Mise en garde du Rnddh contre des manoeuvres visant la libération de plusieurs personnes accusées de trafic d’armes et de munitions

Écrit par Alter Presse, Haïti, publié le 17 mars 2023 

« Il est fait état de la distribution de fortes sommes d’argent pour la requalification des infractions, reprochées aux personnes indexées, leur traduction par-devant un tribunal correctionnel, en lieu et place d’un tribunal criminel et leur remise en liberté », révèle le Réseau national de défense des droits humains (Rnddh) 

Le Réseau national de défense des droits humains (Rnddh) met en garde contre des manoeuvres, au niveau de la justice, en vue de la libération de plusieurs personnes indexées dans des trafics illégaux d’armes à feu et de munitions, entre autres, dans un rapport transmis à l’agence en ligne AlterPresse. 

Trois employés de l’Office national d’assurance vieillesse (Ona), Limacson Matthieu, Emmanuel Jean-Juste, Eddy Baggio, un employé de l’Office d’assurance accidents du travail, maladie et maternité (Ofatma), Frantzy Valmé, et un policier du Corps d’intervention et du maintien d’ordre (Cimo), Carl-Hens Barina Orival, sont accusés d’y être impliqués. 

Jusqu’à date (mars 2023), l’appareil judiciaire haïtien n’a rien fait pour établir la lumière sur les faits, reprochés à ces personnes dans des cas d’assassinat, de viol, d’enlèvement et de séquestration contre rançon, d’incendie criminel, de vol à mains armées, de détention, port et trafic illégaux d’armes à feu et de munitions, de complicité et d’association de malfaiteurs, au préjudice de nombreuses victimes, dont des personnes, des institutions et des entreprises. 

Ces cinq personnes ont été accusées dans ces activités criminelles, suite à une enquête conduite, depuis avril 2022, par la Direction centrale de la Police judiciaire (Dcpj). 

Le Réseau national de défense des droits humains exhorte la justice haïtienne à sévir rigoureusement contre les personnes impliquées dans ce trafic, tout en mettant en garde les autorités judiciaires contre tout comportement anti-déontologique dans le traitement de cette affaire. 

Le Rnddh demande aux magistrats de traiter rapidement tous les dossiers relatifs aux trafics d’armes et de munitions, dont celui impliquant les employés de l’Ona et de l’Ofatma, et de traduire, par-devant les instances de jugement, tous ceux qui y sont impliqués. 

Interpellé par des policiers du commissariat de police à Belladère (département du Plateau central), le nommé Limacson Matthieu, employé de l’Ona, depuis 2007, est indexé par la Dcpj comme un influent trafiquant d’armes et de munitions. 

Ses principaux clients sont les chefs de gangs Johnson André alias Izo 5 segonn, chef du Village de Dieu, Renel Destina alias Tilapli de Gran Ravin (sur les hauteurs de Martissant) et Christ-Roi Chéry alias Krisla, de Tibwa (non loin de Gran Ravin), a déclaré l’accusé Limacson Mathieu. 

Des fusils d’assaut vendus à Izo et Tilapli 

Limacson Matthieu affirme avoir vendu à Johnson André alias Izo 5 segonn trois (3) fusils d’assaut pour dix-huit mille (18,000.00) dollars américains (Ndlr : US $ 1.00 = + 160.00 gourdes ; 1 peso dominicain = 2.90 gourdes aujourd’hui) et quatre mille (4,000) cartouches de calibres différents, pour un million deux cent mille (1,200,000.00) gourdes. 

Il a aussi vendu, selon ses dires, à Renel Destina alias Tilapli quatre (4) fusils d’assaut pour vingt-deux-mille-cinq-cents (22,500.00) dollars américains et trois-mille (3,000) cartouches pour neuf-cent-mille (900,000.00) gourdes. 

Une caisse de mille (1,000) cartouches coûterait, selon lui, au moins trois mille cinq cents (3,500.00) dollars américains. 

Par ailleurs Eddy Baggio, Carl-Hens Barina Orival et Frantzy Valmé alias Didi sont accusés d’implication dans des cas d’assassinat, de viol et d’association de malfaiteurs, au préjudice du photojournaliste Vladjimir Legagneur, porté disparu depuis le mercredi 14 mars 2018 à Gran Ravin, et autres personnes, suivant le registre du greffe du décanat du tribunal civil de Port-au-Prince, dans lequel les faits de trafic d’armes et de munitions n’ont pas été mentionnés, contrairement à ce qui est inséré dans le rapport de la Dcpj, dénonce le Rnddh. 

« Ce manquement, qui peut sembler banal, allège considérablement le dossier proprement dit. Et, ceci est d’autant plus troublant qu’il est fait état de la distribution de fortes sommes d’argent pour la requalification des infractions, reprochées aux personnes indexées, leur traduction par-devant un tribunal correctionnel, en lieu et place d’un tribunal criminel et leur remise en liberté. », révèle le Rnddh. 

L’organisme de défense des droits humains s’en prend également au gouvernement de facto - qui ne marchande pas sa protection aux bandits armés et qui choisit de ne rien faire, en vue d’endiguer le flot d’armes dans le pays -, en dépit de nombreuses dénonciations d’implication de différents secteurs dans le trafic illégal d’armes et de munitions en Haïti.