« Nous réclamons la disparition de la CIRH » : Deux déclarations

APPEL AU NON RENOUVELLEMENT DU MANDAT DE LA CIRH

vendredi 15 avril 2011 http://www.garr-haiti.org/spip.php?article739

A quelques jours du démarrage d’une nouvelle législature (la 49ème) et de l’installation d’un nouveau chef d’Etat en Haïti, nous, organisations signataires de cette note, lançons un appel aux parlementaires et à ceux et celles qui composeront l’Exécutif à prendre toutes les mesures nécessaires afin de restituer à l’Etat un ensemble de fonctions essentielles sans lesquelles les droits fondamentaux de la population, comme le droit à l’alimentation, à l’éducation, à la santé, à un logement digne, ne seront jamais garantis.

Plus spécifiquement, nous réclamons le retrait de la loi votée le 15 avril 2010 par le Parlement haïtien octroyant à une organisation parallèle à l’Etat, en l’occurrence la CIRH (Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti), le pouvoir de « mettre en œuvre le Plan de Développement pour Haïti en réponse aux conséquences du séisme qui a dévasté le pays le 12 janvier 2010 ».

Des informations et réflexions produites ici et là portent à croire qu’un prolongement du mandat de la CIRH est en train d’être planifié. Comment accepter le renouvellement d’une Institution illégale et qui de surcroit a totalement échoué ? Dans ce cas, quel sera le bien fondé de cette démarche consistant pour le prochain premier ministre du futur gouvernement à présenter sa politique générale par-devant les deux chambres ? Tout cet exercice n’aura aucun sens car la CIRH a déjà son propre plan stratégique.

A noter que depuis l’instauration de cette Commission, se dégage la nette impression que l’Etat haïtien, déjà fortement affaibli par des décennies de politique ultralibérale, n’existe plus. Quasiment pour toutes les questions fondamentales de la vie nationale et pour toute action visant à apporter une réponse à la difficile situation des personnes affectées par le séisme, les responsables renvoient aux organisations internationales et/ou à la CIRH. Malgré la présence en son sein de 12 « représentants » de la société haïtienne, la CIRH n’a construit aucune légitimité compte tenu du processus de désignation de ces personnes et l’absence de liens organiques aves les secteurs qu’elles prétendent représenter. D’ailleurs ces représentants ont formellement confessé en décembre 2010 leur marginalisation des processus de prise de décision.

Les récentes déclarations du Premier ministre Jean-Max Bellerive, laissant entendre que la CIRH et l’Etat fonctionneraient de manière parallèle, ne peuvent qu’accroître les inquiétudes déjà exprimées par divers secteurs lors de la création de cette commission, le 15 avril 2010, il y a exactement un an.

A l’occasion du premier anniversaire de cette grave décision du Parlement haïtien créant la CIRH, nous, membres d’organisations de la société haïtienne signataires de cette note, réaffirmons notre position par rapport à cette commission en demandant sa disparition pure et simple. Nous recommandons que la coordination de l’aide liée au processus dit de « reconstruction » soit assurée par la Primature de concert avec la Présidence et que les fonds soient canalisés à travers les ministères et autres structures de l’état et gérés en toute transparence avec la vigilance et la participation des organisations de la société haïtienne.

Pour cela, nous exhortons les parlementaires à ne pas rentrer dans ce jeu consistant à reconduire cette structure inconstitutionnelle qu’est la CIRH. Nous les encourageons de préférence à mettre tout en œuvre pour aider le pays à se diriger dans des voies le conduisant à la récupération de sa souveraineté dans toutes ses dimensions.

Pour le comité de suivi des résolutions du 26 mars 2011 :

Colette Lespinasse, Coordonnatrice du GARR
Camille Chalmers, Directeur Exécutif de la PAPDA
Antonal Mortimé, Secrétaire Exécutif de la POHDH


Déclaration: « Nous réclamons la disparition de la CIRH »

Le Nouvelliste, 1 avril 2011
http://lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=90907&PubDate=2011-04-01

Pour n'avoir pas tenu leurs promesses un an après la première conférence organisée à New York, les amis d'Haïti sont invités à supprimer de leur plan la CIRH créée pour la reconstruction du pays. Une quarantaine d'organisations dont la POHDH, la PAPDA et le GARR sont montées au créneau pour dénoncer le piétinement de cette structure.

« A travers la CIRH, se pratique une double exclusion : celle des institutions étatiques et celle du mouvement social. » C'est le constat dressé par une quarantaine d'organisations qui réclament la disparition de la Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti (CIRH). Dans une prise de position collective publiée ce vendredi, ces organisations, dont quelques unes oeuvrant dans le secteur des droits humains, estiment qu'après une année de promesses de reconstruction, à coup de milliards de dollars américains, « rien de significatif n'a été véritablement entrepris ». « Nous réaffirmons que la construction alternative de notre pays et la viabilité d'un avenir différent de celui d'aujourd'hui impliquent un processus de ruptures radicales d'avec les tendances actuelles », affirme la note.

