Morne Biénac et Gatereau : deux écosystèmes sous l’effet de déboisement et d’une dégradation sévère

Écrit par  Jimmy Delisca, Le National, Haïti, publié le 17 février 2022 

Les deux (2) Mornes (Biénac et Gatereau) les plus connus  de la ville des Gonaïves sont en proie à un problème de déboisement. Cela s’explique par le fait qu’ils n’ont pas encore bénéficié d’un projet de reboisement ou d’aménagement de bassins versants. 

Les natifs de la ville se préoccupent de la situation des deux mornes. Mais le support financier des instances concernées (le MARNDR- ministère de l'Agriculture des Ressources naturelles et du Développement rural, le ministère de l'Environnement Haïti, La Mairie des Gonaïves) et particuliers leur manquent. Et compte tenu de mes analyses relatives à l’écosystème de montagne, il faut souligner à l’encre forte que Morne Biénac et Gatereau ont déjà atteint leur paroxysme, en ce qui a trait au déboisement. 

Morne Biénac et Gatereau sont dépouillés de  la couche de végétation qui les couvrait certes, mais une courte différence s’avère nécessaire. En aval et aux flancs, il y a des  maisonnettes, des maisons en mur toiturées en tôle, tandis que pour le Morne Gatereau, certaines maisonnettes sont érigées en amont. Lesdites  mornes présentent un paysage de désolation. Un coup d’oeil sur chacun, on verra à  part les maisons, ce sont les b.versants, les cailloux, les mauvaises herbes (sèches) et quelques pierres géantes qui y restent. À chaque averse, les sols deviennent de plus en plus dégradés. Quant à la flore et la faune des deux mornes, il y a belle lurette qu’elles disparaissent et cela nous empêche de jouir les avantages décrits ci-après. 

Une montagne offre certains avantages du point de vue naturel, culturel et architectural (beauté). Elle est  un écosystème riche et diversifié. Elle est non seulement un cadre de vie et de culture, mais aussi un écosystème important pour la santé. Car elle est un vrai cadre de villégiature avec son paysage très varié dans sa physionomie et dans sa composition, sa vue imprenable, son air pur et vivifiant et autres richesses naturelles exposées à la contemplation humaine. C’est également un vrai cadre avec sa capacité de nous impressionner, de nous émouvoir, de nous apaiser, de nous inspirer, de nous communiquer des vibrations ou sensations fortes. C’est en outre là où l’on trouve un certain nombre d’espèces végétales et animales, protégées par les barrières de communication ou l’accident du relief, parfois déjà en disparition dans les points accessibles. 

En revanche, dans certains pays (Brésil, Rwanda, Thaïlande etc.) les gens se mettent ensemble pour mener des campagnes de reboisement. Et cela porte des fruits! Alors, fils et habitants de la ville, étant donné que nous n'avons pas de fonds nécessaires pouvant nous aider à matérialiser ce projet. Pourquoi ne faisons-nous pas appel aux instances citées ci-haut, en vue de nous faciliter à mettre sur pied une opération de reboisement ou un projet d’aménagement de bassins versants au profit des deux mornes? 

La cité nous appartient. À nous d'interpeller les autorités concernées pour nous rejoindre ou pour prendre l'état lamentable de ces mornes en compte ! Ils sont exposés aux yeux. Un autobus ou une voiture passant sur la route nationale #1 plus précisément de l’Avenue des Dattes jusqu’au Carrefour Joffre, les passagers qui s’y trouvent n’auront du mal à constater la nudité de Morne Biénac et Gatereau qui, sans nul doute, constitue une véritable catastrophe écologique. Pourtant l’on aurait pu séjourner en ces lieux pour notre plaisir ou pour notre santé. Et, point besoin de demander pour les motards qui effectuent ce trajet, aussi les personnes l’effectuant à pied. 

Le véritable moyen pouvant nous aider à lever ce défi de taille ou à mettre un frein à la dégradation sévère (dégradation sol, dégradation floristique et faunique) des deux écosystèmes est celui de la « solidarité ». Donc, il est impérieux d'appeler (le plus vite possible) ceux et celles qui ont leur pouvoir de décision pour discuter autour d’un projet de reboisement ou d’un projet d’aménagement de bassins versants. Et au fil des ans, le résultat de ce mouvement sera grandiose. Car au lieu d’aller mettre du carburant dans une voiture ou dans une motocyclette pour aller à la plage question d’éloigner l’esprit de ce qui le fatigue ou l’obsède, nous aurons plutôt qu’à nous rendent à Morne Biénac et Gatereau pour nous divertir davantage. 

Jimmy Delisca: Ingénieur agronome, écologiste