-Salut ont même menacé d’organiser un mouvement de suicide collectif pour forcer le retrait des soldats de l’ONU du pays.
Au Centre d’Haïti, le 6 Août dernier, les habitants ont été surpris de constater que les soldats de la Minustah déversent des matières fécales dans les rivières de Guayamouc, non loin de la frontière haïtiano-dominicaine. Cet acte récidiviste a été qualifié par les autorités locales de vagabondage, d’atteinte à la dignité humaine et de violation du droit de l’environnement qui est un droit transversal des droits humains. Depuis lors la population et les autorités de ce département sont montées au créneau pour dénoncer les soldats de l’ONU qui continuent de déverser des excréments dans des fosses septiques situées à quelques mètres de la rivière de Guayamouc.
Les habitants de Hinche, Chef-lieu du département disent avoir constaté cette action criminelle de la Minustah, mais ils ne pouvaient pas l’en empêcher. Ils sont obligés de fuir la zone à cause des odeurs nauséabondes qui se dégagent et qui vont, en tout état de cause engendrer d’autres épidémies génocidaires dans le pays. Le maire de la ville exige le départ des contingents népalais de la zone pour éviter tout nouvel accrochage entre la population et les casques bleus. Déjà, plusieurs jeunes de la région menacent d’entamer des mouvements de révolte contre la Minustah dans le département.
En Octobre 2010, le déversement des excréments dans la rivière Meil à Mirebalais a occasionné la propagation de la maladie de Choléra en Haïti. Des recherches scientifiques notamment françaises et étasuniennes ont conclu que le Choléra a été importé en Haïti. Dès la fin de l’année 2010, quelques mois après l’apparition de l’épidémie, l’épidémiologiste français, Renaud Pierroux avait mené une enquête pour les autorités haïtiennes, en Haïti, et avait découvert que la souche ne pouvait provenir ni de l’environnement ni des camps des sinistrés du séisme du 12 janvier 2010. Pour lui l’épidémie avait été importée.
Dans la foulée, une autre étude réalisée par les centres pour le contrôle et la prévention des maladies ( Centers for Diseace control and Prevention, CDC) avait établi un lien direct entre l’arrivée en Haïti du contingent népalais de la Minustah logé à Meil, à environ 2 Km de la ville de Mirebalais et l’éclosion de l’épidémie de Choléra en Haïti. Le 30 Juin 2011, la porteparole de la Minustah, Sylvie Van den Wildenberg, lors d’une conférence de presse a réagi immédiatement après la publication des résultats de l’étude scientifique, en déclarant : « si des preuves scientifiques peuvent établir que l’épidémie est bien partie de la base népalaise de Mirebalais, la Minustah serait prête à faire des excuses au peuple haïtien. » Le peuple haïtien de son côté n’exige pas seulement des excuses publiques, il veut avoir également des réparations pour plus de
7 mille Haïtiens tués par le Choléra et que la Minustah parte inconditionnellement d’Haïti.
Dans cet ordre d’idées, le nouveau ministre brésilien de la défense, Celso Amorim, à l’occasion de son entrée en fonction le lundi 8 Août dernier, a envisagé le retrait du contingent brésilien de la Minustah. Celso Amorim justifie sa décision par l’essoufflement de l’économie brésilienne. « Au plan international, l’heure est au désengagement militaire et du point de vue économique, la croissance brésilienne s’est essoufflée ». Le Brésil qui commandait les forces d’occupation de la Minustah en Haïti occupe la première place au niveau de l’effectif avec un contingent d’environ 2 mille soldats.
Le Chili de son côté a pris le commandement politique et diplomatique depuis juin 2011 par l’ancien chef de la diplomatie chilienne, Mariano Fernandez. La Minustah qui compte 13,331 soldats dont 8940 militaires et 4391 policiers occupe Haïti depuis premier Juin 2004 suite à un coup d’Etat criminel contre un président démocratiquement élu, Jean Bertrand Aristide pour un mandat de cinq ans. Depuis lors des milliards de dollars ont été gaspillés au nom de la stabilité en Haïti, et pourtant le pays plonge constamment dans l’insécurité chronique par le choléra, la misère, le chômage, la violation des droits de l’homme. Le dernier budget de fonctionnement de la Minustah pour l’exercice allant du premier juillet
2010 au 30 juin 2011 a été crédité de
853, 827,400 dollars US, approuvé la résolution 65/256 de l’Assemblée générale de l’ONU.
En 2006, l’ancien président René Préval avait proposé la transformation de la mission de la Minustah. Il avait émis le souhait que la Minustah se transforme en un instrument de développement en lieu et place de mission de la paix. Cette proposition a été récemment reprise par le président Michel Martelly lors de sa visite au Chili la semaine écoulée.