Les organisations reprochent à la CIRH son manque de résultats après une année d'opération et de n'avoir amorcé aucune rupture avec les approches et les pratiques traditionnelles. « Bien au contraire, nous assistons à une accélération de tous les phénomènes témoignant du déclin collectif et de la régression », dénoncent-elles, tout en soulignant que ces approches ont, au fil des ans, appauvri et rendu vulnérables les populations.

« Les analyses et témoignages nous ont conduits au constat que collectivement la société haïtienne continue à être enfermée dans les mêmes pièges de l'exclusion, de la dépendance, de la méconnaissance de nos forces, de nos ressources, de notre identité, comme souligné dans notre déclaration rendue publique le 19 mars 2010. Les structures du système de domination et de dépendance se sont reproduites et renforcées avec la mise en place d'un dispositif stratégique réunissant la MINUSTAH, la CIRH et les grandes ONG internationales », note ce collectif d'organisations, qui réunissent, entre autres, la Plateforme de plaidoyer pour un développement alternatif (PAPDA), la Plateforme des organisations haïtiennes des droits humains (POHDH), le Groupe d'appui aux réfugiés et rapatriés (GARR), Tèt kole ti peyizan ayisyen, la Fondation zanmi timoun et SAJ-Veye yo.

La note fait état de témoignages bouleversants sur le processus de détérioration des conditions de vie dans le pays apportés par des personnes habitant les camps, des paysans pauvres, des femmes, des acteurs du monde de la communication, du secteur religieux, de la santé lors des discussions tenues le 26 mars dernier à Port-au-Prince. « Ils ont tous et toutes signalé l'absence de réponses de l'Etat aux problèmes sociaux les plus urgents, la précarité des conditions de vie particulièrement des personnes déplacées, les expulsions forcées et la tendance à la privatisation croissante des services de santé, d'éducation, d'approvisionnement en eau potable », rapporte la note.

Selon les cosignataires de cette note, ces forces qualifiées de dominantes ont complètement marginalisé l'extraordinaire élan de solidarité qui s'était manifesté entre les Haïtiens au lendemain du séisme.

« Nous réclamons la disparition de la CIRH dont l'existence constitue un affront à notre dignité collective, affirment ces organisations rejointes par plusieurs organisations paysannes. Les budgets relatifs aux projets spécifiques visant la réhabilitation et la mise en place de nouvelles infrastructures doivent être gérés par les organes compétents de l'Etat dans chacun des domaines concernés. Il faut mettre un terme à la création d'organismes parallèles qui accélèrent la destruction de l'Etat. Nous réclamons de préférence la mise en place de mécanismes nouveaux et efficaces de contrôle social assurant la participation des couches majoritaires du pays dans les prises de décisions et les orientations stratégiques. »

Les cosignataires de la note en profitent pour poser les problèmes récurrents auxquels fait face la nation. « Il est inadmissible qu'en ce début de 21e siècle, près de 50% de la population est analphabète, près de 700,000 enfants ne sont pas scolarisés et 630 femmes périssent pour 100,000 naissances vivantes », déclarent-elles, rejetant le modèle de croissance hyperconcentré, extraverti, anti-paysan et anti-national exprimé à travers le modèle de la sous-traitance internationale et celui de la surexploitation, la spéculation, les rentes et les monopoles.

Les organisations dénoncent les rapports Port-au-Prince/arrière pays hommes/femmes et l'absence de volonté de construire des services sociaux accessibles et universels. Elles plaident en faveur d'une rupture « avec la lecture coloniale du pays qui doit s'exprimer à travers l'abandon d'un certain discours qui véhicule un mépris absolu de notre culture et de notre trajectoire historique ».


Au nom de toutes les victimes du tremblement de terre du 12 janvier 2010, nous exigeons la définition et la mise en oeuvre d'un nouveau projet de société en Haïti. L'actuel plan dit de Reconstruction et de Relèvement National (PARDN), concocté par des experts, sans la participation des secteurs vitaux de la nation, ne saurait nous conduire dans cette voie.

Nous signataires de cette déclaration, nous nous engageons plus que jamais dans une dynamique de propositions et de mobilisations afin d'aboutir à la concrétisation d'un véritable plan de construction alternative pour Haïti.
(Pour lire la déclaration dans son ensemble: http://www.papda.org/article.php3?id_article=751)

31 mars 2011

Pour les organisations ayant participé à la rencontre :

Colette Lespinasse

GARR

Camille Chalmers

PAPDA

Organisations signataires:
1. APWOLIM
2. CMD-OD
3. VEDEK
4. MOPP
5. KONSA
6. KPSKBM
7. RACPABA
8. MITPA
9. SOFA
10. MOREPLA
11. TET KOLE TI PEYIZAN AYISYEN
12. SAKS
13. KLK
14. MODEP
15. GREDESH
16. PAPDA
17. GARR
18. SAKA
19. AJMDH
20. ASCOEH
21. SAJ / VEYE YO
22. POHDH
23. Fondation Zanmi Timoun
24. FGPB
25. ARDFD
26. CAMP TABARRE ISSA
27. ICKL
28. CERFAS
29. Sèk Gramsci
30. Camp Juampas - Lascohabas
31. CEAAL-Haïti
32. CRAD